Le temps donnera raison à l’AECG, pensent Bruxelles et Ottawa

La France et l’Allemagne font partie des pays qui n’ont toujours pas signé l’accord.
Photo: Joe Klamar Agence France-Presse La France et l’Allemagne font partie des pays qui n’ont toujours pas signé l’accord.

Il ne faut pas trop s’en faire avec tous ces pays européens qui n’ont toujours pas ratifié le traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, estiment Ottawa et Bruxelles, tout comme il ne faut pas s’en faire avec la lenteur des compagnies canadiennes à en profiter, un an après son entrée en vigueur provisoire. Tout cela n’est qu’une question de temps.

Aux dernières nouvelles, seulement une dizaine des 28 pays membres de l’Union européenne (UE) a ratifié l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’UE en plus du Canada. La presque totalité du traité de libre-échange est néanmoins entrée provisoirement en vigueur à pareilles dates l’an dernier en attendant les signatures manquantes ou qu’un premier pays s’oppose formellement à l’entente qui requiert l’unanimité. Or, les exportations européennes de marchandises vers le Canada ont augmenté de presque 13 % durant les neuf premiers mois, contre à peine plus de 3 % du Canada vers le marché européen.

Tout cela ne semblait pas préoccuper outre mesure la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, et le ministre canadien de la Diversification du commerce international, Jim Carr, de passage à Montréal. « Cela prend parfois un peu de temps », a dit du processus de ratification de l’UE sa représentante lors d’un point de presse en marge d’une conférence devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). Après tout, un total de 38 parlements nationaux, chambres hautes et parlements régionaux doit donner son accord et il a fallu presque cinq ans pour compléter le processus de ratification du récent accord entre l’UE et la Corée du Sud.

La France et l’Allemagne font partie des pays qui n’ont toujours pas apposé leur signature. Des oppositions ont notamment été entendues en Italie, en Hongrie et en Belgique. « Le débat est plus difficile dans certains pays », a convenu la commissaire, mais plus le temps s’écoule, et plus on est à même de corriger les inévitables anicroches de départ et d’entrevoir le succès de l’entente. « Il y a de très bonnes chances que tous les pays s’y rallient. »

La tortue canadienne

Jim Carr se montre tout aussi convaincu que les compagnies canadiennes finiront par saisir la chance d’ouvrir leurs horizons commerciaux que leur donne l’AECG. Il admet qu’il aurait aimé « que les choses avancent plus vite ». « Ce n’est que le début, a-t-il dit. Nous avons jeté des ponts, nos industries vont apprendre à les emprunter. »

Investi du rôle d’animateur à l’événement du CORIM, le négociateur en chef pour le Québec à l’AECG, Pierre Marc Johnson, se montre lui aussi optimiste. « Les Européens étaient prêts », a-t-il d’abord noté, en point de presse, pour expliquer leur meilleur départ que les compagnies canadiennes. Cela tient, selon lui, à la fois à la remarquable efficacité de la Commission européenne et aux besoins des entreprises de sortir d’un marché européen saturé.

Mais les compagnies canadiennes et québécoises finiront bien par embarquer dans le bateau de l’AECG pour l’Europe, croit-il. « On va le faire comme on l’a fait avec les Américains. Ça nous prend toujours un peu plus de temps — pour des raisons que je ne comprends toujours pas —, mais une fois qu’on s’y met, on s’y met solidement. »

En plus de célébrer la première année de l’accord, Cecilia Malmström et Jim Carr ont profité de leur séjour à Montréal pour participer à la première réunion d’un « Comité mixte de l’AECG » qui s’est notamment penché sur la meilleure façon d’en faire profiter les PME, de mieux tenir compte de son impact sur les femmes et de mettre en branle un ambitieux et délicat travail de coopération dans le domaine réglementaire qui vaut à l’entente le qualificatif de traité commercial de nouvelle génération.