L’ombre du protectionnisme américain plane sur l’économie canadienne

Les projets d’investissements s’annoncent encore plus rares dans le secteur de l’énergie canadien en dépit du récent rebond des prix mondiaux du pétrole.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Les projets d’investissements s’annoncent encore plus rares dans le secteur de l’énergie canadien en dépit du récent rebond des prix mondiaux du pétrole.

Le protectionnisme américain pèsera lourdement sur les perspectives économiques canadiennes, craint le Conference Board.

Les menaces de Donald Trump contre l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et les nombreux autres feux qu’il allume sur le front commercial contribueront à réduire de plus du tiers la croissance économique au cours des prochaines années. De 3 % l’an dernier, cette croissance réelle ne fera vraisemblablement pas mieux que 1,8 % jusqu’en 2020, prédit le Conference Board du Canada dans la dernière mise à jour de ses prévisions économiques dévoilée lundi.

Le protectionnisme du président américain ne sera pas le seul facteur à l’oeuvre, précise le centre de recherche. La remontée des taux d’intérêt, le ralentissement de la création d’emplois et une baisse du prix des maisons dans la foulée du dernier resserrement des règles hypothécaires inciteront aussi les consommateurs à continuer de réduire leur train de vie cette année et l’année prochaine. Il y a fort à parier pourtant que le faible taux de chômage et la rareté de main-d’oeuvre entraînent cette année une croissance du salaire hebdomadaire moyen de 3,3 %, soit le double de l’an dernier.

Ce n’est pas le seul domaine où l’on aurait normalement pu espérer mieux, poursuit le Conference Board. Après tout, les généreuses baisses d’impôt accompagnées de hausses des dépenses du gouvernement Trump devraient pousser la croissance du voisin américain à 3 % cette année et la garder à 2,7 % l’an prochain. L’effet de ce régime survitaminé risque quelque peu d’être modéré ici aussi par le manque de main-d’oeuvre, mais plus encore par la menace grandissante d’une guerre commerciale avec l’escalade de tarifs entre les États-Unis et l’ensemble des pays auxquels Donald Trump a décidé de s’en prendre.

L’actuelle vigueur économique américaine, la baisse du dollar canadien sous la barre des 80 ¢ US et des moyens de production approchant déjà leurs limites auraient normalement dû être le dernier coup de pouce dont les entreprises canadiennes avaient besoin pour ouvrir enfin plus franchement les vannes de leurs investissements dans de nouvelles usines et de nouveaux équipements de production.

Le début de l’année a d’ailleurs été marqué d’un impressionnant rebond (+19,6 %), mais qui semble malheureusement déjà s’essouffler, déplore le Conference Board. « La demande et les capacités actuelles entraîneraient normalement une forte hausse de l’investissement des entreprises, mais beaucoup hésitent à dépenser plus, car elles s’inquiètent au sujet de l’avenir de l’ALENA, de l’accès au marché américain et des risques de guerre commerciale mondiale. »

Les projets d’investissements s’annoncent encore plus rares dans le secteur de l’énergie canadien en dépit du récent rebond des prix mondiaux du pétrole. L’incertitude entourant les projets de nouveaux pipelines, l’avenir des différents systèmes de taxes sur le carbone et, une fois encore, l’avenir de l’ALENA devraient mener plutôt à une quatrième année consécutive de recul dans ce domaine.

La possibilité d’une disparition de l’ALENA demeure élevée 

Peur fondée

Toutes ces craintes au Canada, autour des questions commerciales, ne sont pas exagérées, estime le Conference Board. Des conflits avec les États-Unis sont déjà en cours, notamment dans le bois d’oeuvre, le papier journal, l’acier et l’aluminium, et il est maintenant question, à Washington, de s’en prendre au secteur névralgique, pour l’économie canadienne, de l’automobile.

Quand on regarde, par ailleurs, l’allure des négociations en cours, « la possibilité d’une disparition de l’ALENA demeure élevée ». Un tel échec soustrairait, explique-t-on, au moins 0,5 point de pourcentage à la croissance économique. Mais ça, c’est si les échanges canado-américains relèvent alors des règles générales de l’Organisation mondiale du commerce. Or, « compte tenu des dernières menaces et des tarifs douaniers déjà appliqués sur un vaste ensemble d’importations américaines, c’est peut-être une hypothèse optimiste ».