Pas le fiasco que l’on craint

La première ministre britannique, Theresa May, et son mari, Philip May (à droite), sont arrivés à l’aéroport de Bagotville, jeudi en fin d’après-midi, en vue du Sommet du G7. Les chefs d’État et les dignitaires du Groupe des sept ont notamment été accueillis par le chef du protocole du Canada, Roy Norton, ainsi que d’autres membres de la diplomatie canadienne.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne La première ministre britannique, Theresa May, et son mari, Philip May (à droite), sont arrivés à l’aéroport de Bagotville, jeudi en fin d’après-midi, en vue du Sommet du G7. Les chefs d’État et les dignitaires du Groupe des sept ont notamment été accueillis par le chef du protocole du Canada, Roy Norton, ainsi que d’autres membres de la diplomatie canadienne.

Le Sommet du G7 qui s’ouvre officiellement vendredi, à La Malbaie, dans Charlevoix, ne sera pas le fiasco et la foire d’empoigne avec les États-Unis que plusieurs craignent, pense le cofondateur et directeur du Groupe de recherche sur le G7 de l’Université de Toronto, John Kirton. Bien sûr, les six autres chefs d’État ne manqueront pas, durant leur rencontre de deux jours, d’exprimer au président américain tout le mal qu’ils pensent de la guerre commerciale qu’il a déclenchée, de son rejet de l’Accord de Paris sur les changements climatiques ou encore de sa sortie de l’entente sur le nucléaire iranien. Mais on trouvera, malgré tout, le moyen de s’entendre sur des enjeux importants liés notamment à la promotion de l’égalité hommes-femmes, à la protection de l’environnement et à la défense des institutions démocratiques, prédit l’expert. Entretien.

Les relations entre les États-Unis et les six autres pays du G7 se sont-elles trop dégradées ces dernières semaines pour encore espérer qu’ils pourront s’entendre sur quoi que ce soit de substantiel à La Malbaie ce week-end ?

Je ne crois pas. Je pense au contraire que le sommet de Charlevoix débouchera sur au moins trois avancées importantes : sur l’aide à l’éducation des jeunes filles pauvres, sur la réduction des déchets plastiques et sur la lutte contre l’interférence de pays étrangers dans les processus démocratiques.

Quand vous parlez de l’aide à l’éducation des jeunes filles, vous faites référence à ce projet de fonds de 1,3 milliard sur trois ans auquel est notamment associée la Prix Nobel Malala Yousafzai ?

Justin Trudeau voudra que ce soit plus que 1,3 milliard, ne serait-ce que pour ne pas souffrir de la comparaison avec les quelque 40 milliards finalement obtenus par Stephen Harper pour l’aide à la santé des femmes lors du dernier Sommet du G7 au Canada. L’avantage de ce programme est qu’il évite l’épineuse question de l’avortement et que des gains dans l’éducation permettraient de faire avancer la cause des femmes sur plusieurs plans, dont l’emploi, la santé et même le débat démocratique.

Et l’entente sur le plastique ? N’est-ce pas surtout une façon de contourner la question des changements climatiques qui fâchent les Américains ?

C’est vrai qu’un grand avantage du projet de charte zéro déchet plastique est que les sept pays y sont favorables. Mais ce serait quand même une avancée importante, même si plusieurs détails ne seront pas réglés avant une réunion ministérielle qui doit se tenir cet automne. Et cela n’empêchera pas les six autres pays de réitérer, y compris dans le communiqué final, l’importance qu’ils accordent à la question des changements climatiques ou à celle des tarifs américains.

L’impression générale que laissera ce sommet ne sera-t-elle pas quand même celle d’un rendez-vous manqué entre les États-Unis et ces six autres pays ?

Peut-être pas. Tout cela pourrait aussi tourner à la faveur de Donald Trump. On sent déjà la Maison-Blanche essayer de réenligner son discours sur le commerce contre les abus de la Chine, ce sur quoi les autres sont assez d’accord. Et puis, le véritable enjeu d’actualité des prochains jours ne sera pas les tarifs sur l’acier et l’aluminium, mais la réunion de Donald Trump avec le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un. Cela ne vaudra peut-être pas le prix Nobel au président américain, mais il pourrait très bien repartir de La Malbaie pour sa rencontre à Singapour auréolé du statut de défenseur de la cause des pays du G7.

Chose certaine, son hôte canadien, Justin Trudeau, lui, en sortira fatigué.

Il ne devrait pas trop se plaindre. Son père, Pierre Elliott Trudeau, lorsqu’il était premier ministre, avait eu à organiser le premier Sommet du G7 à se tenir au Canada, à Montebello, en 1981. On était en pleine guerre froide et il y avait notamment un nouveau président américain va-t-en-guerre de droite, Ronald Reagan, et un nouveau président français, François Mitterrand, allié à des communistes, qui venait de nationaliser les banques. Le sommet a quand même été un succès.

Grosse journée de travail au G7

Les dirigeants des pays du G7 consacreront la première journée de leur sommet au Québec, vendredi, principalement aux questions économiques et internationales qui ont durement éprouvé leurs relations ces derniers temps. Le président américain, Donald Trump, et la chancelière allemande, Angela Merkel, rejoindront en matinée à La Malbaie leurs homologues arrivés la veille juste à temps pour un premier dîner de travail qui pourrait être houleux, sur les enjeux notamment du commerce. Les discussions de nature économique ne s’interrompront en après-midi que le temps de retrouver son sourire pour la traditionnelle photo de famille. Après une petite pause, en fin de journée, pour se détendre un peu, tout le monde se retrouvera en soirée pour un souper de travail consacré aux questions non moins délicates de politique internationale, comme la sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et la rencontre à venir entre Donald Trump et le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un. Après une bonne nuit de sommeil, le petit groupe de dirigeants s’attellera, pour sa dernière journée ensemble, aux questions liées à l’environnement et à l’égalité hommes-femmes.