La «taxe à la frontière» serait nuisible aux Américains, plaide Bill Morneau

Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau

Le ministre canadien des Finances a plaidé lundi, devant un parterre de gens d’affaires à New York, qu’un projet de « taxe américaine à la frontière » sur les importations risquait d’appauvrir les deux pays, et qu’elle pourrait même nuire davantage aux Américains.

Dans le cadre d’un événement organisé par le Forum économique mondial, Bill Morneau a prévenu qu’une telle taxe frontalière, qui s’apparente en fait à un tarif douanier, nuirait aux familles des deux côtés de la frontière en perturbant une relation commerciale bénéfique pour les deux parties. Il a aussi plaidé que cette taxe à l’importation imposerait des coûts additionnels aux entreprises américaines.

Cette prise de position ferme du ministre Morneau contre la « taxe frontalière » survient après que le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, a noté la semaine dernière que cette proposition était accueillie avec beaucoup d’opposition à Washington même. À l’issue de rencontres avec des législateurs, des représentants du gouvernement et des gens d’affaires, M. Carr avait estimé que Washington n’était pas près d’adopter une taxe à l’importation dans le cadre du projet de loi « omnibus » sur une vaste réforme fiscale, qui doit être déposé bientôt.

Évaluations

M. Morneau a précisé lundi que le gouvernement canadien avait mené des évaluations « extrêmement préliminaires » sur les impacts économiques potentiels d’une taxe américaine sur les importations, puisqu’il existe encore trop de données hypothétiques pour en arriver à une conclusion claire.

L’incertitude entourant une telle taxe frontalière a soulevé des inquiétudes du côté des entreprises canadiennes, dont plusieurs s’appuient fortement sur l’exportation en sol américain.

Le ministre Morneau a par ailleurs vanté lundi le solide partenariat qui lie déjà les deux pays et a soutenu que le commerce et les investissements sont essentiellement, au fil des ans, aussi bénéfiques pour un pays que pour l’autre. Une taxe frontalière se traduirait par une hausse des prix à la consommation aux États-Unis et pourrait soulever des questions liées aux devises, a prévenu le ministre.

Deux objectifs

« En ce qui nous concerne, ce serait mauvais aussi bien pour les Américains que pour les Canadiens de rendre la frontière plus opaque », a soutenu M. Morneau, qui doit se rendre mardi en Indiana pour y rencontrer le gouverneur de l’État et des gens d’affaires, et visiter la plus grande gare de triage du Canadien National aux États-Unis, à Gary, sur le lac Michigan.

La taxe frontalière, d’abord proposée par les leaders républicains à la Chambre des représentants, vise deux objectifs : générer de nouvelles recettes fiscales qui serviraient ensuite à réduire les impôts aux États-Unis, et rapatrier en sol américain des emplois délocalisés à l’étranger. Selon la Fondation américaine de la fiscalité, cette taxe frontalière pourrait rapporter jusqu’à 1100 milliards $US en 10 ans dans les coffres du gouvernement.

Le président Donald Trump ne s’est cependant jamais prononcé clairement en faveur de cette taxe, qui n’obtiendrait pas un solide appui au Capitole. La semaine dernière, le représentant démocrate John Delaney, du Maryland, estimait que cette taxe n’obtiendrait pas les appuis suffisants pour être adoptée au Congrès.

1 commentaire
  • Pierre Cousineau - Abonné 4 avril 2017 13 h 34

    Il est évident qu'advenant l'imposition de tarifs douaniers è la frontière, le Canada et encore plus le Québec pourraient se retrouver en sérieuses difficultés financières. Tout dépendant de la nature du commerce qui serait visé.

    En 2006, le gouvernement Harper lançait son Initiative de la Porte et du Corridor canadien de l'Asie-Pacifique qui visait à s'emparer d'une partie du trafic maritime qui transitait par le canal de Panama.

    Accompagnant l'émergence économique de la Chine et l'expansion phénoménale de son secteur manufacturier, un besoin de porte-conteneurs de plus en plus gros s'est matérialisé. La conséquence fut de rendre les écluses du canal de Panama trop étroites et infranchissables par ces nouveaux navires. Le gouvernement de Panama retardant sa décision en regard de l'élargissement des écluses, la Colombie-Britannique pressait le fédéral d'entreprendre des travaux d'infrastructures majeurs pour créer une route terrestre de substitution au canal de Panama. Le pari a payé puisque les nouvelles écluses élargies et plus profondes du canal de Panama ne furent ouvertes qu'en 2016. De 2007 à 2016, la nouvelle route terrestre canadienne a amplement profité à la Colombie-Britannique et aux compagnies ferroviaires. Leur productivité s'est maintenue à des multiples en comparaison des autres secteurs de l'économie canadienne.

    Cette politique de transport est le facteur aggravant dans la création des déficits gigantesques de la balance commerciale du Québec depuis 2008 et plus récemment dans celle du Canada.

    La poursuite de l'élimination des déficits commerciaux par le nouveau gouvernement américain, qui vise la Chine, atteint par effet de rebond, la route terrestre de transport ferroviaire créée par l'Initiative de la Porte de l'Asie-Pacifique. La visite du ministre Morneau dans la cour de triage du CN au Michigan n'a pas pour but premier de soutenir la fabrication canadienne mais vise à appuyer les affaires des compagnies ferroviaires et de l'Asie.