Edmund Phelps prédit une récession aux États-Unis d’ici un an

De solides dépenses de consommation, qui ont augmenté de 3,8%, le rythme le plus rapide depuis la fin de l’année dernière, ont tiré la forte croissance aux États-Unis.
Photo: Drew Angerer Getty Images Agence France-Presse De solides dépenses de consommation, qui ont augmenté de 3,8%, le rythme le plus rapide depuis la fin de l’année dernière, ont tiré la forte croissance aux États-Unis.

Les États-Unis s’exposent à une récession d’ici un an, passé l’effet des baisses d’impôt décidées par le président Donald Trump, estime le Prix Nobel d’économie américain Edmund Phelps dans une entrevue au quotidien autrichien Die Presse jeudi.

« Une récession dans six à douze mois est réaliste. Cela peut prendre un peu plus de temps selon les circonstances, mais cela peut aussi intervenir plus tôt », estime le macro-économiste couronné en 2006 pour ses travaux sur la croissance.

Photo: Eric Piermont Agence France-Presse Edmund Phelps

Selon lui, la forte croissance observée actuellement aux États-Unis a les caractéristiques de « celles qui normalement précèdent une récession ». Elle a été alimentée artificiellement par M. Trump, notamment par des mesures fiscales, juge-t-il. « Il dope l’économie à court terme. Ça peut encore tenir un an environ. Mais pour parvenir à ce résultat, le président a énormément augmenté l’endettement de l’État. Il va y avoir un retour de manivelle », juge Edmund Phelps.

Selon lui, le pays souffre en réalité d’un « manque d’innovation » qui « se répercutera sur la conjoncture, et ce, bientôt, dès que l’effet non récurrent de la réforme fiscale sera passé ». Cette crise peut être précipitée par un développement de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, ainsi que par les incertitudes liées à la politique « populiste » menée en Italie, qui risque de « diviser la zone euro », prévient l’économiste.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne apparaît singulièrement désarmée, selon lui. Si son président Mario Draghi « relève les taux, il étouffe la fragile reprise économique. S’il les laisse à zéro, il n’a pas de munitions pour pouvoir la relancer » quand ce sera nécessaire. M. Draghi avait jugé, mi-septembre, « globalement équilibrés » les risques pesant sur la conjoncture en zone euro, tout en pointant des « incertitudes » liées au « protectionnisme croissant » mis en oeuvre par Washington.

M. Trump a pour sa part assuré mercredi à New York que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’a « absolument aucun impact » sur l’économie américaine.

Mais d’ici là, la croissance économique des États-Unis a confirmé sa vive allure à 4,2 % au deuxième trimestre en rythme annuel, selon la troisième estimation du département du Commerce jeudi, comparable à l’estimation précédente. C’est la cadence d’expansion du PIB la plus forte depuis quatre ans, après un premier trimestre qui avait progressé de 2,2 %.

De solides dépenses de consommation, qui ont augmenté de 3,8 %, le rythme le plus rapide depuis la fin de l’année dernière, ont tiré la forte croissance ainsi que de vigoureux investissements de la part des entreprises. L’économie américaine est dopée par une politique de relance budgétaire du gouvernement Trump comprenant des réductions d’impôt et des augmentations de dépenses, notamment militaires.

« La progression de l’activité au deuxième trimestre reflète des contributions positives des dépenses de consommation, des investissements non résidentiels (+8,7 %), des exportations (+9,3 %) et des dépenses fédérales (+3,7 %) », indique le département du Commerce. Ces robustes progressions ont été temporisées par des contributions négatives du côté des investissements dans les stocks et du marché immobilier, qui a baissé de 1,3 %. Aidant également à faire progresser le PIB, les importations ont reculé plus qu’annoncé précédemment (-0,6 %).

Pour le troisième trimestre, qui s’est achevé le mois dernier et dont le chiffre de la croissance sera publié le 26 octobre, les économistes misent sur une expansion de plus de 3 %. La Réserve fédérale qui, mercredi, a relevé ses taux d’intérêt pour la 3e fois de l’année, a aussi gonflé sa prévision de croissance sur l’année à 3,1 %, contre les 2,8 % estimés précédemment.