REM: la Caisse assume un plus grand risque que dans ses autres projets

Le projet de Réseau express métropolitain, station Panama, sur la Rive-Sud
Photo: Réseau express métropolitain Le projet de Réseau express métropolitain, station Panama, sur la Rive-Sud

La clause qui permettrait à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) de se départir du Réseau express métropolitain (REM) cinq ans après sa mise en service complète n’est pas aussi « usuelle » que l’affirmait l’un de ses dirigeants la semaine dernière. Il s’agit en fait d’un « engagement supplémentaire » qui fait en sorte que la Caisse assume un plus grand risque avec le REM qu’avec les autres projets d’infrastructure dans lesquels elle a investi jusqu’à maintenant.

En rendant publiques lundi dernier les ententes concernant la gestion et la réalisation du REM, le président et chef de la direction de CDPQ Infra, Macky Tall, a admis que le gouvernement du Québec pourrait acheter le réseau de transport collectif dès 2028.

Une des ententes prévoit en effet que la Caisse « s’engage à exploiter l’ensemble des antennes pour une période minimale de cinq ans à compter de la date de la mise en service commerciale complète du REM ». M. Tall a cependant répété que la Caisse de dépôt n’a pas l’intention de vendre le REM et qu’elle compte rentabiliser son investissement en opérant le réseau à long terme.

« Ce sont des clauses standards qu’on retrouve dans ce type de projet. Nous en faisons plusieurs dans le monde et ce n’est pas la première fois que nous voyons ce genre de clause », a-t-il affirmé.

Unique au REM

Interrogé sur l’utilisation de cette clause dans les autres projets de l’investisseur institutionnel, le directeur des relations médias de CDPQ Infra, Jean-Vincent Lacroix, a indiqué quelques jours plus tard qu’« à [sa] connaissance », jamais un engagement égal ou supérieur à cinq ans n’a été pris par la Caisse depuis ses premiers investissements en infrastructures en 2004.

« Après vérification, habituellement pour les projets d’infrastructure de la Caisse, il est possible de se départir de l’équité sans délai prescrit quant au maintien des opérations, a-t-il répondu par courriel. Cet engagement vient avec un niveau de risque plus important pour CDPQ Infra qui reflète les risques de construction et d’achalandage. Après cinq ans d’exploitation complète, le REM sera ainsi à maturité et aurait franchi les étapes les plus critiques. »

Dans le cas du projet Canada Line, un train léger reliant l’aéroport et le centre-ville de Vancouver dans lequel la Caisse a investi à partir de 2005, CDPQ Infra aurait par exemple pu se départir de ses avoirs dès le premier jour, même si elle s’est engagée pour 13 ans.

Moins risqué pour Québec

La possibilité que le REM soit vendu après cinq ans, et non un seul, constitue donc une garantie supérieure pour le gouvernement du Québec, estime M. Lacroix.

« Avec le REM, nous avons pris des engagements plus importants que dans la très grande majorité des autres projets en infrastructure dans lesquels nous investissons », résume-t-il.

Le porte-parole de CDPQ Infra ajoute que les parties impliquées dans la négociation des ententes ont jugé que « cet engagement supplémentaire permettait de limiter l’exposition au risque du gouvernement ».

Rappelons que le REM s’étendra sur 67 km et comportera 26 stations. Il reliera Brossard à Sainte-Anne-de-Bellevue, avec des liens vers l’aéroport Montréal-Trudeau et Deux-Montagnes. Le début de sa mise en service est prévu en 2021.

La construction du réseau de transport a débuté au mois d’avril et devrait coûter 6,3 milliards de dollars. La Caisse paiera la moitié de cette somme et les gouvernements du Québec et du Canada se partageront le reste de la facture à parts égales.

L’impact des travaux se fait déjà sentir dans l’ouest de l’île de Montréal : le service de la ligne de train de banlieue Deux-Montagnes a été suspendu la fin de semaine dernière et le sera toutes les fins de semaine jusqu’à la mise en service du REM.