L’économie canadienne va bien, malgré les tarifs américains

Un travailleur de l’acier photographié en mars dernier à l’usine George Third Son Steel Fabricators and Erectors, à Burnaby, en Colombie-Britannique
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Un travailleur de l’acier photographié en mars dernier à l’usine George Third Son Steel Fabricators and Erectors, à Burnaby, en Colombie-Britannique

L’entrée en vigueur de tarifs douaniers pour l’aluminium et l’acier et les représailles qu’ils ont entraînées forcent la Banque du Canada à revoir à la hausse les dommages économiques attribués aux politiques commerciales américaines. Somme toute encore « limité », l’impact serait « beaucoup plus grand » si le conflit devait s’étendre au secteur de l’automobile, prévient la banque centrale, tout en admettant ne pas savoir, elle-même, comment tout cela pourrait vraiment tourner.

 
1,5 %
Il s’agit du nouveau taux directeur annoncé par la Banque du Canada, mercredi, une hausse de 0,25 point de pourcentage.

La montée des tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde a été le principal enjeu au centre de la dernière réunion de politique monétaire de la Banque du Canada, a expliqué mercredi son gouverneur, Stephen Poloz. La « bonne santé » de l’investissement des entreprises, du marché de l’emploi et de l’économie en général, qui laisse présager une croissance annuelle d’environ 2 % jusqu’en 2020, a convaincu la banque centrale de monter son taux directeur de 1,25 % à 1,5 %. Elle souligne néanmoins, dans son Rapport sur la politique monétaire, que « la montée du protectionnisme à l’échelle internationale demeure [sa] plus importante source d’incertitude » et que ces risques « se sont étendus et intensifiés » depuis son dernier portrait d’ensemble de l’économie en avril.

L’imposition en juin par les États-Unis de tarifs douaniers contre les exportations canadiennes d’aluminium et d’acier, suivie de représailles commerciales par le Canada, venait s’ajouter à d’autres tarifs déjà en vigueur dans le bois d’oeuvre et le papier journal ainsi qu’à l’incertitude liée à la difficile renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

La Banque du Canada estime désormais que l’ensemble de ces facteurs pourrait réduire la croissance canadienne de près de 0,7 point de pourcentage d’ici 2020, soit l’équivalent des gains que le Canada peut espérer de la hausse des prix du pétrole.

Secteur automobile

Déjà « limités », ces impacts négatifs sur les entreprises directement touchées, l’investissement et les travailleurs devraient être atténués par les mesures de soutien promises par les gouvernements.

« Par contre, l’imposition de droits de douane élevés sur les véhicules et les pièces d’automobiles fabriqués au Canada aurait un effet beaucoup plus grand », a indiqué Stephen Poloz. En raison, bien sûr, de l’importance de ce secteur dans l’économie canadienne, mais peut-être plus encore à cause de l’impact symbolique que cela aurait sur les esprits, qui seraient alors en droit de penser que plus rien ne peut être considéré à l’abri dans ce conflit.

Son institution ne peut pas cependant prendre ses décisions de politiques monétaires « en se fondant sur des scénarios hypothétiques », a-t-il expliqué, mais doit s’en tenir aux gestes effectivement posés et à leurs conséquences observables sur le terrain. En effet, une guerre commerciale peut toucher une économie de tellement de façons difficiles à prévoir et qui, au-delà de la balance commerciale, peuvent être liées à l’investissement des entreprises, à l’emploi, aux taux de change et aux prix à la consommation, qui influencent eux-mêmes le potentiel de croissance future et le pouvoir d’achat des ménages. Et qui sait ? La renégociation de l’ALENA pourrait aussi aboutir et contribuer à chasser tous ces nuages noirs, a fait valoir Stephen Poloz. « La Banque est particulièrement dépendante des données en ce moment », a-t-il résumé.

Ménages et hausse des taux

Le commerce n’est pas le seul facteur qui préoccupe la Banque du Canada. Elle a notamment calculé quel impact aurait une hausse d’un point et même de deux points de pourcentage des taux d’intérêt sur les ménages canadiens, particulièrement les plus endettés. Elle dit avoir « trouvé un certain réconfort » en constatant que cela ne se traduirait que par « une hausse modeste » du coût du paiement de leurs dettes, à condition toutefois que les salaires continuent d’augmenter en moyenne de 11 % tous les cinq ans.

Sur la scène mondiale, on se dit bien forcé de réviser à la hausse les prévisions de croissance économique aux États-Unis cette année (à 3,1 %), où les baisses d’impôt et la déréglementation semblent avoir créé un effet d’entraînement sur les marchés, propulsant du même coup la valeur du billet vert.

La vigueur de l’économie mondiale pousse également à la hausse les prix du pétrole et des matières premières, ce qui devrait normalement emporter vers le haut les devises des pays exportateurs, comme le Canada.

Le huard devrait malgré tout se maintenir aux alentours de 76 ¢US, prévoit-on, plombé par la force de son homonyme américain et par les tensions commerciales.

Là encore, si la Banque du Canada ne s’attend pas pour le moment à ce que ce conflit entre les États-Unis et le reste du monde enlève plus de 0,2 % de la croissance mondiale d’ici 2020, elle ajoute toutefois que « l’escalade des tensions commerciales fait peser des risques considérables ».