La perspective d’un départ d’Uber n’effraie pas le gouvernement

Uber n'accepte pas l'exigence gouvernementale d'une formation obligatoire 35 heures avant que les chauffeurs puissent prendre le volant.
Photo: Seth Wenig Archives Associated Press Uber n'accepte pas l'exigence gouvernementale d'une formation obligatoire 35 heures avant que les chauffeurs puissent prendre le volant.

Le premier ministre Philippe Couillard refuse de « se mettre à plat ventre » devant le géant du covoiturage commercial Uber, qui menace de cesser ses activités au Québec.

Le directeur général d’Uber-Québec, Jean-Nicolas Guillemette, réclame l’abandon des « changements majeurs » annoncés vendredi dernier au cadre réglementaire régissant les activités de ses « partenaires-chauffeurs » au Québec, à défaut de quoi il pliera bagage le samedi 14 octobre prochain. « Ce n’est pas une négociation sur la place publique, ce n’est pas une menace, on ne pourra pas continuer dans ces conditions », a-t-il répété lors d’une conférence de presse à Montréal.

Le ministre des Transports, Laurent Lessard, a accepté vendredi dernier de renouveler le projet-pilote d’Uber, mais à certaines conditions : les chauffeurs devront demander une vérification d’antécédents judiciaires à un corps de police et s’engager à faire inspecter leur véhicule tous les ans, en plus de suivre une formation obligatoire d’une durée de 35 heures — plutôt que de 20 heures — avant de prendre le volant.

Uber n’accepte pas cette dernière exigence. « Une formation de 35 heures, c’est du jamais vu dans l’économie du partage. Pourquoi exiger autant ? Est-ce qu’on exigerait des Québécois qui louent leur logement sur Airbnb de suivre une formation de 35 heures à l’ITHQ ? » a dénoncé M. Guillemette à la presse.

Le patron d’Uber-Québec s’est toutefois abstenu de préciser le nombre d’heures ou le type de formation qui lui paraissent raisonnables sous prétexte qu’il n’entend pas négocier sur la place publique.

Selon lui, l’octroi de zéro à cinq étoiles à la fin de chaque course permet déjà d’assurer la qualité du service offert par ses « partenaires-chauffeurs ». « On a mis un modèle en place, qui, on le croit, répond parfaitement à la qualité de service que les Québécois s’attendent de recevoir. […] On a développé un modèle qui est différent de celui de l’industrie du taxi, et c’est ce qu’on demande, qu’on reconnaisse cette différence », a insisté M. Guillemette.

« On n’est pas dans un mode de négociation », a répété de son côté M. Lessard. En dépit de leur score moyen de 4,82 étoiles sur cinq, les chauffeurs d’Uber ont été épinglés pour de « nombreuses infractions et irrégularités », a-t-il fait remarquer.

Le gouvernement libéral cherche à établir un cadre réglementaire garantissant la « sécurité » des clients d’Uber, tout en étant « équitable » envers tous les joueurs de l’industrie du taxi, a soutenu pour sa part M. Couillard lors de la période des questions.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, lui a alors reproché de créer un environnement économique « incompatible » avec les « entreprises collaboratives ».

« Une multinationale doit également s’ajuster au cadre réglementaire, puis légitime, d’un État. Ce n’est pas nécessairement toujours à l’État de s’ajuster à la multinationale », a rétorqué le chef du gouvernement dans le Salon bleu, tout en saluant les applications mobiles de Téo Taxi à Montréal et de Taxi Coop à Québec.
 

 

 

« Jaser », pas négocier

M. Couillard a néanmoins invité Uber à « jaser » des modalités de l’ajout de 15 heures à la formation obligatoire de ses chauffeurs. « On est très ouverts à une modulation importante quant à la façon de faire, [y compris sur] le curriculum offert » aux personnes souhaitant devenir « partenaires-chauffeurs »d’Uber, a-t-il fait remarquer. La formation pourrait être offerte partiellement en ligne, indique-t-on.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, appuie les « règles minimales » fixées par Québec. « [Si Uber s’en va], je ne braillerai pas. Quand quelqu’un vous dit : “Si ça ne marche pas, je m’en vais”, bon, ben, écoutez, on ne le retient pas. C’est quoi, le problème d’avoir des mesures minimales ? » a-t-il demandé, tout en faisant allusion à la nouvelle formation obligatoire de 35 heures. Il soupçonne Uber de chercher à tout prix à éviter que la réglementation québécoise soit vue comme « un précédent partout dans le monde ». Plus d’une personne au sein du MTQ est du même avis.

La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, ne craint pas que le départ d’Uber nuise à la réputation du Québec à l’étranger. Elle a par ailleurs refusé de décrire Uber comme un acteur de l’« économie de partage », comme le fait pourtant la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec.

