Une façon concrète de soutenir le progrès social

Catherine Girouard Collaboration spéciale
Le vice-recteur à la vie académique de l’UQAM, René Côté, le docteur «honoris causa» Léopold Beaulieu et le recteur, Robert Proulx
Photo: Denis Bernier Le vice-recteur à la vie académique de l’UQAM, René Côté, le docteur «honoris causa» Léopold Beaulieu et le recteur, Robert Proulx

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Il fallait forcément être visionnaire pour réussir à mettre sur pied un fonds d’investissement au sein d’un syndicat il y a 20 ans, argent et affaires syndicales ne faisant historiquement pas bon ménage. Mais Léopold Beaulieu a su matérialiser sa vision et insuffler ses valeurs à Fondaction, créé à même la CSN et qu’il préside depuis sa création. Survol.

« Il a fallu se battre pour que Fondaction voie le jour en 1995, raconte Jacques Létourneau, président de la CSN et président du conseil d’administration de Fondaction. À l’origine, la CSN était un syndicat catholique. L’argent, c’était sale. On critiquait beaucoup le capitalisme dominant. Il a fallu convaincre beaucoup de monde qu’on pouvait nous-mêmes créer du capital pour l’utiliser dans l’intérêt du développement social. »

À un moment où on sentait que le mouvement syndical avait besoin de se renouveler, la CSN décide de mettre sur pied le fonds d’investissement. Les Québécois peuvent dès lors économiser pour leur retraite tout en participant au développement économique et à la création d’emplois, leurs placements étant investis dans des PME d’ici. Étant alors trésorier du syndicat, M. Beaulieu devient président-directeur général du nouveau fonds de développement de la CSN.

Aujourd’hui, Fondaction, c’est 1,4 milliard de dollars d’actif net. Plus de 128 000 Québécois ont choisi son REER pour préparer leur retraite. L’épargne amassée est réinvestie au moins à 60 % dans des entreprises québécoises et a permis de créer ou de maintenir 30 000 emplois dans la province.

« On s’est donné les moyens de passer du discours politique à la pratique, fait valoir Jacques Létourneau. Avec Fondaction, on investit dans l’économie réelle. » Et on investit uniquement dans des entreprises ou des projets porteurs de sens pour le fonds de développement. Les investissements visent donc souvent à soutenir l’économie locale dans des entreprises qui ont le souci d’offrir de bonnes conditions de travail à leurs employés et qui s’inscrivent dans la démarche du développement durable.

Une vision du développement économique et social

« C’est clair que les valeurs portées par M. Beaulieu sont des valeurs qu’on retrouve à la CSN et à Fondaction », affirme Jacques Létourneau. Il parle alors de partage, de solidarité et de coopération. Mais en plus de défendre des valeurs fortes, Fondaction est porteur d’une vision solide, grandement insufflée par son p.-d.g. depuis sa création. « Il y a toujours eu un projet politique derrière l’action de Léopold, une vision du développement économique et social », affirme le président de la CSN.

Selon M. Beaulieu, l’économie peut et doit se développer dans le respect de ses citoyens et de son environnement, et le XXIe siècle doit être celui du développement durable et de l’accès au savoir. « Il n’y a pas une assemblée générale ou une rencontre publique à laquelle participe Léopold où il ne rappelle pas comment Fondaction s’inscrit au quotidien dans cette perspective », souligne en souriant M. Létourneau. Pour lui, fondamentalement, les valeurs à l’origine de Fondaction s’inscrivent dans le développement durable et concilient à la fois l’économie et le social.

Le septuagénaire a d’ailleurs reçu le titre de docteur honoris causa de l’Université du Québec à Montréal en février dernier pour sa vision et son engagement remarquable en faveur d’une société plus juste, plus démocratique, plus solidaire et plus respectueuse de l’environnement, et pour le legs économique qu’il laisse au Québec.

Vision d’avenir

Par son action au sein de Fondaction et par ses nombreuses autres implications, M. Beaulieu a concrétisé sa vision au fil du temps. « Léopold ne définit pas ses projets sur du court terme, fait valoir M. Létourneau. Sa patience et sa constance auront sans aucun doute contribué au succès du fonds d’investissement de la CSN. »

« Léopold n’est pas un homme râleur ou vindicatif, c’est un être patient, continue M. Létourneau, qui le connaît depuis la fin des années 1980. Ça ne le dérange pas de rencontrer un écueil ou deux, il rebondit. Je ne l’ai jamais entendu lever le ton, se désorganiser ou se décourager. Il est toujours constant. »

Constant aussi dans ses actions, il n’investit jamais uniquement pour investir. Fondaction a évolué et grandi en 20 ans, mais la ligne directrice dessinée au départ par son p.-d.g. est restée la même. « On n’ira jamais investir au Mexique, même si ça pourrait être très rentable, illustre le président de la CSN. En choisissant de placer ton argent à Fondaction, tu acceptes de faire peut-être un peu moins de rendement que dans un autre fonds de retraite, mais ton épargne permet aussi d’encourager la production locale. »

Fondaction démontre toute la portée que peut avoir l’action syndicale aujourd’hui, croit M. Létourneau. « Je suis convaincu qu’il y aura de plus en plus de place pour le modèle de développement économique et social de Fondaction dans les 10, 20 ou 30 prochaines années, dit-il. On s’inscrit parfaitement dans le mouvement ambiant, dans un contexte de mondialisation où on incite à acheter local et responsable. »


Léopold Beaulieu en 5 dates :

1965 : Entame son parcours syndical dans les rangs de la Mutuelle SSQ

1971 : Devient le premier directeur général de la Caisse d’économie des travailleurs du Québec

1976 : Nommé trésorier de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)

1995 : Création de Fondaction dont il devient président-directeur général, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui

2016 : Reçoit le titre de docteur honoris causa de l’UQAM pour souligner ses réalisations remarquables dans les domaines de l’économie et de l’innovation sociale ainsi que son engagement en matière de développement durable et de coopération


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