Hausse des salaires: vers un problème d’inflation?

L’une des principales raisons de cette hausse des salaires au Canada semble la concurrence de plus en plus forte que se font les entreprises pour la main-d’œuvre, souligne l’analyse de Desjardins.
Photo: Rick T. Wilking Getty Images / AFP L’une des principales raisons de cette hausse des salaires au Canada semble la concurrence de plus en plus forte que se font les entreprises pour la main-d’œuvre, souligne l’analyse de Desjardins.

La rareté de main-d’oeuvre pousse à la hausse les salaires au Canada. Si le phénomène ne s’accompagne pas bientôt d’une augmentation équivalente de la productivité, le pays pourrait se retrouver avec un problème d’inflation sur les bras, prévient le Mouvement Desjardins.

Les salaires affichent un solide rythme de croissance depuis un peu plus d’un an dans la plupart des régions et des secteurs économiques au Canada, a rappelé l’économiste principal du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher, dans une analyse mercredi. Le salaire horaire moyen présentait ainsi en juin une augmentation de 3,6 % par rapport à la même période l’an dernier contre une inflation de 2,5 %.

Ce mois-là, le Québec affichait une croissance de la rémunération moins élevée, avec une augmentation du salaire horaire de 2,1 % en 12 mois (contre une inflation de 2 %), alors qu’elle s’est élevée à 4,3 % en Ontario et même à 6,1 % en Colombie-Britannique. Benoit P. Durocher prend toutefois cette donnée mensuelle avec un grain de sel, faisant observer, par exemple, que six mois plus tôt la hausse du salaire horaire en un an avait été de 3,6 % au Québec, soit plus que la moyenne canadienne (3,3 %). « En fait, les tendances au Québec et dans le reste du Canada sont assez similaires lorsqu’on les regarde sur plusieurs mois, et si l’on exclut la Colombie-Britannique, où la croissance est plus marquée », a-t-il expliqué en entretien téléphonique au Devoir.

La situation au Québec apparaît encore plus favorable si l’on regarde, cette fois, les statistiques sur la rémunération hebdomadaire moyenne, note-t-il. Sa plus récente mesure affichait, en effet, une hausse de 4,8 % au Québec en un an, contre une moyenne d’environ 3 % au Canada et en Ontario. À défaut de hausses du salaire horaire plus fortes qu’ailleurs, une telle augmentation de la rémunération laisse entendre que les Québécois ont ajouté plus d’heures que les autres à leur semaine de travail, explique l’économiste du Mouvement Desjardins.

L’une des principales raisons de cette hausse des salaires au Canada semble la concurrence de plus en plus forte que se font les entreprises pour la main-d’oeuvre, souligne l’analyse de Desjardins. Le tiers des entreprises canadiennes rapportaient ce printemps que le manque d’effectifs limitait leur capacité de répondre à la demande. Cette rareté de main-d’oeuvre découle de la vigueur de l’économie qui maintient le taux de chômage près de son creux des 40 dernières années, mais aussi de la réduction du nombre de personnes en âge de travailler avec le phénomène de vieillissement de la population.

Particulièrement sérieux en Colombie-Britannique, mais aussi au Québec, où le vieillissement est plus marqué, le problème de rareté de main-d’oeuvre est susceptible de maintenir « encore quelque temps » une pression à la hausse sur les salaires.

Nécessaires gains de productivité

Tout irait bien si ces hausses de salaire allaient de pair avec une augmentation équivalente de la productivité, c’est-à-dire de la richesse produite par heure travaillée, observe Benoit P. Durocher. Les salaires plus élevés ne seraient alors qu’un repartage normal avec les travailleurs d’une partie de ces progrès économiques. « Or, il n’en est rien. La productivité du travail a plutôt perdu du terrain au cours des derniers trimestres » et tout indique que la situation n’est pas en voie de se corriger.

Dans ce cas, la hausse des salaires risque de se traduire plutôt par une augmentation du prix des biens et des services. En plus d’effacer une partie, sinon la totalité des gains salariaux des travailleurs, cette accélération de l’inflation pourrait forcer la Banque du Canada à relever plus rapidement que prévu ses taux d’intérêt afin de maintenir la croissance à long terme des prix à l’intérieur de sa cible fixée entre 1 % et 3 %.

Mais il n’y a pas encore péril en la demeure, dit Desjardins. Relevé de 0,25 point de pourcentage le mois dernier, le taux directeur de la banque centrale canadienne est encore plutôt expansionniste à 1,5 %. La vitesse de sa remontée à un taux neutre (estimé entre 2,5 % et 3,5 %) dépendra maintenant de l’évolution de tous ces facteurs.