L’Italie met l’AECG en danger

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a néanmoins dit avoir bon espoir «d’avoir une pleine ratification en fin de compte», après celle mercredi de l’Autriche.
Photo: Toya Sarno Jordan / Getty Images / Agence France-Presse La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a néanmoins dit avoir bon espoir «d’avoir une pleine ratification en fin de compte», après celle mercredi de l’Autriche.

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (AECG), qui nécessite l’approbation de tous les parlements de l’UE, est en péril : l’Italie refuse de le ratifier, estimant qu’il ne protège pas suffisamment les appellations d’origine contrôlée.

L’AECG (CETA, en anglais), signé en octobre 2016 par l’UE et le Canada et approuvé en février 2017 par le Parlement européen, doit être ratifié par chaque Parlement des 28 pays de l’Union européenne (UE) pour être valide. Or, l’Italie, qui vient de se doter d’un nouveau gouvernement antisystème, a annoncé jeudi qu’elle n’entendait pas y apposer son paraphe. « Nous ne ratifierons pas l’accord de libre-échange avec le Canada parce qu’il ne protège qu’une petite partie de nos AOP [appellations d’origine protégée] et de nos IGP [indications géographiques protégées] », a expliqué le ministre italien de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio, dans un entretien à La Stampa.

« Nous demanderons au Parlement de ne pas ratifier ce traité et d’autres similaires à l’AECG. Tout ceci est prévu dans le contrat de gouvernement » conclu entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, majoritaires au Parlement, a-t-il précisé. « Il ne s’agit pas seulement d’une position des souverainistes de la Ligue […] les doutes sur cet accord sont communs à de nombreux collègues européens », a noté M. Centinaio, membre de la Ligue de Matteo Salvini.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a néanmoins dit rester « confiante d’avoir une pleine ratification en fin de compte », après celle mercredi de l’Autriche. L’AECG « est déjà entré en application de manière provisoire » depuis le 21 septembre et « cela signifie que près de 100 % de son impact économique est déjà ressenti par les Canadiens et les Européens », a-t-elle relevé.

La ministre a souligné que le gouvernement canadien avait « eu de bonnes discussions sur l’AECG avec le chef du gouvernement italien [Giuseppe] Conte à Charlevoix », lors du Sommet du G7 le week-end dernier, « et nous sommes impatients de poursuivre cette discussion ». Si l’accord n’était pas ratifié, cela marquerait un revers majeur pour le Canada qui a un besoin crucial de diversifier ses marchés vu le repli protectionniste actuel des États-Unis, son premier partenaire commercial.

Ce traité suscite de vives polémiques dans plusieurs pays de l’Union européenne, où ses adversaires mettent notamment en garde contre des risques sanitaires et environnementaux. Des oppositions se sont notamment fait entendre en France, dans la région belge de Wallonie et en Italie.

L’AECG a pour le moment été ratifié par une dizaine de pays.

Interrogée sur l’annonce italienne, une porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a souligné que la Commission travaillait « étroitement avec [ses] États membres pour faire en sorte que [les] politiques de commerce soient mutuellement bénéfiques. Le Conseil européen et le G7, à plusieurs reprises, en présence de nos leaders européens, ont confirmé cette priorité ».