Les salaires font du surplace, selon un rapport de l'OCDE

Les travailleurs sont aussi victimes du recul des syndicats, selon l’OCDE. Sur la photo, les cheminots français en pleine manifestation, le 11 juin.
Photo: Agence France-Presse Les travailleurs sont aussi victimes du recul des syndicats, selon l’OCDE. Sur la photo, les cheminots français en pleine manifestation, le 11 juin.

L’économie des pays développés a retrouvé son allant avec, notamment, des niveaux d’emploi égaux, sinon supérieurs à ceux d’avant la Grande Récession de 2008, rapporte l’OCDE. Et pourtant, l’augmentation des salaires ne parvient toujours pas à reprendre son rythme d’antan. Pire encore, cette stagnation de la rémunération frappe particulièrement les travailleurs qui étaient déjà les moins payés.

À 2,6 % en moyenne l’an dernier, et probablement encore aux alentours de 2,5 % l’an prochain, la croissance économique dans les pays riches ne bat peut-être pas des records, mais affiche quand même une belle stabilité qu’on ne lui avait pas vue depuis longtemps, observe l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport dévoilé mercredi.

Cette amélioration profite notamment au marché de l’emploi, qui n’a jamais paru aussi vigoureux depuis le début de la dernière crise économique, il y a dix ans. La proportion de la population de 15 à 74 ans qui occupe un emploi était même de deux points de pourcentage plus élevée à la fin de l’année, à 61,7 %, qu’elle ne l’était avant qu’éclate la Grande Récession. Le taux de chômage est à l’avenant, avec une moyenne, dans les pays de l’OCDE, de seulement 5,9 % en 2017, alors qu’il était de 6,2 % en 2006. Qui plus est, note-t-on, « certaines des améliorations les plus notables concernent les catégories défavorisées, comme les travailleurs âgés, les mères de jeunes enfants, les jeunes ou les immigrés ».

3,2%
Il s’agit du rythme annuel de croissance des salaires nominaux au dernier trimestre de 2017. C’est près de deux fois moins qu’au moment où le taux de chômage moyen était le même en 2007 (5,8 %).

Et pourtant, le rythme annuel de croissance des salaires nominaux était encore de seulement 3,2 % au dernier trimestre de 2017, soit près de deux fois moins qu’au moment où le taux de chômage moyen était le même en 2007 (5,8 %). Non seulement « la croissance des salaires reste beaucoup plus morose qu’avant la crise financière », explique l’OCDE, mais « la stagnation des salaires touche beaucoup plus les travailleurs faiblement rémunérés que ceux qui se situent au somme de l’échelle des salaires ». Il n’y a pas que les salaires qui ne s’améliorent pas au même rythme que le reste de l’économie, précise-t-on. Il y a aussi la qualité des conditions générales de travail qui tire de l’arrière.

Les raisons de cette stagnation

Ce phénomène est principalement attribué à trois facteurs : le faible niveau d’inflation, « un ralentissement marqué de la productivité » et l’accroissement des emplois à bas salaire. Si la faible hausse du coût de la vie n’est pas nécessairement une mauvaise chose, il en va autrement du ralentissement de la productivité, qui est l’un des principaux facteurs de création de nouvelles richesses. Non seulement les gains de productivité sont-ils plus faibles, remarquent les experts de l’OCDE, mais leurs retombées économiques retournent moins dans les poches des travailleurs, environ la moitié de cette richesse perdue bénéficiant aux plus riches et l’autre moitié allant au développement d’entreprises où les technologies et la mondialisation gagnent en importance au détriment de la main-d’oeuvre.

Les travailleurs moins qualifiés sont particulièrement vulnérables aux chocs technologiques. Chaque année, entre 1 % et 7 % de la main-d’oeuvre des pays développés perd son emploi pour des raisons économiques ; de ce nombre, la moitié n’auront pas encore retrouvé d’emploi après un an dans des pays comme le Canada et les États-Unis. Dans ce contexte, répète l’OCDE, la meilleure politique d’assurance reste l’éducation et la formation continue des travailleurs afin qu’ils puissent plus facilement s’adapter aux changements en cours.

Syndicats demandés

En attendant, ceux qui se retrouvent sans emploi ont aussi vu, depuis la crise, leur gouvernement continuer de réduire de façon notable la couverture des programmes d’assurance-emploi. Au points, dans les pays de l’OCDE, où « moins d’un chômeur sur trois bénéficie d’une indemnité de chômage en moyenne ».

Les travailleurs sont aussi victimes du recul des syndicats, poursuit le rapport de l’OCDE. Les conditions de travail de seulement le tiers d’entre eux sont encore régies aujourd’hui par des conventions collectives, soit presque moitié moins qu’au milieu des années 1980. Les systèmes de négociations collectives bien conçus favorisent pourtant, tout à la fois, des économies plus équitables, plus productives, plus inclusives et plus efficaces, fait-on valoir.

Dans ce portrait d’ensemble, le Canada n’apparaît ni mieux ni pire que les autres. Si la qualité des emplois et le caractère inclusif du marché du travail sont un peu mieux que la moyenne, la proportion de ménages à faible revenu est plus élevée aussi. On remarque son programme d’assurance-emploi encore moins généreux que les autres, mais aussi d’intéressantes politiques de requalification en Ontario et au Québec.

1 commentaire
  • Marguerite Paradis - Abonnée 5 juillet 2018 08 h 01

    LA « STRUCTURITE » SYNDICALE QUI TUE

    Malheureusement, depuis les années '80, le syndicat n'a plus la pensée critique et, par ricochet, le dynamisme nécessaire pour contribuer à la bonification des conditions de travail.
    C'est devenu une « structure » avec ses nombreux et nombreuses « structuraux et structureuses ».