Ottawa promet de l’aide, mais les détails attendront

Les Producteurs de lait du Québec représentent 5600 fermes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Producteurs de lait du Québec représentent 5600 fermes.
Pas de chiffres encore, mais cela viendra : le gouvernement Trudeau « travaille fort » sur un programme d’indemnisation pour aider les secteurs qui seront touchés négativement par l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe, mais les producteurs de lait insistent sur l’urgence de la situation.

Au lendemain de la signature de l’accord de libre-échange Canada-UE à Bruxelles, les producteurs de lait ignorent toujours dans quelle mesure le gouvernement fédéral est prêt à les soutenir pour contrebalancer l’arrivée de 17 700 tonnes de fromages supplémentaires, dont 16 000 tonnes de fromages fins.

« Nous comprenons l’importance de soutenir les secteurs qui seront affectés par l’AECG. Mes collègues le ministre MacAulay et le ministre LeBlanc sont en train de finaliser les programmes », a déclaré la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, lors d’une conférence de presse à Ottawa.

« Ils ont déjà travaillé beaucoup avec les producteurs dans tous les deux secteurs [agriculture et pêcheries] et je peux et je veux assurer aux producteurs dans tous les deux secteurs que les programmes seront finalisés et annoncés avant la mise en œuvre de l’AECG », a ajouté la ministre.

Déjà aux prises avec l’importation de lait diafiltré, l’industrie laitière canadienne dans son ensemble craint que l’arrivée de fromages supplémentaires se traduise par des ventes perdues et réclame d’Ottawa un programme consistant à garantir, pour les fermes, un certain niveau de revenu qui compenserait ces pertes.

Lors de la campagne électorale de 2015 qui a porté Justin Trudeau au pouvoir, le chef conservateur Stephen Harper avait annoncé, dans le cadre de l’entente sur le Partenariat transpacifique (PTP), une aide d’environ 4,3 milliards sur 15 ans afin de soutenir le secteur agricole canadien. À l’époque, l’industrie laitière chiffrait à 250 millions l’impact du PTP en raison de l’accès supplémentaire offert au marché canadien pour les autres pays signataires. L’impact de l’entente avec l’Europe, selon certaines estimations, serait d’environ 150 millions.

« Le programme annoncé par les conservateurs couvrait les deux accords », a rappelé François Dumontier, conseiller aux relations publiques et gouvernementales pour les Producteurs de lait du Québec. Alors que l’ensemble des pertes était estimé en moyenne à 33 000 $ par ferme, le programme garantissait un remplacement de revenu de 11 000 $. « Le programme conservateur ne couvrait pas tous les dommages, mais c’était un minimum. […] On estime que la totalité des pertes devrait être assurée. »

12 000 $ par ferme
L’accord signé dimanche, à lui seul, aura un impact moyen de 12 000 $ de pertes par ferme, selon M. Dumontier. Les Producteurs de lait du Québec représentent 5600 fermes. Le président, Bruno Letendre, était indisponible en raison d’une réunion régulière du conseil d’administration des producteurs canadiens.

« À moins que la totalité des gens refusent d’acheter le fromage européen, ce qui n’est pas réaliste, il va entrer dans les épiceries et le volume de lait qui servirait à la fabrication de fromage, pour nous ça représente 150 millions de pertes par année [pour le Canada] », a dit M. Dumontier.

De leur côté, les Producteurs de lait du Canada ont également dit attendre « l’annonce des mesures d’indemnisation promises », selon leur président, Wally Smith. « Nous sommes heureux d’être parvenus, depuis 2013, à faire comprendre au gouvernement du Canada que des occasions de marché perdues justifient des mesures d’atténuation et d’indemnisation. »

La Fédération canadienne de l’agriculture a félicité le gouvernement en évoquant l’importance d’avoir soudainement accès à un marché d’un demi-milliard de personnes. Cependant, ce soutien est conditionnel à ce qu’Ottawa puisse « atténuer entièrement » l’impact de l’arrivée du fromage européen sur les producteurs laitiers.
1 commentaire
  • Yvon Beaudoin - Abonné 1 novembre 2016 04 h 59

    Un air de deja vu...

    On a entendu la meme chanson avec Bombardier...les avocats des producteurs de boeufs(Cargill et cie) ont un acces direct avec les Freeland, P-M Johnson, Trudeau et cie... Pauvres petits producteurs de fromages artisanaux, ils n'ont aucune chance d'etre entendus...