Un géant chinois cible le Québec

Le projet est encore embryonnaire et la forme que pourrait prendre la coentreprise n’est pas arrêtée, prévient Gilles Coulombe.
Photo: John Raoux Associated Press Le projet est encore embryonnaire et la forme que pourrait prendre la coentreprise n’est pas arrêtée, prévient Gilles Coulombe.

Au moment où Hydro-Québec reconnaît que la vague de l’énergie solaire finira tôt ou tard par frapper le Québec, un géant chinois cible la province pour créer une coentreprise misant sur cette filière en développement, a constaté Le Devoir.

La compagnie chinoise Linuo Solar Power, une filiale du groupe industriel Linuo, vient d’embaucher un lobbyiste au Québec dans le but de sonder différents partenaires, avec qui elle souhaite fabriquer et installer des panneaux solaires.

Selon l’inscription ajoutée lundi au Registre des lobbyistes du Québec, Linuo souhaite préparer un plan d’affaires pour amorcer la création d’une coentreprise. La compagnie a l’intention de solliciter Hydro-Québec, Investissement Québec et les ministères de l’Économie, de l’Énergie et de l’Environnement.

« Le projet a trait à l’installation d’équipements photovoltaïques générant de l’électricité à partir du solaire, précise le mandat confié au lobbyiste Gilles Coulombe, un ancien haut fonctionnaire fédéral. Il est prévu que le projet sera construit clé en main sur la base d’une entente entre les parties. »

Ouverture au solaire

M. Coulombe explique que des représentants de Linuo sont venus visiter le Québec il y a quelques années pour évaluer le potentiel d’un éventuel projet. Ils ont décidé d’aller de l’avant avec leur proposition après avoir entendu le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, ouvrir la porte à l’énergie solaire en janvier dernier, lors du forum économique de Davos.

« Si c’est rentable, Hydro-Québec pourrait considérer [la possibilité de] créer une business pour faire du solaire, avait-il déclaré en entrevue au Journal de Montréal. On pourrait faire l’acquisition d’une boîte qui en fait déjà ailleurs pour venir s’implanter au Québec. Ça peut aussi être un partenariat. Mais on est en train de s’interroger. »

30
C’est le nombre de pays où Linuo a livré des projets solaires d’envergure. Parmi ces pays, on compte notamment la Chine, l’Allemagne, l’Autralie et l’Afrique du Sud.

La semaine dernière, lors de la Conférence de Montréal, M. Martel est revenu sur le sujet en prédisant que de plus en plus de Québécois produiront de l’électricité avec leurs propres panneaux solaires au cours des prochaines années.

« Éric Martel a parlé de fournir des toits photovoltaïques. Ce serait bien de les faire ici plutôt que de les importer, souligne M. Coulombe. Il s’agit de déterminer le meilleur choix de projet pour le Québec. »

Partenaires à trouver

Linuo a déjà livré des projets solaires d’envergure dans plus de 30 pays, dont la Chine, l’Allemagne, l’Australie et l’Afrique du Sud. Dans le cas du Québec, le projet est encore embryonnaire et la forme que pourrait prendre la coentreprise n’est pas arrêtée, prévient Gilles Coulombe.

« Il faut faire un plan d’affaires et voir quels joueurs seraient intéressés », dit-il, en évoquant par exemple la Caisse de dépôt et le Fonds de solidarité FTQ. « L’idéal, ce serait qu’Hydro-Québec embarque », ajoute-t-il.

Questionnée à ce sujet, la société d’État indique que le projet ne lui a pas encore été présenté. « Quant à notre intérêt pour une coentreprise, il est trop tôt pour préciser les voies que nous pourrions emprunter pour développer la filière solaire au Québec, répond le porte-parole Marc-Antoine Pouliot. Pour l’instant, nous sommes en réflexion et en analyse. »

Au cabinet de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, on confirme avoir reçu une proposition de la part de Linuo. Le dossier est actuellement analysé par le ministère, précise l’attachée de presse Jolyane Pronovost.

« On a toujours un intérêt pour des projets qui peuvent créer de la richesse, mais est-ce que ce sera positif pour celui-là ? Il est trop tôt pour le dire. »

Projet réaliste ?

Le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, Pierre-Olivier Pineau, n’est pas convaincu par le projet de Linuo, compte tenu du contexte québécois. « Avec les prix actuels [de l’électricité] au Québec, les surplus d’énergie et l’approche par appel d’offres, le solaire photovoltaïque n’a à peu près aucune chance dans les dix prochaines années au Québec », juge-t-il.

Le marché du solaire au Québec est assurément limité, mais il est difficile d’en évaluer la taille puisque Statistique Canada ne comptabilise pas les données sur cette filière dans son bilan annuel sur la disponibilité et l’écoulement d’énergie au Canada.

Cela dit, le Québec est mieux placé qu’on le croit pour produire de l’énergie solaire. Un document produit par Hydro-Québec à partir des données de Ressources naturelles Canada nous apprend que l’insolation journalière moyenne, mesurée en kilowattheure par mètre carré, est plus élevée dans le sud du Québec qu’en Allemagne et au Japon. Or ces deux pays figurent parmi les chefs de file mondiaux de l’énergie solaire photovoltaïque.

1 commentaire
  • Jean-Yves Arès - Abonné 24 juin 2017 12 h 54

    La situation du Québec n'a aucun rapport avec celles de Japon et de l'Allemagne.

    Le document d'Hydro fait valoir que le niveau d'énergie moyen que l'on peut tirer du soleil dans le sud du Québec est un peu plus élevé que ce l'on retrouve au Japon et en Allemagne, deux pays leaders dans le photovoltaïque.

    Il n'y a pas de lien entre le niveau d'ensoleillement et le fait que ces deux pays sont des leaders du solaire. Ces pays sont avant tout des leaders des technologies de façon générale, le solaire n'en n'est qu'une parmi bien d'autres. De plus ces pays sont coincés par le peu d'options qu'ils ont pour produire de l'électricité. Le résultat c'est qu'ils ont recoure massivement aux énergies fossiles pour ce faire. Que le développement du solaire leur a coûté une vraie fortune, le kilowatt/heure s'y vend au résidentiel dans les .35 -.40 $CAD, avec le résultat qu'ils sont en tête de liste des pays développés ou l'électricité coûte le plus cher sur la planète.

    Tout ayant toujours besoin de recourir au fossile, et pour longtemps, puisque que le solaire est une source intermittente comme la plupart des autres renouvelables. Au bilan on retrouve pour la production électrique une part de quelques 80% de fossile au Japon, alors que l'Allemagne fait mieux en utilisant 71% de fossile (dont 13% en nucléaire, qui est une source fossile non-renouvelable) et 29% en renouvelable, dont 12% en éolien et 6% en solaire.

    Au Québec si ce n'était de nos achats en pointes en hiver on serait à presque 100% renouvelable. Et les toutes productions renouvelables intermittentes qu'on ajoute, comme l'éolien, augmentent notre problème de pointe de demande, et au bilan augmente donc notre recoure a la production fossile...