Aluminium: les tarifs de Trump aideront à s’attaquer au vrai problème

Un travailleur de l’aluminium à Zouping, en Chine
Photo: Agence France-Presse Un travailleur de l’aluminium à Zouping, en Chine

La guerre commerciale déclenchée par Donald Trump dans l’aluminium a créé un soudain intérêt pour cette industrie dont elle entend bien profiter maintenant pour qu’on l’aide enfin à s’attaquer à son véritable problème : la surproduction de la Chine.

Le problème de la surproduction chinoise d’aluminium subventionnée ne date pas d’hier. Mais la menace, puis l’imposition, la semaine dernière, de tarifs douaniers de 10 % sur l’aluminium entrant aux États-Unis, à quoi veulent répondre les autres pays, dont le Canada, par leurs propres représailles commerciales, contribue à précipiter les choses, a expliqué lundi le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard. « Les événements des derniers mois nous ont donné une chance qu’on n’avait pas l’an dernier. Ils ont créé une saine tension qui nous a permis d’obtenir l’attention des gens. […] On est en situation de crise. Et lorsqu’on est en situation de crise, on dispose d’un peu plus d’écoute qu’on en aurait autrement. »

Cette tension a été au coeur des discussions d’un Sommet de l’aluminium qui a rassemblé dimanche et lundi à Montréal un peu moins d’une centaine de représentants de l’industrie et des gouvernements du Canada, des États-Unis, d’Europe ainsi que du Japon. On s’est bien gardé toutefois d’aller jusqu’à dire que la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump était une bonne chose. « La croissance continuelle des capacités de production de la Chine est très impressionnante et fait très peur, a témoigné Kathrine Fog, vice-présidente principale à la compagnie norvégienne Norsk Hydro. Mais le climat d’incertitude peut également être très dommageable dans un secteur comme le nôtre où les investissements se font avec un horizon de 40 à 50 ans. Et la Chine est loin d’être la seule à nourrir cette incertitude. »

Appel au dialogue

Les participants à la réunion de Montréal ont convenu de demander à leurs gouvernements de profiter de la tenue du sommet du G7, cette semaine, à La Malbaie, dans Charlevoix, pour lancer l’idée de la création d’un forum mondial gouvernemental et multilatéral sur la surcapacité dans l’industrie de l’aluminium. Inspiré d’un projet similaire qui existe depuis deux ans sur la surproduction d’acier, le forum en question regrouperait les pays du G20 qui comptent pour 80 % du marché de l’aluminium primaire et serait alimenté par le travail des experts de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le premier objectif de ce forum serait d’amasser les informations nécessaires pour brosser un tableau complet de la réalité du secteur et de ses problèmes. Armé de ce portrait, on pourrait ensuite entamer des négociations pour trouver des solutions durables.

On dit croire que la Chine pourrait être intéressée de participer à l’exercice, comme elle le fait pour le forum sur l’acier. Elle aurait, en effet, tout intérêt à coopérer, dit-on, ne serait-ce que pour réduire la pression commerciale dont elle fait de plus en plus l’objet de la part des autres pays dans le secteur, mais aussi parce que cela pourrait lui donner l’occasion de se débarrasser de ses usines les moins efficaces et les plus polluantes. « À un moment donné, la Chine va être obligée de s’asseoir, a estimé Jean Simard. Je ne dis pas que ça va être demain matin ni dans deux mois, mais ça va se faire. Et ça va être beaucoup mieux que tout ce que nous avons vécu jusqu’à maintenant. »

Le problème chinois

Un représentant de l’OCDE a admis lundi que le forum sur l’acier « n’a pas donné de résultat concret » jusqu’à présent et qu’on sent monter chez plusieurs pays participants « un sentiment de frustration ». Il a toutefois laissé entendre que de premières retombées tangibles pourraient être annoncées plus tard ce mois-ci.

Aux prises avec une forte demande d’aluminium en raison de son développement économique rapide, la Chine est passée depuis 2000 de l’équivalent de 10 % de la production mondiale d’or blanc à 53 %. N’ayant plus besoin aujourd’hui de tout cet aluminium, elle en exporte désormais de grandes quantités dans le monde tout en poursuivant l’augmentation de sa capacité de production, créant un raz-de-marée qui emporte les producteurs étrangers, notamment américains. Selon une première estimation de l’OCDE, qu’elle qualifie de conservatrice, l’aluminium chinois serait trois fois plus subventionné qu’ailleurs.

Tout le monde le fait, fais-le donc

Le ministre fédéral du Commerce international, François-Philippe Champagne, ainsi que ses homologues québécoises à l’Économie, Dominique Anglade, et aux Relations internationales, Christine St-Pierre, ont tour à tour pris la parole au sommet de lundi. Ils ont tous trois défendu avec vigueur le respect des règles commerciales internationales et justifié le recours par le Canada à des représailles immédiates en réponse aux tarifs de Donald Trump.

Le ministre Champagne ne s’est pas formalisé du fait que ces mêmes règles commerciales prévoient qu’un pays qui s’estime lésé n’a pas le droit de se faire justice seul et doit d’abord saisir de l’affaire les instances arbitrales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ou de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et attendre leur permission avant de recourir à des contre-mesures. Le gouvernement Trump a fait l’unanimité des autres pays contre lui avec ses tarifs sur l’acier et l’aluminium, a expliqué le ministre lors d’un point de presse. « On répond de façon appropriée à des mesures qui ont été prises par les États-Unis, en ligne avec nos partenaires de l’Union européenne, et d’autres pays. »