2016 ressemblera à s’y méprendre à 2015 et 2014, selon l’AIE

À Téhéran, des automobilistes font le plein d’essence. La fin des sanctions contre l’Iran amènera un flux supplémentaire de pétrole sur les marchés, ce qui contribuera à pousser les prix vers le bas.
Photo: Agence France-Presse À Téhéran, des automobilistes font le plein d’essence. La fin des sanctions contre l’Iran amènera un flux supplémentaire de pétrole sur les marchés, ce qui contribuera à pousser les prix vers le bas.

Les prix du pétrole, qui sont tombés à leur niveau le plus bas depuis plus de 12 ans, pourraient continuer à baisser car l’offre devrait rester surabondante cette année du fait de la hausse de la production de l’Iran, a estimé l’Agence internationale de l’énergie.

« Le marché pétrolier est confronté à la perspective d’une troisième année consécutive où l’offre dépassera la demande de 1 mbj [million de barils par jour] », a indiqué l’AIE dans son rapport mensuel sur le pétrole publié mardi, avec « une tension énorme sur la capacité du système pétrolier à l’absorber efficacement ».

Avec la levée samedi des sanctions économiques et financières qui frappaient l’Iran, à la suite de l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire, la production mondiale pourrait s’accroître d’environ 300 000 barils par jour d’ici à fin mars, selon l’agence énergétique basée à Paris. L’Iran produit actuellement 2,8 millions de barils par jour (mbj) et en exporte un peu plus d’un million, et le pays insiste sur le fait qu’il a la capacité d’augmenter sa production de 500 000 barils par jour.

Cette hausse contrebalancera largement la baisse de régime des producteurs non-membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), comme les États-Unis : ils devraient pomper 600 000 barils de moins cette année, après une hausse de 1,4 mbj en 2015 et même 2,4 mbj en 2014. « Alors que le rythme de la constitution des stocks se détendra au second semestre du fait de la baisse de production des pays non-membres de l’OPEP, à moins d’un changement, le marché pétrolier se noiera dans un surplus d’offre », a prévenu l’AIE.

Dans ce contexte, marqué aussi par une croissance de la demande moins forte que prévu, « les prix pourraient encore baisser », a-t-elle souligné. Les cours ont subi une chute vertigineuse depuis la mi-2014, qui s’est accentuée l’été dernier, et évoluent actuellement sous la barre des 30 $US le baril, contre plus de 110 $US il y a un an et demi.

Au total, la production mondiale de pétrole s’est accrue de 2,6 mbj en 2015 pour atteindre 96,31 mbj, après une hausse de 2,4 mbj l’année précédente, a détaillé le bras énergétique des pays développés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les pays de l’OPEP, Arabie saoudite en tête, ont pompé quelque 32 mbj en moyenne l’an dernier, soit 1 mbj de plus sur un an. Les pays hors cartel ont eux écoulé 57,6 mbj, grâce notamment à « une production américaine obstinément robuste » malgré la chute de près de 70 % du nombre de puits d’extraction en activité.

La consommation de pétrole s’est également inscrite en hausse, mais à un rythme moins soutenu (+1,7 mbj), s’établissant à 94,5 mbj l’an dernier, contre 92,8 mbj en 2014. La croissance de la demande a fortement ralenti au quatrième trimestre, en raison d’un début d’hiver clément dans l’hémisphère nord et de perspectives économiques plus sombres en Chine, au Brésil, en Russie et dans d’autres économies très dépendantes des cours des matières premières.

En 2016, la hausse de la demande sera un peu moins forte que prévu, du fait aussi d’un renchérissement du dollar, selon l’AIE. Celle-ci a révisé en légère baisse sa prévision, à 95,7 mbj, contre 95,8 mbj précédemment.

Le Fonds monétaire international, qui a abaissé mardi ses prévisions de croissance pour cette année et la suivante, a estimé que les effets positifs de la chute de l’or noir s’atténuaient à mesure qu’augmentaient les pertes des pays producteurs et que fondaient les investissements dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz.

Les résultats de Total ont baissé de plus de 20 %

Paris — Les résultats du géant pétrolier français Total se sont repliés de plus de 20 % en 2015 dans le sillage de la dégringolade des cours du pétrole, a déclaré son p.-d.g. Patrick Pouyanné mardi, tout en insistant sur la bonne résistance de son groupe dans ce contexte difficile. « Les résultats de Total résistent, parce que non seulement on est dans la production de pétrole, mais aussi dans la transformation, dans le raffinage, dans la distribution. On est dans toute la chaîne », a expliqué M. Pouyanné sur la radio française Europe 1. «Mais en même temps nos résultats baissent. Ils vont baisser d’un peu plus de 20 % cette année quand le prix du pétrole baisse de 50. Nous résistons mais nous baissons», a-t-il ajouté.

Face à la chute des cours du brut, qui ont perdu plus de deux tiers de leur valeur depuis mi-2014, le groupe français avait amplifié sa stratégie de rigueur en annonçant en septembre dernier un nouveau tour de vis pour réduire ses coûts et ses investissements. Le groupe pétrolier et gazier ne prévoit plus d’investir que 20 à 21 milliards de dollars en 2016, puis 17 à 19 milliards à partir de 2017, contre 23 à 24 milliards cette année. Il entend aussi réduire ses coûts opérationnels de 3 milliards de dollars en 2017 et de céder pour 10 milliards de dollars d’actif. En parallèle, il diminue ses effectifs de 2000 personnes (sur environ 100 000 salariés) en gelant les embauches.

Photo: Robert François Agence France-Presse