L’OPEP voit le baril de pétrole à 160 $US en 2040

Des pétroliers sont amarrés dans un port au sud de l’Irak.
Photo: Haidar Mohammed Ali Agence France-Presse Des pétroliers sont amarrés dans un port au sud de l’Irak.

La pente descendante sur laquelle sont engagés les cours du pétrole n’ébranle pas la confiance de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui anticipe un baril à 160 $US en 2040.

Dans son neuvième rapport annuel dévoilé mercredi, l’OPEP prévoit que son panier de référence — composé des prix des principales exportations de brut de ses membres — atteindra 80 $US en 2020, près de 123 $US d’ici 2030 et plus de 160 $US d’ici 2040. Ces estimations sont exprimées en valeur nominale, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation. En comparaison, le panier de référence affichait mardi une valeur de 31,15 $US.

À moyen terme, l’OPEP anticipe donc une augmentation annuelle d’environ 5 $US le baril, ce qui refléterait une « une amélioration graduelle des conditions du marché ». L’organisation indique que la croissance de la demande mondiale et l’augmentation de l’offre plus faible que prévu en provenance des pays non membres de l’OPEP permettront au marché de se rapprocher du point d’équilibre.

Pour justifier ces prévisions, l’OPEP envisage une croissance de la demande mondiale de l’ordre de 18 millions de barils par jour (mbj) entre 2014 et 2040, ce qui ferait passer la consommation planétaire de 91,3 à 109,8 mbj.

Cette dernière prévision a été revue légèrement à la baisse par rapport à celle que l’OPEP avait annoncée l’an dernier (-1,3 mbj), notamment en raison de la multiplication des politiques liées à l’efficacité énergétique et à la réduction des gaz à effet de serre. Elle est cependant plus optimiste que celle de l’Agence internationale de l’énergie, qui s’en tient à une consommation de 103,5 mbj d’ici 2040.

La publication du rapport de l’OPEP survient peu de temps après une nouvelle chute des prix du pétrole, alors que le baril de Western Texas Intermediate (WTI), l’indice de référence à New York, est momentanément passé sous la barre des 35 $US.

Début décembre, les pays membres de l’OPEP ont décidé de maintenir inchangé leur niveau de production, faisant ainsi fi de la surproduction actuelle qui cause la baisse des prix. À défaut de stimuler la remontée des prix en diminuant leur production, ils inondent le marché avec leur or noir pour conserver leurs parts de marché au détriment de leurs concurrents. Ils veulent surtout éviter de perdre du terrain au profit des États-Unis, où la production de pétrole de schiste est en plein essor.

Investissements requis

Le rapport de l’OPEP sert également un avertissement à l’ensemble des acteurs du secteur pétrolier : à l’échelle de la planète, des investissements de près de 10 000 milliards de dollars américains seront nécessaires d’ici 2040 pour permettre à l’industrie de combler la demande future. Autrement dit, il faudrait 400 milliards $US d’investissements par année pour suivre le rythme de la consommation mondiale anticipée, juge l’OPEP.

Lorsque les prix du pétrole sont bas, il est effectivement possible d’assister à une réaction en chaîne : les investisseurs refroidis hésitent à financer des projets, les investissements ne suivent pas le rythme de la demande, l’offre baisse et, par conséquent, les prix augmentent radicalement. C’est ce scénario que veut éviter l’OPEP, tout comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Au moment de dévoiler l’étude prospective annuelle de son organisation en novembre dernier, le directeur général de l’AIE, Fatih Birol, avait prédit que les investissements pétroliers continueraient de diminuer l’an prochain, ce qui constituerait une baisse pendant deux années de suite pour la première fois depuis les années 1980.

Dans son volumineux bilan annuel, l’OPEP effleure par ailleurs le sujet de la lutte contre les changements climatiques. L’organisation admet que pour éviter de dépasser une hausse de deux degrés Celsius d’ici 2100, « une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre est nécessaire ».

« Réduire les GES tout en poursuivant le développement économique est un défi qui doit être relevé », écrivent les auteurs du rapport. Ils sont cependant muets sur le rôle que devrait jouer l’OPEP ou le secteur pétrolier de manière plus générale, et préfèrent montrer du doigt l’exploitation du charbon.

« Étant donné que le charbon est une source d’énergie à forte émission de carbone et qu’une portion significative de la production d’électricité mondiale s’appuie sur ce combustible, les émissions générées par la production d’électricité au charbon requièrent une attention particulière », évoque-t-on.


 
2 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 24 décembre 2015 05 h 50

    Pétrole: 109 mbj en 2040?


    Permettez-moi d'en douter.

  • Bernard Terreault - Abonné 24 décembre 2015 13 h 20

    Youpi !

    J'aurai cent ans en 2040 et j'aurai perdu mon permis de conduire, pas besoin de pétrole.