Les hausses de salaires se font attendre

«L’augmentation des revenus sera cruciale pour permettre aux ménages de gérer leurs niveaux d’endettement dans un contexte de hausse des taux d’intérêt», soutient Brian DePratto, un économiste de la Banque TD.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «L’augmentation des revenus sera cruciale pour permettre aux ménages de gérer leurs niveaux d’endettement dans un contexte de hausse des taux d’intérêt», soutient Brian DePratto, un économiste de la Banque TD.

L’augmentation des salaires reste poussive au Québec comme au Canada en dépit d’un marché de l’emploi de plus en plus coincé entre les pressants besoins de main-d’oeuvre des entreprises et la diminution du nombre de travailleurs disponibles avec le vieillissement de la population.

Le rythme de croissance du salaire horaire moyen a poursuivi son déclin au mois d’octobre au Canada, passant d’une augmentation de 2,4 % sur douze mois en septembre à 2,2 % le mois dernier. Au Québec, les augmentations salariales ont été encore plus misérables, passant d’un anémique 0,8 %, de septembre 2017 à septembre 2018, à un symbolique 0,6 % le mois dernier. Moins volatile, la comparaison de la rémunération moyenne depuis le début de l’année avec la même période l’année dernière dresse un portrait moins sombre sans être impressionnant, soit une hausse moyenne des salaires horaires de 1,9 % au Québec en 2018.

Les tendances dans le marché du travail devraient pourtant normalement contribuer à une accélération des salaires, ont observé les analystes vendredi après la publication des plus récentes données sur l’emploi.

Une première création nette d’emplois en cinq mois a notamment amené un léger recul du taux de chômage au mois d’octobre au Québec, a rapporté Statistique Canada. Passé de 5,3 % en septembre à 5,2 % le mois dernier, l’indicateur se rapproche du record des 40 dernières années de 4,9 % établi en décembre l’an dernier. Le gain d’un peu plus de 9000 emplois en octobre est le fruit de la création d’un plus grand nombre d’emplois à temps plein (23 600) que le nombre d’emplois à temps partiel perdus (14 500). Depuis janvier, il s’est ajouté de la même manière plus de 45 000 emplois au Québec (+ 1,1 %).

Rareté de la main-d’oeuvre

Dans le reste du Canada, la création d’emplois a marqué une pause en octobre, ce qui n’a pas empêché le taux de chômage de se tasser un peu, de 5,9 % à 5,8 %, retournant ainsi à son creux absolu depuis 1976. En même temps, la proportion de la population en emploi ou à la recherche d’un emploi sur la population totale (taux d’activité) a continué de diminuer, atteignant son niveau le plus bas en 20 ans (65,2 %), a noté l’économiste au Mouvement Desjardins Benoit P. Durocher, ce qui s’avère « très symptomatique de l’impact du vieillissement de la population en âge de travailler sur le marché du travail ». « Est-ce que la pénurie de main-d’oeuvre dans certaines régions et certains secteurs devient de plus en plus un frein à la croissance de l’emploi ? » s’est-il demandé.

Comme la dernière enquête de la Banque du Canada auprès des entreprises a montré que « les pénuries de main-d’oeuvre sont plus intenses que jamais depuis une décennie », les employeurs finiront bien, tôt ou tard, par améliorer leurs offres salariales pour attirer les travailleurs dont ils ont besoin, ose espérer Matthieu Arseneau, économiste à la Banque Nationale.

C’est à souhaiter en tout cas, alors que le coût de la vie augmente plus vite actuellement que les salaires et que la Banque du Canada a indiqué son intention de poursuivre la remontée de ses taux d’intérêt, a commenté Brian DePratto, de la Banque TD. « L’augmentation des revenus sera cruciale pour permettre aux ménages de gérer leurs niveaux d’endettement dans un contexte de hausse des taux d’intérêt. »