Le fabricant de cycles beauceron Procycle change de nom pour mieux gagner un marché

Fini les vélos de route et les vélos pour monsieur et madame Tout-le-Monde chez Procycle.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir Fini les vélos de route et les vélos pour monsieur et madame Tout-le-Monde chez Procycle.

Après une cinquantaine d’années d’activités, la compagnie Procycle de Saint-Georges-de-Beauce abandonne son nom pour revêtir celui de Rocky Mountain, une compagnie basée à l’origine en Colombie-Britannique et spécialisée dans les vélos de montagne.

Procycle coupe court à la promotion de ses marques maison Miele et eVOX. Fini les produits dans toutes les catégories et pour tous les genres. La compagnie beauceronne se consacrera désormais au développement du créneaux des vélos dit de montagne et leur déclinaison en formule électrique. Ce type de monture constitue un secteur qui connait une forte croissance dans l’industrie du vélo de qualité.

Procycle a compté jusqu’à 500 employés. Mais depuis que le coeur de la fabrication des vélos a migré du côté de l’Asie, Procycle a réduit son nombre d’employés à une centaine, dont 25 seulement sont encore en poste à son immense usine de Beauce. «On fait de l’importation maintenant», affirme le pdg de Rocky Mountain et de Procycle, Raymond Dutil.

Environ 65% des ventes de l’entreprise sont faites à l’étranger, Les États-Unis constituent 25% du chiffre d’affaires. L’abandon de marques connues surtout au Québec ne devrait pas cause de difficulté. «À l’étranger, on ne vendait que Rocky Mountain déjà.»

Fini donc les vélos de route et les vélos pour monsieur et madame Tout-le-Monde chez Procycle. «Il aurait fallu investir une fortune en publicité. Rocky Mountain sur un vélo de route, ça en fait pas sérieux.» Pour pallier ce manque de prestige sur route, Procycle s’était brièvement occupé il y a trois ans de distribuer la prestigieuse marque italienne Colnago. Quelques événements ont été organisés sous cette bannière, mais l’aventure a vite été abandonnée. «C’est un monde à part, le vélo de route.»

Des niches

À l’heure des géants du genre de Specialized ou Trek, les marques québécoises ont dû se creuser des niches et se forger une identité forte dans un marché vite saturé par des produits asiatiques bon marché. Certains n’ont pas résisté, comme Guru qui a fait faillite en 2016.

Au nombre des enseignes basées au Québec, on trouve la marque Opus issue d’une importante entreprise de distribution, Outdoor Gear Canada. Tous les modèles Opus sont fabriqués en Asie.

Basé au lac Saint-Jean, la marque Devinci a misé sur l’aluminium depuis trois décennies ainsi que sur le carbone. En plus de vendre des vélos des tous les types, Devinci s’est fait connaitre pour être le fabriquant des vélos en usage libre Bixi. Dans le public, la marque a notamment été popularisé par l’image du cycliste de longue distance Pierre Lavoie.

D’abord fabriquant de vêtement, Louis Garneau de Saint-Augustin-de-Desmaures offre depuis le tournant du millénaire une vaste gamme de vélos sous son nom. Comme pour la plupart des autres enseignes, il s’agit de montures fabriquées en Asie, selon des dessins et sous la supervision d’employés de la firme.

Dans le marché de niche du vélo de route de performance, on trouve aussi la marque Argon 18 de l’ancien coureur cycliste Gervais Rioux connaît beaucoup de succès. Vendus désormais dans une quarantaine de pays, les vélos Argon sont très présents dans les circuits de triathlon. Ils sont aussi au coeur du peloton professionnel européen. Cette année, l’équipe professionnelle Astana, où roule le québécois Hugo Houle, est équipé par Argon

Cycles Marinoni est sans doute l’enseigne qui a le plus contribué à installer une culture du vélo de qualité au Québec. Depuis 1974, Marinoni fabrique des vélos sur mesure. Il fut une époque où une large partie des vélos des pelotons d’Amérique du nord étaient des Marinoni. Plusieurs autres enseignes québécoises ont d’abord vendu des cadres réalisés par Marinoni au moment où ils se lançaient. À 81 ans, Giuseppe Marinoni continue de tailler dans des tubes d’acier fins des montures racées. Mais c’est son fils Paolo qui veille désormais à l’avenir de l’entreprise en important notamment des cadres en carbone au goût du jour vendu sous le patronyme de la famille.

De plus petites entreprises tentent aussi de tirer leur épingle du jeux, comme Velec, qui fabrique des vélos électriques, ou encore Cycles Panorama, spécialisé dans les vélos de montagne haut de gamme, ou encore XPrezo, des vélos de montagne dessinés à Bromont.

Comment se tailler une place aujourd’hui dans un espace qui est passé en quelques décennies d’un rapport artisanal à une industrialisation et une délocalisation massive?

La quête d’une marque

Diplômé de Harvard en administration des affaires, Raymond Dutil est de longue date en quête d’une identité forte pour ses produits. À Saint-Georges-de-Beauce, les employés de Procycle ne seront pas touchés par ce changement d’identité au profit Rocky Mountain, promet l’entreprise.

Depuis sa création au début des années 1970, Procycle a produit 8 millions de vélos sous différentes marques. Il a ainsi utilisé sous licence, pendant quelques années, la marque française Peugeot, pour fabriquer des vélos à l’usine de Saint-Georges. L’entreprise a aussi vendus des vélos montagne sous les marques Balfa et Oryx. «Aujourd’hui, on fait surtout de l’importation», dit Raymond Dutil.

La faillite de CCM en 1983 avait permis à l’entreprise de se propulser vers de nouveaux marchés de masse. Les grandes chaines de magasin ouvrent alors leurs portes à Procycle. La marque Vélo Sport fait les beaux jours de l’entreprise. «Mais Vélo Sport, ça ne voulait rien dire! Au Québec, je me battais contre Raleigh à Waterloo et Leader, fabriqué par Victoria Précision. Les gens pensaient que Leader était meilleur que Vélo Sport, à cause du nom.» La marque Vélo Sport sera elle aussi abandonnée.

Une guerre de marché a eu raison de l’ancien modèle d’affaire de Procycle. En 2008, la compagnie a décidé de cesser de vendre aux grandes surfaces. «On vendait à Walmart, à Canadian Tire, ce genre de magasins. Notre chiffre d’affaire est tombé à 25 millions de $ en 2008. Il est aujourd’hui de 60 millions», explique Raymond Dutil au Devoir. «Et ça monte.»

Comme presque tous les fabriquants, Procycle s’appuie sur la production asiatique. «Nos vélos en carbone sont fait avec nos moules. Ils sont dessinés ici. Mais c’est hélas produit en Asie.»

En Europe les nouveaux modèles Rocky Mountain 2019 sont déjà lancés. «Notre plus gros marché est désormais le vélo de montagne de 3000 euros et plus. Le vélo de montagne électrique en particulier est très populaire.»