Incursion au coeur du MILA, l'Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal

Joseph Paul Cohen fait partie d’un groupe d’une dizaine d’étudiants et de chercheurs du MILA qui s’intéresse au domaine médical.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Joseph Paul Cohen fait partie d’un groupe d’une dizaine d’étudiants et de chercheurs du MILA qui s’intéresse au domaine médical.

Si Montréal est aujourd’hui une plaque tournante dans le domaine de l’intelligence artificielle, c’est en grande partie grâce à l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal (MILA). C’est là que tout a commencé dans les années 1990, et c’est encore au sein de ce laboratoire que l’avenir se dessine. Incursion au coeur de cet institut pas comme les autres qui tire profit des machines, mais surtout des brillants êtres humains qui les programment.

En connaissant la renommée de l’institut, on pourrait s’attendre à voir de grands bureaux vitrés, baignés de lumière. C’est plutôt par un étroit couloir du pavillon André-Aisenstadt de l’Université de Montréal qu’on entre au MILA, l’un des plus importants laboratoires d’intelligence artificielle (IA) au monde.

En cet avant-midi du mois d’août, plusieurs chercheurs et étudiants sont affairés à leur tâche, les yeux rivés sur leur écran. En guise de décoration, les murs sont recouverts d’affiches qui résument les recherches récentes de l’institut avec des graphiques et des diagrammes incompréhensibles pour le commun des mortels.

Et au bout du couloir, on arrive sans s’y attendre devant le bureau du fondateur du laboratoire, Yoshua Bengio. Son nom, inscrit à droite de la porte, est en partie couvert par un autocollant sur lequel « Bengio » est écrit avec des lettres qui rappellent le logo du groupe Metallica.

Ici, la recherche est sérieuse, mais l’ambiance est détendue.

Résoudre des problèmes

C’est en partie ce qui plaît à Joseph Paul Cohen, un diplômé de l’Université du Massachusetts qui a fait son entrée au MILA il y a environ deux ans. « Je suis venu pour ce gars, Yoshua Bengio », dit le volubile chercheur de 32 ans.

« Ce groupe de gens est reconnu mondialement, ajoute-t-il au sujet de ses collègues. Il n’y a pas beaucoup de laboratoires en apprentissage profond comme celui-ci sur la planète. »

M. Cohen fait partie d’un groupe d’une dizaine d’étudiants et de chercheurs qui s’intéresse au domaine médical. Il utilise par exemple l’intelligence artificielle pour compter les cellules visibles sur des images ou représenter différents types de tissus pour mieux saisir le rôle des gènes.

« Nous trouvons des problèmes appliqués et nous faisons de la recherche fondamentale pour comprendre pourquoi les outils existants ne fonctionnent pas, explique-t-il. Ce qu’on développe peut être utile et répandu gratuitement, sans subir des pressions de la part d’une grosse compagnie. »

Nouveau virage

Joseph Paul Cohen et les autres chercheurs du MILA quitteront en décembre leurs locaux exigus pour s’installer dans le nouveau centre d’excellence en intelligence artificielle établi rue Saint-Urbain, dans le Mile-Ex.

La présence sous un même toit des principaux joueurs montréalais du domaine de l’IA devrait faciliter les échanges entre le monde de la recherche et celui des entreprises, ce qui constitue l’une des priorités du laboratoire.

Depuis que le MILA a uni ses forces avec celui de McGill l’an dernier, il a en effet pris un nouveau virage, souligne la présidente et chef de la direction du MILA-Institut québécois d’intelligence artificielle — son nouveau nom officiel —, Valérie Pisano.

« On a voulu passer à la version 2.0 du MILA en partant du noyau central, la recherche, et en l’étendant au sein de l’écosystème pour animer tout le tissu économique québécois », résume celle qui est entrée en poste à la fin du mois de mai.

Parmi les quelque 300 membres du MILA (environ 20 professeurs, 220 étudiants et une trentaine d’employés), une équipe de dix personnes se charge spécifiquement du transfert technologique.

Montrer à pêcher

« La philosophie de l’intelligence artificielle, c’est en quelque sorte d’avoir des solutions qui peuvent s’appliquer de la manière la plus large possible. Le transfert technologique, c’est donc de prendre ces technologies et de les appliquer dans un cadre industriel », résume Gaétan Marceau, l’un des membres de cette équipe névralgique.

En tant qu’organisation à but non lucratif, le MILA n’offre cependant pas des solutions clés en main. Ses responsables s’assurent plutôt de former les ingénieurs des entreprises avec lesquelles ils font affaire, afin de les rendre autonomes par la suite.

« On montre aux gens à pêcher, on ne leur donne pas le poisson », illustre la directrice du transfert technologique, Myriam Côté.

Ce fut par exemple le cas des employés de la compagnie bouchervilloise Tootelo, qui ont profité des conseils d’experts du MILA pour améliorer le fonctionnement de leur plateforme Bonjour Santé grâce à l’intelligence artificielle. Une trentaine d’entreprises du même genre collaborent avec le MILA.

Conjoncture favorable

Ces efforts consacrés au transfert technologique ne sont pas anodins, explique Valérie Pisano. « Aujourd’hui, l’une des raisons pour lesquelles il y a un buzz autour de Montréal et de l’intelligence artificielle, c’est qu’on est l’un des pôles mondiaux en matière de création, de production et d’inspiration de talents. Il y a de plus en plus de gens qui viennent ici pour se rapprocher de ce talent, mais il commence à y avoir beaucoup de pailles dans le lac. Tout le monde s’abreuve au même endroit », constate-t-elle.

« On se demande donc comment on peut utiliser nos connaissances et nos talents de la manière la plus efficace possible pour permettre l’essor de l’écosystème québécois, tout en ayant de nouvelles sources pour alimenter le talent. »

D’ici cinq ans, la présidente espère que l’équipe du MILA comptera quelques professeurs et étudiants de plus, mais surtout 40 nouveaux employés consacrés au transfert technologique.

« L’idée, c’est de tirer profit de la conjoncture favorable qu’on a aujourd’hui pour la matérialiser. »