De futurs géants de l’intelligence artificielle élisent domicile au pays

Selon Yoshua Bengio, les entrepreneurs qui misent sur l’intelligence artificielle ont aujourd’hui l’occasion de «changer le monde».
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Selon Yoshua Bengio, les entrepreneurs qui misent sur l’intelligence artificielle ont aujourd’hui l’occasion de «changer le monde».

L’époque où les entreprises technologiques canadiennes les plus prometteuses décidaient de quitter massivement le pays pour commercialiser leurs innovations au sud de la frontière semble être révolue. C’est désormais ici que de futurs géants du monde de l’intelligence artificielle veulent se développer, se réjouissent des investisseurs en capital de risque réunis mardi à Montréal à l’invitation de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

« Auparavant, les talents quittaient le pays parce qu’il n’y avait pas une densité suffisante, pas assez d’entrepreneurs qui bâtissaient des projets ambitieux, mais je pense que ç’a changé de manière radicale », a fait valoir Jean-Sébastien Cournoyer, associé chez Real Ventures, une firme établie à Montréal et à Toronto.

« Nous ne voyons plus de firmes de capital de risque américaines forcer nos compagnies à s’installer aux États-Unis, parce qu’elles ont adhéré à l’écosystème bâti à travers le pays. On n’a pas encore de compagnies multimilliardaires, mais plusieurs s’en viennent »,a ajouté celui dont la firme finance actuellement une vingtaine d’entreprises dont le modèle d’affaires s’appuie sur l’intelligence artificielle (IA) à divers degrés.

Il y a probablement trois fois plus de fonds au Canada aujourd’hui qu’il y en avait en 2011

Confiance et argent

Également présent dans l’Espace CDPQ de la Place Ville-Marie pour discuter de la commercialisation des technologies en intelligence artificielle, Justin LaFayette, le cofondateur de la firme torontoise Georgian Partners, croit lui aussi que l’IA n’est pas qu’un thème à la mode.

« Je vois parfois les médias se demander si ça va fonctionner au Canada, si la confiance est au rendez-vous, a-t-il dit. Je suis en première ligne pour voir que les compagnies ne manquent pas de confiance. »

« Donald Trump fait du bon travail pour nous permettre de garder notre talent ici, c’est désormais évident, mais par-dessus tout, la structure implantée au Canada joue un rôle, a pour sa part noté Alex Baker, de Relay Ventures, qui a des bureaux à Toronto et dans la Silicon Valley. Il y a probablement trois fois plus de fonds au Canada aujourd’hui qu’il y en avait en 2011. »

« Changer le monde »

Les investisseurs qui se sont prononcés mardi s’entendent pour dire que l’argent ne manque pas pour les entreprises qui veulent tirer profit de la recherche effectuée à Montréal et ailleurs au pays en matière d’intelligence artificielle. Il faut donc poursuivre sur la lancée des dernières années, plaide Yoshua Bengio, le directeur de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal.

« Je pense que les chercheurs se demandent comment les algorithmes fonctionnent, mais pas toujours comment on pourrait les utiliser », a-t-il admis. Selon lui, les entrepreneurs qui misent sur l’intelligence artificielle ont aujourd’hui l’occasion de « changer le monde ».

La professeure de l’Université McGill et codirectrice du Reasoning and Learning Lab, Joëlle Pineau, juge toutefois que, pour conserver sa place parmi les meneurs, le Canada doit former davantage de travailleurs spécialisés pour répondre aux besoins des compagnies naissantes. « Le bassin de talents est là, autant au Canada qu’à l’étranger, a-t-elle souligné. Les étudiants cognent à notre porte. »

Trouver les perles rares

Selon l’investisseur Jean-Sébastien Cournoyer, de Real Ventures, il existe trois types de compagnies dans le domaine de l’intelligence artificielle : celles qui créent uniquement les outils informatiques, celles qui utilisent une technologie existante pour améliorer leur performance ou personnaliser leurs produits et finalement celles qui utilisent l’IA pour trouver une solution à un problème.

M. Cournoyer prédit que, d’ici quelques années, pratiquement toutes les compagnies entreront dans la deuxième catégorie, c’est-à-dire qu’elles profiteront de l’intelligence artificielle sans faire de la technologie la base de leur modèle d’affaires.

Le défi, prédit-il, sera donc de trouver les entreprises qui entrent dans la dernière catégorie, soit celles qui peuvent révolutionner un marché de manière plus profonde.

1 commentaire
  • René Pigeon - Abonné 7 juin 2017 11 h 53

    « Nous ne voyons plus de firmes de capital de risque américaines forcer nos compagnies à s’installer aux États-Unis » !!

    « Auparavant, les talents quittaient le pays parce qu’il n’y avait pas une densité suffisante, pas assez d’entrepreneurs qui bâtissaient des projets ambitieux »; ça on le sait pour plusieurs domaines industriels, à contenu innovant ou non, depuis longtemps.

    Mais ce qui a vraiment « changé de manière radicale » c’est que « Nous ne voyons plus de firmes de capital de risque américaines forcer nos compagnies à s’installer aux États-Unis » non pas « parce qu’elles ont adhéré à l’écosystème bâti à travers le pays » mais « parce qu’il n’y avait pas une densité suffisante, pas assez d’entrepreneurs qui bâtissaient des projets ambitieux" pour reprendre ce que M. Cournoyer a lui-même déclaré plus haut.

    L’affirmation « Nous ne voyons plus de firmes de capital de risque américaines forcer nos compagnies à s’installer aux États-Unis » aurait méritée d’être mise en exergue au lieu de : « Il y a probablement trois fois plus de fonds au Canada aujourd’hui qu’il y en avait en 2011 »