Rester maître chez soi tout en servant son maître

Éric Martel, nouveau p.-d.g. d’Hydro-Québec
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Éric Martel, nouveau p.-d.g. d’Hydro-Québec

Le nouveau p.-d.g. d’Hydro-Québec a bon espoir de pouvoir élaborer conjointement avec le gouvernement le prochain plan stratégique de la société d’État et de ne pas être qu’un exécutant.

Le gouvernement Couillard devrait présenter cet automne la nouvelle politique énergétique du Québec, qui servira de guide pour au moins une décennie. La nouvelle politique ne manquera pas d’avoir une forte influence sur Hydro-Québec, qui compte elle-même accoucher, d’ici un an, d’un nouveau plan stratégique pour les cinq prochaines années à venir. Son nouveau patron, Éric Martel, s’attend à ce que tout cet exercice se fasse dans le cadre d’un dialogue ouvert et constructif entre la société d’État et son actionnaire.

« Mon rôle, lorsqu’on va faire notre plan stratégique, sera de regarder la politique énergétique et de voir comment on pourra y contribuer », a-t-il expliqué jeudi en entrevue au Devoir. « Mais en même temps, c’est mon boulot de dire : oui et non. De dire, par exemple : cela, ça n’a aucun sens, on ne peut pas faire cela, parce que ça nous coûterait collectivement trop cher. De les aider et, eux, de nous aider aussi. Je vois vraiment cela comme un travail d’équipe. »

Après tout, note-t-il, « personne, au gouvernement, n’a intérêt à ne pas faire les choses comme il faut pour Hydro-Québec » quand on sait l’importance de ses dividendes dans le budget de fonctionnement de l’État.

Québec s’est souvent fait reprocher d’imposer à sa société d’État toutes sortes de décisions politiques et de la laisser ensuite se débrouiller avec. Les éoliennes, les minicentrales hydroélectriques et la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly-2 comptent parmi les exemples souvent cités. De nombreux observateurs en ont vu un autre exemple dans la récente annonce par le gouvernement Couillard qu’Hydro-Québec allait verser 20 des 50 milliards d’investissements dans la nouvelle mouture du Plan Nord.

Simple, souriant et direct

Choisi comme successeur de Thierry Vandal il y a un mois et arrivé en poste depuis seulement le début de la semaine, Éric Martel vient d’un tout autre monde. Président des activités Avions d’affaires de Bombardier jusqu’à tout récemment, il a travaillé pour les divisions transport puis aéronautique de la multinationale québécoise pendant plus d’une douzaine d’années. Auparavant, il avait occupé diverses fonctions pour d’autres entreprises privées du secteur aéronautique, mais aussi pour Procter Gamble et Kraft. Âgé de 47 ans, ce diplômé en génie électrique de l’Université Laval dit néanmoins réaliser un « vieux rêve » en plus d’avoir la chance de rendre service à sa communauté en prenant les rênes d’une institution aussi importante qu’Hydro-Québec.

Bien qu’il s’accorde du temps pour se familiariser avec ses nouvelles fonctions, il n’a pas le sentiment que les choses seront tellement différentes de ce qu’il a déjà connu. La direction de n’importe quelle grande organisation, dit-il, implique principalement de savoir bien gérer ses ressources humaines et de s’entourer de gens compétents. Qu’on ait affaire à des actionnaires privés ou publics, il faut livrer la marchandise. Quant aux gouvernements, il a déjà eu affaire à eux en Asie, en Afrique et en Amérique latine pour Bombardier.

D’anciens collègues cités par La Presse ont décrit Éric Martel comme un homme rigoureux et discipliné. Il est apparu simple, souriant et direct jeudi dans son bureau au 20e étage du siège social d’Hydro-Québec au centre-ville de Montréal. « Je suis quelqu’un d’extrêmement authentique. Quand je suis d’accord ou pas, je le dis tout de suite. »

Quatre objectifs

À son arrivée le mois dernier, Éric Martel s’est fixé quatre objectifs. Le premier est de faire preuve de plus de transparence. « Je ne pense pas qu’il y ait eu de la mauvaise volonté de notre part. Mais nous devons nous montrer proactifs », dit-il, ne serait-ce qu’en expliquant mieux et plus souvent les positions d’Hydro-Québec, mais aussi en acceptant d’en débattre « à l’interne, comme publiquement ».

Le nouveau patron d’Hydro-Québec se promet aussi d’améliorer son service à la clientèle. « Je veux qu’on redevienne une fierté pour les Québécois. »

Il veut également améliorer la productivité de la société, qui compte presque 20 000 employés. Il ne s’agit pas nécessairement de procéder à des mises à pied. On peut aussi réduire les effectifs par attrition et chercher à « optimiser les façons de faire, de négocier les contrats », explique Éric Martel, qui a déjà rencontré cette semaine les représentants des neuf syndicats d’Hydro-Québec.

Il compte enfin augmenter les revenus de la société d’État, en trouvant notamment des façons de vendre une partie de ses importants surplus aux voisins américains et ontariens. Le contexte lui apparaît particulièrement favorable avec leur désir de prendre un virage vert, l’interruption de service pour rénovation des centrales nucléaires ontariennes et l’inévitable augmentation des prix du gaz de schiste aux États-Unis avec l’épuisement des gisements les moins coûteux.

Hydro-Québec pourrait aussi vendre son expertise à l’étranger en allant y construire des barrages ou gérer des réseaux de distribution, suggère son nouveau patron. Ou encore réussir enfin à mettre au point et commercialiser la nouvelle batterie surpuissante dont tout le monde rêve. « Tout cela n’est que des exemples d’occasions de croissance qu’on pourrait avoir. »

Je veux qu’on redevienne une fierté pour les Québécois

1 commentaire
  • Gilles Gagné - Abonné 10 juillet 2015 09 h 22

    Pour "Vendre son expertise à l'étranger" le nouveau pdg aura à combattre le puissant lobby très près de la machine libérale et rapatrier l'espertise qu'a perdu HQ en matière de construction. Bref ce n'est pas du pain sur la planche mais un travail d'opposition à la pression constante gouvernementale.

    Le nouveau pdg a aussi un travail immense à redonner la fierté d'appartenance à ses ressources humaines, la fierté de la population suivra par incidence.