L’économie canadienne va s’essouffler

Le PIB du Canada pourrait reculer de 4,8 % par habitant, en moyenne, dans les prochaines années.
Photo: Getty Images Le PIB du Canada pourrait reculer de 4,8 % par habitant, en moyenne, dans les prochaines années.

Le Canada pourrait être l’un des pays développés où la richesse par habitant augmentera le moins d’ici 2060, indique un rapport de l’OCDE.

Le vieillissement de la population, des taux d’emploi et d’investissement déjà élevés et des gains de productivité inférieurs à la moyenne semblent diriger l’économie canadienne parmi les plus faibles croissances réelles des pays riches des 40 prochaines années, à en croire un scénario économique de référence dévoilé mercredi par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette trajectoire pourrait être améliorée en adoptant des réformes structurelles en matière d’âge de la retraite ou de réglementation des marchés, mais aussi faire les frais d’une montée du protectionnisme, explique-t-on. Mais là encore, le Canada ne doit pas espérer de miracle.

Selon le scénario de référence, les économies émergentes, menées par l’Inde (164 %), l’Indonésie (130 %) et la Chine (114 %), continueront de connaître une croissance réelle de leur produit intérieur brut (PIB) par habitant étourdissante, bien qu’elle ralentisse de façon de plus en plus marquée à mesure qu’elles grossissent. À l’horizon de 2060, la Chine et l’Inde représenteront à elles seules environ 40 % de l’économie mondiale, soit l’équivalent de l’ensemble des 36 pays membres de l’OCDE, États-Unis compris.

La croissance moyenne des membres de ce club des pays développés sera nettement plus modeste (69 %), les meilleurs étant la Turquie (115 %), la Slovaquie (90 %) et la République tchèque (84 %), alors que les économies plus matures comme l’Allemagne (62 %), la France (71 %), la Grande-Bretagne (68 %) et la Suède (68 %) devront se contenter de moins. Le géant américain arrive plus loin derrière (57 %), mais malgré tout devant les derniers de classe que seraient l’Italie (56 %), l’Espagne (54,1 %) et… le Canada (54,3 %), juste à côté.

Le rapport de 50 pages de l’OCDE ne s’arrête pas au cas particulier du Canada. Un examen des principales variables considérées permet cependant de voir que son potentiel de croissance économique apparaît moins grand que les autres en fonction notamment de son taux d’emploi, des investissements en capital, de l’augmentation de sa main-d’oeuvre ou des gains d’efficacité de cette même main-d’oeuvre. Il faut dire que le Canada part aussi d’un niveau de richesse plus élevé que la moyenne des pays de l’OCDE, avec un PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat équivalant à un peu plus de 80 % de celui des États-Unis, contre 29 % en Chine, 64 % en Espagne, environ 72 % en France et en Grande-Bretagne, 82 % en Allemagne ou 85 % en Suède.
 

Suggestions de réformes

Ces chiffres ne font que présenter des tendances de fond que les pays peuvent corriger en adoptant les bonnes réformes structurelles, expliquent les experts de l’OCDE dans leur rapport, où ils en profitent pour ressortir les leçons d’autres études en la matière. Des réformes qui rendraient le marché intérieur plus concurrentiel pourraient, par exemple, ajouter ainsi 6,8 % de croissance à l’horizon de 2060 au Canada, contre une moyenne de 8,7 % dans l’OCDE, et de meilleures politiques en recherche et développement grossir le PIB de 7 %, contre une moyenne de 6 % dans l’OCDE.

L’adoption des meilleures pratiques en matière de santé et de retraite, qui comprennent notamment l’indexation de l’âge de la retraite sur l’espérance de vie, permettrait, par ailleurs, de réduire d’environ le tiers les hausses d’impôts nécessaires aux gouvernements canadiens pour faire face à l’augmentation des coûts liée au vieillissement de la population et que l’OCDE estime à 9,3 % du PIB en 2060.

Étonnamment, le Canada aurait un peu moins à craindre que les autres une montée du protectionnisme qui ramènerait les tarifs commerciaux à leur niveau de 1990, avec un recul de son PIB réel par habitant de 4,8 % contre une moyenne de presque 6 % dans les pays de l’OCDE et plus de 17 % dans les économies émergentes. Cette vulnérabilité apparemment moins grande du Canada tient peut-être au fait qu’en 1990 il avait déjà en poche un accord de libre-échange avec son principal partenaire commercial, les États-Unis.