Le président de l’aile jeunesse libérale, Stéphane Stril, se désole de la tournure des événements. ll presse le gouvernement de mettre de côté les « restrictions sévères » annoncées vendredi dernier et de « trouver une solution digne, durable, et équitable pour tous » démontrant « l’ouverture du Québec à l’innovation ». « La question des taxis ne sera pas réglée avec le départ d’Uber, une autre compagnie pourrait en profiter pour s’implanter au Québec », a-t-il averti après la sortie médiatique du patron d’Uber-Québec mardi.

Le porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM-Méallos), Wilson Jean Paul, exhorte le gouvernement libéral à ne pas céder devant le « chantage » d’Uber. « Le gouvernement doit montrer qu’il a une colonne vertébrale et ne pas plier devant ce mauvais théâtre », a-t-il déclaré.

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a aussi dénoncé le « chantage » d’Uber : une multinationale qui a foulé aux pieds des « balises aussi élémentaires que celles demandées par le gouvernement libéral ». « Si Uber veut quitter le Québec, nous leur disons : bon débarras. »

Avec Jeanne Corriveau

8 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 27 septembre 2017 05 h 08

    Bof!

    Uber, entreprise américaine multinationale et multimillionnaire se comporte exactement comme toute multinationale multimillionnaire, et ce peu importe la nationalité alléguée de son siège social. En regard du « si le GV ne fait pas ci ne fait pas ça, nous impose des ci et des ça, on s’en va » les exemples à cet effet ne manque pas. Les Rio-Tinto Alcan de ce monde en sont un autre exemple flagrant. Quant à « nos » supposés fleurons du QC Inc., c’est la même mentalité : si toi, GV, ne nous donne pas des ci et des ça, on ferme la boutique…

    Bof! S’il y a réellement des profits à faire, le départ de l’un ou de l’autre, la place vacante sera rapidement comblée par de nouveaux venus… Mais, uniquement s’il y a profits à réaliser… C’est simple à comprendre : pas de profits = pas de compagnie.

    Au QC, par contre, c’est l’immobilisme et la « structurite » aigue du GV-Q qui tuent toute initiative de « modernisation ». En fait, le GV-Q, pour des motivations purement électorales donne des ci et ça aux uns et aux autres sans analysé les conséquences à moyen et à long terme. L’histoire des permis de taxis, gratuit au début et s’achetant à des coûts faramineux dans les 250,000$ (pour MTL) en est un exemple flagrant – inflation galopante des coûts d’achat suivant les vagues d’immigrants… Les syndicats y voyant une possibilité de profits, ont mis l’épaule à la roue : « on va te prêter des $$$, mon petit gars, à des taux d’intérêts préférentiels… pour que tu achètes un permis… ne t’en fais pas dans 10 ans, il faudra le double…».

    Et maintenant, les cris et les pleures parce qu’il y a un concurrent… Qui a fait descendre les coûts d’achat d’un permis de 38%... Certains crient « c’est mon fonds de pension »… Que de foutaises. C’est de la spéculation, et uniquement de la spéculation que cette affaire des coûts d’achat des permis.

    Le petit dépanneur qui voit s’établir une grosse bannière dans son voisinage… Lui aussi y passe, et la valeur de son fonds de commerce dégringole…

    • Claude Bariteau - Abonné 27 septembre 2017 09 h 37

      UBER est entré par la porte politique de l'économie mondiale. Il entend la claquer sur les doigts du PM Couillard. J'écris bien « il entend la claquer ».

      Depuis, ce même PM se dresse comme un héros de dernière minute. C'est faux. Il est prêt à négocier, voir avec UBER des assouplissements, peut-être financer la formation de ses chauffeurs dits « partenaires » comme les clients de Costco qui paient pour acheter mais n'ont aucun droit de regard sur le « business ».

      Et il dira avec sa complaisance habituelle qu'il a fait des compromis pour protéger les Québécois et les Québécoises.

      Le gagnant, le seul, sera UBER qui aura su jouer ses cartes politiques qu'il détient depuis son entrée en scène.

      Quant au peuple québécois, il n'a nul intérêt à voir UBER se payer sa tête comme un poltron. Seul salive en poltron le chef de la CAQ et seul le PLQ se veut complaisant.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 27 septembre 2017 23 h 12

      @Claude Bariteau:

      Mettre Costco et Uber dans le même panier? Allons donc! Vous avez une sérieuse recherche à faire sur Costco, de toute évidence... Vous mettriez peut-être George H. Busch (le père, pas le fils) et Donald Trump dans le même sac à ce train-là?

  • Jocelyne Lavoie - Abonné 27 septembre 2017 08 h 07

    Réjouissant !

    Que c'est réjouissant de constater que le gouvernement Couillard se tient debout face à Uber

  • Jean-Yves Arès - Abonné 27 septembre 2017 13 h 26

    '' formation obligatoire d’une durée de 35 heures — plutôt que de 20 heures —''


    Il n'y a pas de paramètre ''de 20 heures'' dans la formation prévue avec l'entente du projet pilot.

    La formation du projet pilot était celle-ci,

    ''Le gouvernement accepte qu’UBER offre sa propre formation à ses partenaires-chauffeurs.

