Le Canada et les États-Unis sont particulièrement vulnérables au protectionnisme

<p>Les impacts seraient particulièrement élevés pour les pays de l’Amérique du Nord, aux économies fortement intégrées, suivis par la Chine et le Japon.</p>
Photo: Toshifumi Kitamura Agence France-Presse

Les impacts seraient particulièrement élevés pour les pays de l’Amérique du Nord, aux économies fortement intégrées, suivis par la Chine et le Japon.

Le Canada et les États-Unis comptent parmi les pays les plus exposés aux ravages du protectionnisme, selon une étude.

Les tarifs douaniers ne freinent pas seulement les importations étrangères, montre une récente simulation réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ils plombent aussi vos propres exportations, réduisent la croissance économique, affaiblissent le marché du travail et diminuent le revenu des ménages.

L’imposition par une dizaine de grandes économies — dont les États-Unis, l’Union européenne, la Chine, le Japon et le Canada — d’un tarif douanier hypothétique de 25 % sur une demi-douzaine de secteurs industriels — dont ceux de l’auto, des céréales, de la viande et de la machinerie — serait suffisante pour se traduire, pour chaque dollar perçu aux frontières, par 60 ¢ de croissance économique mondiale perdue et 40 ¢ de baisse de revenus pour l’ensemble des ménages de la planète, ont calculé les experts de l’OCDE.

Les impacts seraient particulièrement élevés pour les pays de l’Amérique du Nord, aux économies fortement intégrées, suivis par la Chine et le Japon. Paradoxalement, le recul des exportations du Canada et des États-Unis serait plus marqué que celui des importations étrangères, en raison notamment de l’importance de ces dernières dans la compétitivité des entreprises des deux pays. Au Canada, des tarifs de 25 % dans le secteur de l’automobile, comme en fait la menace, depuis quelques mois déjà, le président américain Donald Trump, réduiraient la production de près de 1 % dans cette industrie. Les emplois touchés ne se limiteraient pas aux secteurs directement visés par les barrières commerciales, constate l’OCDE. Au total, tous ces tarifs réduiraient le revenu annuel moyen de chaque travailleur de l’équivalent de 700 $US au Canada et de 325 $ aux États-Unis, contre environ 230 $ au Japon, un peu plus de 100 $ en Allemagne, seulement 25 $ en Chine et des gains de presque 200 $ pour les Coréens du Sud.

Ces écarts tiennent entre autres au fait que non seulement les économies européennes sont fortement intégrées, mais elles partagent aussi les mêmes politiques commerciales. Les autres pays cités profitent quant à eux, en partie, des choix méthodologiques des auteurs de l’étude, la Chine et le Japon étant un peu moins concernés par les secteurs industriels de la simulation et la Corée du Sud ne faisant pas partie du groupe des pays avec des tarifs.

Et si on ouvrait les frontières ?

Depuis 1960, le commerce des biens et services a pris une place grandissante dans nos économies, son poids relatif passant de 24 % du produit intérieur brut mondial à presque 60 %, rappelle l’OCDE. Ce changement a provoqué des transformations structurelles du fonctionnement de la production et des emplois qui expliquent le coût économique et humain des escalades de tarifs commerciaux comme celle déclenchée par le gouvernement américain, notamment dans l’acier et l’aluminium ainsi que contre la Chine.

Dans une autre simulation, les chercheurs de l’OCDE imaginent ce qui arriverait si tous les pays du G20 réduisaient leurs tarifs douaniers aux niveaux les plus bas parmi eux dans tous les secteurs. Si un grand nombre de tarifs se retrouveraient ainsi à zéro, tous les obstacles au commerce ne seraient pas levés pour autant, les plus importants de nos jours étant surtout de nature non tarifaire, comme les différences de réglementation, le manque de fluidité aux frontières et le poids de la paperasserie. L’OCDE estime néanmoins que, pour chaque dollar de tarifs douaniers de moins, on ajouterait ainsi 1,40 $ au commerce international, 1 $ à l’économie mondiale et 90 ¢ aux revenus de l’ensemble des ménages de la planète.