Gestion de l'offre: Québec et Ottawa ne s’entendent pas sur les impacts à compenser

Pour le gouvernement du Québec, Ottawa doit dédommager les agriculteurs qui feront les frais de trois nouveaux traités commerciaux. 
Photo: Loic Venance Agence France-Presse Pour le gouvernement du Québec, Ottawa doit dédommager les agriculteurs qui feront les frais de trois nouveaux traités commerciaux. 

Québec et Ottawa n’ont pas la même conception des pertes des producteurs laitiers qui devront être dédommagés à la suite des derniers accords commerciaux signés par le Canada.

Pour le gouvernement du Québec, Ottawa doit dédommager les agriculteurs qui feront les frais de trois nouveaux traités commerciaux, soit le tout nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), le Partenariat transpacifique qui pourrait bientôt entrer en vigueur ainsi que l’Accord économique et commercial global (AECG), qui s’applique depuis un an déjà entre le Canada et l’Union européenne. Pour le gouvernement fédéral, il ne sera question que de deux accords, l’AEUMC et le Partenariat transpacifique, les impacts du troisième (AECG) ayant déjà été compensés, selon Ottawa.

Annoncée en novembre 2016, cette aide censée contrebalancer l’octroi aux Européens de quotas supplémentaires sur le marché canadien de 17 700 tonnes de fromages avait été jugée insuffisante dès le départ par les producteurs de lait canadiens. Rapidement épuisés, les 250 millions sur cinq ans offerts par le fédéral pour aider à la modernisation des fermes se révélaient bien inférieurs à des pertes de revenus que les producteurs estiment à 100 millions par année.

Selon eux, ces pertes annuelles se gonfleront encore de 160 millions avec le Partenariat transpacifique et de 190 millions encore avec l’AEUMC, pour des pertes de revenus totales de 450 millions par an seulement pour les quotas supplémentaires concédés aux producteurs étrangers. La renonciation par le Canada à des exportations de poudre de lait et de produits solides non gras (classe 7) pourrait encore ajouter entre 50 et 350 millions par an à la facture, selon ce qu’on apprendra des détails de l’entente conclue avec les Américains et les Mexicains, explique François Dumontier, porte-parole des Producteurs de lait du Québec.

Les producteurs ont cru, au début du mois, avoir été entendus quand ils ont vu la Chambre des communes, à Ottawa, adopter à l’unanimité une motion présentée par le Bloc québécois enjoignant au gouvernement fédéral d’indemniser financièrement les producteurs d’oeufs, de volaille et de lait « pour l’intégralité des pertes qu’ils subissent à cause des brèches à la gestion de l’offre contenues dans l’AECG, le [Partenariat transpacifique] et l’AEUMC ».

Ils ont été contents aussi d’apprendre, lundi, qu’ils étaient invités par le ministre canadien de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Lawrence MacAulay, à participer, aux côtés de hauts fonctionnaires et d’autres représentants de l’industrie, à deux groupes de travail chargés d’estimer l’impact financier des dernières ententes commerciales et de trouver le moyen de le compenser « complètement et équitablement ». Ces groupes de travail ne se pencheront toutefois que sur les cas de l’AEUMC et du Partenariat transpacifique, a-t-on martelé mardi au cabinet du ministre MacAulay, la question des compensations pour le l’AECG étant réglée.

Le nouveau ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, ne semble pas partager cet avis. Dans un communiqué diffusé après son passage à Drummondville mardi, il a réitéré son appui aux secteurs sous gestion de l’offre et salué la mise sur pied des groupes de travail de son homologue fédéral. Il a toutefois aussi souhaité que ces groupes de travail tiennent également compte des pertes économiques infligées par l’entente commerciale avec les Européens.

Si le chemin menant à l’entrée en vigueur de l’AEUMC pourrait encore rencontrer bien des obstacles, du côté notamment du Congrès américain, qui émergera des élections de mi-mandat de la semaine prochaine, on semble plus près du but avec le Partenariat transpacifique. Ottawa a annoncé lundi que le traité avait désormais force de loi, portant à cinq le nombre de pays signataires ayant officiellement ratifié l’entente, avec le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et Singapour. Ils pourraient être six dès cette semaine avec la ratification de l’Australie, ce qui déclencherait un compte à rebours de soixante jours, après quoi le traité commencerait à s’appliquer. Les cinq autres pays signataires sont le Brunei, le Chili, la Malaisie, le Pérou et le Vietnam.