L’effort s’annonce insuffisant

Une vague de chaleur tous les deux ans à Paris et un réchauffement supérieur à 4 °C attendus d’ici à la fin du siècle : l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) a tiré lundi la sonnette d’alarme à six mois d’une conférence cruciale sur le changement climatique.

Avant la conférence de Paris en décembre (COP 21) censée déboucher sur le tout premier accord universel contre le réchauffement climatique, l’AIE a fourni des estimations nouvelles du phénomène et avancé quelques propositions dans un rapport spécial consacré à l’énergie et au changement climatique. « Le secteur énergétique doit jouer un rôle majeur si l’on souhaite un succès des efforts pour réduire les émissions » de gaz à effet de serre (GES), a lancé Maria van der Hoeven, la directrice exécutive de l’AIE, lors d’une conférence de presse à Londres.

Les émissions de GES (notamment de dioxyde de carbone, CO2), en partie responsables du réchauffement climatique, proviennent aux deux tiers de la production et de la consommation d’énergie. L’AIE — organisation de 29 pays développés consommateurs d’énergie — souligne donc que la question énergétique doit être au coeur de l’accord intergouvernemental espéré en fin d’année.

Les délégués des 196 membres de la convention de l’ONU sur le climat tenteront alors de s’entendre sur des mesures visant à limiter la montée de la température moyenne du globe à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Dans la perspective de la conférence de Paris, une quarantaine de nations (dont les États-Unis, les pays européens, la Russie, le Canada et le Mexique) ont déjà avancé des propositions concrètes en ce sens (présentées sous la dénomination anglaise « Intended Nationally Determined Contributions ») et deux acteurs importants (la Chine et le Japon) ont évoqué à gros traits leurs objectifs.

L’AIE a compilé l’effet attendu de ces diverses propositions, qui vont dans le bon sens mais restent insuffisantes d’après l’agence, et y a ajouté les politiques conduites actuellement par les pays qui n’ont pas encore fait de promesses, comme l’Inde. Au final, l’AIE estime que sur la base de ces politiques, la température de la planète augmentera plus fortement que les 2 °C fixés comme limite tolérable.

Le scénario central établi par l’agence sur la base de modèles mathématiques conduit à un bond du mercure de 2,6 °C d’ici à 2100. Et il ne s’agit que d’une moyenne appliquée à l’ensemble de la planète, avec une hausse beaucoup plus conséquente sur la terre ferme et particulièrement dans les zones densément peuplées. La hausse moyenne de température atteindrait ainsi « 4,3 °C sur les terres de l’hémisphère nord [où vit la majorité de la population mondiale] », précise le rapport. Ce changement s’accompagnerait « d’événements climatiques extrêmes plus nombreux », a détaillé Fatih Birol, l’économiste en chef de l’agence, ajoutant notamment que l’Afrique, faible contributeur au réchauffement climatique jusqu’à présent, subirait le plus gros de ces conséquences néfastes, en terme de sécheresses et autres événements violents.

Il a aussi évoqué l’arrivée « d’une vague de chaleur tous les deux ans à Paris ».

L’AIE prévient en outre que les émissions de CO2 issues de l’énergie continueront d’augmenter au moins jusqu’en 2030, sur la base des promesses actuelles. Elle préconise donc la mise en place de cinq mesures essentielles pour atteindre un pic des émissions de GES dès 2020. Elle prône ainsi une meilleure efficacité énergétique dans l’industrie, le bâtiment et les transports, un moindre recours aux centrales électriques au charbon peu efficaces et l’interdiction de leur construction, une augmentation des investissements dans les énergies renouvelables, la suppression progressive des subventions aux énergies fossiles d’ici à 2030 et la réduction des émissions de méthane par le secteur pétrolier et gazier.

D’après l’AIE, ces mesures sont d’autant plus opportunes qu’elles sont réalisables avec les technologies actuelles et qu’elles ne ralentiraient en rien l’activité économique.


 
1 commentaire
  • Yvon Pesant - Abonné 16 juin 2015 10 h 04

    Pendant ce temps, au Québec

    Et pendant ce temps, au Québec toujours canadien, que faisons-nous? Notre gouvernement très provincial libéral reste beaucoup à la remorque d'un gouvernement fédéral très conservateur dans le dossier des énergies fossiles alors que, du côté de l'AEI, on préconise:

    "... la suppression progressive des subventions aux énergies fossiles d’ici à 2030 et la réduction des émissions de méthane par le secteur pétrolier et gazier."

    Pétrole de schiste à Anticosti, gaz de schiste dans les basses-terres, oléoducs par ci, gazoducs par là, port méthanier ici, non là, port pétrolier à Cacouna, non pas, plus haut ou plus bas sur le fleuve. Pôvre Saint-Laurent!

    Laurent (saint): Supplicié sur un gril ardent, nous dit le Larousse, pour avoir donné aux pauvres les richesses de l'Église plutôt que de les livrer au préfet romain qui n'aurait pas apprécié la chose.

    Donc, ici, on ne prend pas de chance, les richesses, on les donne aux riches que l'on subventionne, qui plus est, pour qu'il nous empoisonnent l'existence et nous fassent mourir à petit feu. Il paraît que ça fait moins mal comme ça.

    C'est ce que l'on verra à l'usage si nos gouvernements et leurs alliés, les pétroleux de ce monde qui veillent au gaz, persistent dans la voie empruntée jusqu'ici. Mais, du côté de l'AEI, du GIEC et autres organisations jusqu'au FMI, c'est pour vous dire, on nous répète avec de plus en plus d'empressement et d'anxiété que le réchauffement planétaire, ce faisant, nous réservera de bien mauvaises surprises. Si tant est que cela serait surprenant.

    Il est dit qu'un homme averti en vaut deux. Un gouvernement qui n'écoute pas les avertissements vaut quoi, au juste? Deux gouvernements qui nous envoient sur le gril?