Le cadeau de Paul Gérin-Lajoie à l’économie québécoise

Aujourd’hui, 90 % des Québécois de 30 ans ont au moins un diplôme d’études secondaires ou professionnel et 32 % possèdent un diplôme universitaire.
Photo: Jemal Countess / Getty Images / Agence France-Presse Aujourd’hui, 90 % des Québécois de 30 ans ont au moins un diplôme d’études secondaires ou professionnel et 32 % possèdent un diplôme universitaire.

S’instruire, c’est s’enrichir, dit l’adage. C’était vrai lorsque Paul Gérin-Lajoie a lancé sa révolution de l’éducation au Québec. Ça l’est encore plus aujourd’hui.

Le décès, lundi, de Paul Gérin-Lajoie, a donné une rare occasion de revenir sur l’extraordinaire contribution au Québec de cet acteur central, bien que souvent négligé, de la Révolution tranquille. On pense évidemment à l’entrée du gouvernement québécois sur la scène diplomatique internationale, mais aussi à la profonde réforme qui a mené à la démocratisation du système de l’éducation.

Il a été plaidé et démontré mille fois combien l’éducation peut être un formidable outil d’émancipation personnelle et collective. Sur le plan économique, il est généralement accepté que le rattrapage du retard historique du Québec dans le domaine a été l’un des facteurs déterminants d’une certaine amélioration du niveau de vie des Québécois. Au moment où PGL créait le ministère de l’Éducation et les premières polyvalentes au Québec, les deux tiers des Québécois de 30 ans n’avaient aucun diplôme et seulement 5 % possédaient un diplôme universitaire. Aujourd’hui, 90 % ont au moins un diplôme d’études secondaires ou professionnel et 32 % possèdent un diplôme universitaire.

Des changements payants

Or, plus on est scolarisé, plus on est susceptible de chercher et de se trouver un emploi, et mieux cet emploi est généralement rémunéré, rappelait en avril l’économiste émérite Pierre Fortin dans L’Actualité. Ce phénomène s’est particulièrement observé chez les femmes, qui en plus d’avoir réalisé des gains aussi importants que les hommes en matière d’éducation, voire supérieurs, ont également bénéficié de meilleurs mécanismes de conciliation travail-famille avec l’instauration, notamment, du réseau public de garderies. Il a fallu attendre que les cohortes de travailleurs plus vieux et moins scolarisés partent à la retraite pour qu’on commence à ressentir les effets de ces transformations. Mais on a finalement vu le taux d’emploi bondir au Québec de 63 % en 1997 à 76 % l’an dernier, dépassant du même coup l’Ontario, où la hausse n’a été que de 70 % à 74 %.

Ces gains ont été importants pour le niveau de vie des Québécois. L’amélioration de leur niveau de scolarité a non seulement contribué à la protection, mais même à l’élargissement de la classe moyenne au Québec, concluaient récemment les économistes François Delorme et Luc Godbout dans un chapitre de l’ouvrage Le Québec économique, publié par le CIRANO. En fait, contrairement à la perception répandue et à la situation dans plusieurs autres endroits, les revenus nets des ménages québécois n’ont pas diminué depuis 35 ans, ni même stagné, mais bien légèrement augmenté, disent les experts, à la faveur notamment des gains réalisés en éducation, de la hausse de la présence féminine sur le marché du travail et des mécanismes de redistribution de la richesse des gouvernements.

Tout cela n’a toutefois pas été suffisant, globalement, pour permettre un véritable rattrapage économique du Québec par rapport, par exemple, à son voisin ontarien. Le taux de croissance de la richesse par habitant est, en effet, resté le même (à 1,2 % par année) dans les deux provinces depuis 1981, rapportait le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal au début de l’année. Cela tient entre autres à un choc démographique particulièrement brutal au Québec que n’arrivent pas à compenser des gains de productivité anémiques au Québec, comme dans le reste du Canada. Ce qui nous ramène, encore une fois, à l’éducation.

La prochaine révolution

Le Québec n’est pas le seul à vouloir améliorer la productivité de son économie. Les experts n’ont pas trouvé de solution infaillible à ce problème, à partir du moment où il n’est pas bêtement question d’augmenter le nombre d’heures passées au boulot, mais bien d’augmenter la richesse produite par heure travaillée.

En principe, on recommande entre autres l’augmentation de l’investissement dans les infrastructures publiques, les nouvelles technologies et la recherche et le développement. Théoriquement, l’ouverture des frontières au commerce et aux investisseurs étrangers, la réduction de toutes interventions inutiles des gouvernements ainsi que l’adoption de toutes autres mesures favorisant la concurrence et l’émulation entre les entreprises sont aussi les bienvenues. Dans tous les cas, un solide système d’éducation et le recours à la formation continue des travailleurs sont fortement recommandés.

Il s’agit, bien sûr, de former les ingénieurs qui concevront les robots de demain ainsi que des techniciens capables de les faire fonctionner. Mais on ne parle pas seulement de connaissances hyperspécialisées.

Non. Pour s’adapter à l’évolution continuelle et de plus en plus rapide des technologies et de la réalité, on s’est rendu compte qu’il fallait d’abord et avant tout des personnes maîtrisant les habiletés de base en lecture, en écriture, en mathématiques, en solution de problèmes avec des outils technologiques, en travail d’équipe, et même en matière de créativité. Des personnes qui ont appris à apprendre et qui apprendront toute leur vie durant. Des personnes avec des compétences qui ne se développent pas d’abord à Polytechnique, mais à l’école primaire et secondaire. Et même avant.