L’OCDE conseille au Canada de brasser la cage

L’OCDE invite à la privatisation de Postes Canada.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’OCDE invite à la privatisation de Postes Canada.

À quelques jours du dépôt du prochain budget fédéral, l’OCDE conseille au Canada de faire table rase dans plusieurs domaines pour favoriser sa croissance économique : privatiser Postes Canada, ouvrir la porte aux investisseurs étrangers et favoriser le commerce interprovincial sans gestion de l’offre ni protection du secteur de l’énergie.

Le volet canadien du rapport Objectif croissance 2017, publié vendredi par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), présente une série de recommandations qui touchent à plusieurs cordes sensibles. Comme ce fut le cas lors de la plus récente publication d’une note sur le Canada, il y a deux ans, l’organisation invite les autorités fédérales à « privatiser Postes Canada » et à « mettre fin à son monopole légal », puisqu’elle y voit un obstacle à la concurrence.

Elle propose également d’assouplir les restrictions applicables aux actionnaires étrangers dans les domaines des télécommunications, de l’audiovisuel et du transport aérien. Le gouvernement Trudeau a fait un pas dans cette direction en novembre dernier, lorsqu’il a fait passer de 25 % à 49 % la limite de la propriété étrangère des compagnies aériennes au Canada.

Commerce élargi

Pour la première fois cette année, l’OCDE insiste par ailleurs sur l’importance de réduire les obstacles au commerce interprovincial. Elle fait ainsi référence à l’entente de principe signée par les premiers ministres des provinces en juillet dernier en vue de l’adoption de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC), qui doit remplacer l’Accord sur le commerce intérieur, en vigueur depuis 1995.

Le nouvel accord doit faciliter les échanges commerciaux entre les provinces en s’appuyant sur le principe d’une liste négative, ce qui signifie que tous les secteurs seraient touchés par l’entente, sauf ceux faisant l’objet d’une protection.

Or, l’OCDE recommande d’« élargir au maximum le nombre de secteurs » relevant du nouvel accord, « en y incluant le secteur de l’énergie », lequel constitue habituellement une chasse gardée des provinces. À preuve, l’Accord de libre-échange conclu entre le Canada et l’Union européenne protège le monopole d’Hydro-Québec.

Contre la gestion de l’offre

L’organisation internationale va encore plus loin en invitant le Canada à « interdire » les mécanismes de gestion de l’offre en agriculture dans le cadre du nouvel accord, parce qu’ils ont « des effets de distorsion notoires ».

Le système de gestion de l’offre canadien, qui régule la production de lait, d’oeufs et de volaille à travers le pays, est de nouveau sous les projecteurs depuis que le gouvernement américain a indiqué qu’il pourrait être sur la table lors des négociations concernant l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Sortir du « piège »

Pour le reste, le diagnostic annuel de l’OCDE révèle que le gouvernement Trudeau a encore du pain sur la planche pour dynamiser son économie. Le PIB par habitant du Canada est inférieur de 8 % à la moyenne des pays avancés de l’OCDE, et l’écart en matière de productivité du travail s’accentue.

Au cours des dernières années, les inégalités de revenus se sont creusées, pendant qu’elles sont demeurées stables, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, note l’organisation.

Ottawa a donc plusieurs raisons de se sentir interpellé par le message lancé vendredi par le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, au moment de dévoiler le rapport Objectif croissance. « Dans la plupart des pays, les gouvernements doivent mener des réformes pour sortir du piège de la croissance molle et préparer leur pays aux évolutions technologiques à venir, mais ils doivent davantage prendre garde à répondre aux inquiétudes de ceux qui “supportent les coûts de l’agenda” de la réforme », a-t-il déclaré.

Vision à long terme

Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, a fait savoir que son deuxième budget, qui sera déposé mercredi prochain, mettra l’accent sur la croissance économique à plus long terme, par l’entremise de l’innovation et de la formation des travailleurs.

« Je prendrai […] des mesures pour promouvoir une culture axée sur l’apprentissage permanent, ce qui permettra d’aider les gens à acquérir et à perfectionner les compétences dont ils ont besoin à chaque étape de leur vie pour réussir dans la nouvelle économie », a-t-il affirmé lors d’un discours prononcé jeudi à Francfort, dans le cadre d’une réunion des ministres des Finances des pays du G20.

3 commentaires
  • Marcel Plamondon - Abonné 18 mars 2017 06 h 39

    OCDE et politiques fédérales canadiennes

    Mais l'OCDE semble ignorer (ou ne veut pas savoir?) que le gouvernement fédéral investit surtout, massivement parfois, que dans les provinces anglophones...et c'est pourquoi le Québec doit protéger la gestion de l'offre.

  • Guy Lafond - Inscrit 18 mars 2017 13 h 18

    Une nouvelle économie mondiale plus propre


    L'OCDE a-t-elle aussi fait des recommandations récemment à l'Allemagne à propos de "la valeur ajoutée" par ces fabricants de voiture?

    Autrement,

    Bravo à Hydro-Québec pour le pas de géant fait dans les énergies propres. Cela aura des effets positifs et des retombées économiques énormes dans les décennies à venir, n'en déplaise à l'OCDE !

    Avec passion,

    (Un Québécois à vélo et à pied d'oeuvre au Québec et au Canada)

  • René Pigeon - Abonné 19 mars 2017 15 h 43

    « Contre la gestion de l’offre » et contre le Conservation Reserve Program et contre le soutien à l’éthanol-maïs ?

    Si le Canada devait suivre la recommandation de l’OCDE d« interdire » les mécanismes de gestion de l’offre en agriculture dans le cadre du nouvel accord, parce qu’ils ont « des effets de distorsion notoires »", pourrait-elle négocier avec les Américains que les mesures de soutien à l’ajout d’éthanol et sa production à partir du maïs " ont « des effets de distorsion notoires »" sur le prix de l’essence, du maïs et de la nourriture animale coproduite avec l’éthanol. Et de même pour le Conservation Reserve Program qui paie plusieurs agriculteurs pour ne pas ensemencer leurs champs afin de soutenir le prix du maïs et pour garder ces terres (en jachère) disponibles pour être remises en production quand le bienêtre des agriculteurs le justifie. Ajoutons la question suivante : préférez-vous la consommation modérée de produits laitiers induite par "la vérité des prix" – un précepte cher aux économistes – induite par les quotas, ou la surconsommation engendrée par des prix abaissés par les subventions versées aux agriculteurs et éleveurs américains ? Les obligations de mélanger de l’éthanol à l’essence vont à l’encontre de la liberté des marchés et sont dignes du régime soviétique. Montrons l’équivalence du CRP avec les restrictions pratiquées par l’OPEP sur le marché pétrolier.