    En contrepartie, UBER s’engage à respecter des exigences minimales de contenu, notamment sur le fonctionnement de l’application mobile, la qualité des services offerts, l’encadrement juridique autorisé par le projet pilote, la vérification mécanique de l’automobile et le transport des personnes ayant des limitations.''

    capture d'écran ici, www.goo.gl/tfqUk8

    La nouvelle règle du gouvernement ne reconnait plus la formation faite pas Uber et oblige a passer par un service extérieur a l'entreprise.

    Et avec 35 heures prévue il y a nécessairement beaucoup de perte de temps en vue, ce qui va réduire passablement l'attrait pour la majorité de ceux qui offrent leur service de via Uber, très majoritairement sur une base occasionnelle. L'idée de ce service c'est de permettre a tous d'offrir un service transport avec sa voiture personnelle. Cela permet entre autre de combler l'offre du service de transport quand la demande est bien trop grande pour les taxis disponibles. Si tu emplie les conditions pour avoir le droit de la faire tu fini par détruire l'idée même qui fonde le principe de ce système ouvert.

    Pour le reproche du ministre Lessard -''les chauffeurs d’Uber ont été épinglés pour de « nombreuses infractions et irrégularités »'' je présume ici qu'il parle du véritable harcèlement qu'a réservé le Bureau du Taxis aux chauffeurs d'Uber, et qui n'a aucun rapport avec la sécurité du public mais bien uniquement de chasse gardée privée.

  • Serge Pelletier - Abonné 27 septembre 2017 13 h 51

    Réponse à M. Après

    Pour la formation:
    a) le GV-Q a copié ce qui se fait dans certains pays d'Europe - il faut que cela soit un organisme externe à UBER. Ouais, cela ne donne aucune garantie de la qualité de la formation et/ou de l'évaluation des apprentissages.
    b) pour le Canada (incluant le Québec), un exemple patent de "formation externe" est le cours obligatoire de "Sécurité nautique" qui est obligatoire pour naviguer en bâteau de plaisance sur les eaux canadiennes.
    c) UBER peut facilement créer une filiale, accorder un contrat de formation à une firme extérieure, etc.
    d) les 35 heures peuvent être négociées par UBER (ou n'importe qui) avec le GV-Q pour être échelonnées dans le temps - selon des modalités de périodes/contenus/services offerts.
    e) ce qu'UBER craint, en fait, ce n'est pas cela (la formation comme telle), mais LE PRÉCÉDENT pour l'Amérique du Nord...
    f) le GV-Q a toujours été contre l'implantation d'UBER, car il y beaucoup de lobbys (Métallos, Théo Taxis, entre autres)... Même si UBER disait oui, oui, aucun problème...Ben... ne vous inquiétez pas, le GV-Q trouvera toujours un petit point noir pour dire un "oui, mais".
    g) quant au comportement d'UBER, il s'inscrit en droite ligne des mentalités des multinationales (peu importe le pays où se trouve le siège social)... "on veut ça. pis si nous le donne pas, on cr...e le camp tbk".

  • Serge Pelletier - Abonné 27 septembre 2017 14 h 43

    La vérification des antécédents judiciaires

    La majorité, pour ne pas dire la très forte majorité, des organismes "privées" offrant la vérification judiciaire ont conluent des accords avec des corps de police. En fait, ces organismes servent d'intermidaires - empochant au passage une commission en $$$. À titre d'emple: le Corps des commissionnaires du Canada (CCC) offre ce service, et pour une habilitation de niveau supérieure, les coûts sont légèrement plus élevés qu'une habilitation de base. l'habilitation de base est généralement effectuée auprès du plumitif du palais de justice où siège la Cour supérieure (tout le monde peut l'effectuer, mais cela pends du temps et ceraines conaissances en recherches). L'habilitation de niveau supérieur nécessite l'accès au CRPQ, ou aux dossiers de la GRC... et là seuls les corps de police sont autorisés à la consultation des dossiers. Conséquemment le CCC a passé des accords avec les directions de certains services de police. Pour l'Est du Canada, c'est le Service de police de Charlestowne (Île-du-Prince-Edwoard). Notez aussi, que sauf pour le QC et ON qui possèdent un corps provincial de police, c'est la GRC qui tient lieu de corps de police - de même que dans la majorité des villes (comme la SQ au Québec pour les petites et moyennes villes).

    Cela n'a aucune importance réelle et ne "coûte" rien à UBER, c'est au candidat d'en d'éfrayer les coûts de l'habilitation... En fait, cela (le blabla du GV-Q) s'inscrit dans les techniques de picossements... Et comme la majorité de la population n'y connait rien de rien... Ben ça paraît bien pour le GV-Q... Pire, lisez l'article 18,1 de la Charte québécoise des droits et liberté... Toute la phrase. Vous constarez la manipulation du GV-Q à l'effet du dossier judiciaire - il faut qu'il soit perminent à l'emploi postulé pour qu'il soit effectif et cause le rejet de la candidature.