Le PQ exige des excuses de Daoust au nom des milliers de «rois de village»

Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, a soutenu en entrevue que l’État devait cesser d’intervenir pour sauver des entreprises de la faillite, ajoutant qu’en région, c’est surtout l’ego d’entrepreneurs que le gouvernement se trouve alors à protéger.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, a soutenu en entrevue que l’État devait cesser d’intervenir pour sauver des entreprises de la faillite, ajoutant qu’en région, c’est surtout l’ego d’entrepreneurs que le gouvernement se trouve alors à protéger.

Le Parti québécois exige des excuses de la part du ministre Jacques Daoust dans la foulée d’une entrevue durant laquelle il a qualifié des entrepreneurs en région acculés à la faillite de « rois de village ».

M. Daoust a plaidé dans une entrevue à La Presse canadienne pour un État moins interventionniste et « laiss[ant] la force des marchés s’exprimer ». Bref, un « État partenaire qui ne choisit pas les gagnants », a résumé le ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations.

Par exemple, l’État ne doit pas sauver à tout prix de la faillite des entreprises non viables, et ce, même si l’« ego » de leur propriétaire risque d’être froissé. « [Une faillite], ça fait surtout mal à l’ego en région, parce que quand vous êtes le roi du village, et que vous devez faire faillite, c’est difficile », a-t-il soutenu à La Presse canadienne.

Sans tarder, l’opposition officielle a « dénoncé » lundi des propos irrespectueux à l’égard des entrepreneurs en région tenus par un ministre libéral aveuglé par ses « préjugés » et sa « condescendan[ce] ».

« À quelle entreprise en particulier pensait-il lorsqu’il a parlé de “roi de village” ? », a demandé le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’économie, d’entrepreneuriat, de PME et d’exportations, Pierre Karl Péladeau, par voie de communiqué. « Lorsqu’une compagnie ferme, il y a des pertes d’emplois et des difficultés pour les fournisseurs et les autres entreprises associées ; c’est là, le vrai problème, et le ministre ne semble pas le voir », a-t-il ajouté.

Le candidat à la direction du Parti québécois n’en avait pas terminé avec M. Daoust. Il a agrippé son téléphone intelligent. « Nous sommes renversés du simplisme de son raisonnement et de la suffisance de cette attitude », a-t-il écrit dans un billet mis en ligne sur sa page Facebook intitulé « Bourde ».

L’ex-président et chef de la direction de Québecor a nourri le doute sur la capacité de M. Daoust à diriger le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, après avoir occupé des postes de cadre au sein de la Défense nationale, du groupe SNC-Lavalin et dirigé Investissement Québec. « Qu’a-t-il fait, ce ministre, outre de travailler pour [ces organisations], pour justifier et tenir des propos aussi méprisants à l’endroit des milliers d’entrepreneurs au Québec ? », a demandé PKP, glissant au passage que M. Daoust « ne s’est pas gêné » pour accepter une subvention de 5000 $ du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation pour son vignoble à Hemmingford en 2014.

M. Péladeau a également reproché à M. Daoust et à son « entourage politique » de noircir l’héritage qu’il a laissé après plus de dix années à tenir les rênes de l’empire médiatique. « Son sport favori […] est de diminuer le travail et la performance accomplis durant ma direction à la tête de Québecor. Dois-je lui réitérer qu’une telle attitude est néfaste pour tous les Québécois parce que la Caisse de dépôt et placement est un important actionnaire de Québecor. Rien n’arrête la partisanerie ou encore l’idiotie », a écrit le député adepte des réseaux sociaux.

Pas de politique économique?

D’autre part, le député de Saint-Jérôme n’a pas manqué de dénoncer lundi l’absence de politique économique depuis le retour du Parti libéral du Québec aux commandes de l’État, en avril 2014. « Il n’existe aucune politique économique, sinon celle du laisser-faire et du laisser-aller », a lancé M. Péladeau, invitant le chef du gouvernement, Philippe Couillard, à catapulter M. Daoust « aux objets perdus ». « Ce sera toujours un gros salaire d’épargné ».

De son côté, le porte-parole en matière de développement des régions du PQ, Gaétan Lelièvre, a déploré l’abolition « [des] outils et [des] ressources de développement » économique dans les régions québécoises par le gouvernement libéral, y voyant une rupture après « quarante ans de concertation et de développement en région ». « Voyant le peu de considération dont fait preuve le ministre Jacques Daoust, on comprend la volonté de centralisation au coeur des coupes imposées. Les effets des fermetures d’entreprise font mal à nos régions ; comment le ministre pourra-t-il un tant soit peu écouter les entrepreneurs, s’il les traite avec si peu de respect ? », a-t-il affirmé.

La Coalition avenir Québec s’est aussi dite « estomaquée » par l’absence de volonté du gouvernement libéral à faire l’ébauche d’une politique économique. « Ce gouvernement [n’a] aucun plan pour stopper le déclin tranquille économique du Québec et lui faire prendre le cap qui lui permettra à terme de se hisser parmi les meilleurs », a affirmé le député de Johnson, André Lamontagne.

Avoir avoir dirigé une mission économique en Israël samedi et dimanche où il a notamment fait la promotion de l’expertise québécoise dans des secteurs stratégiques tels que les sciences de la vie, l’aérospatiale ainsi que les technologies de l’information et des communications, M. Daoust a rejoint lundi M. Couillard en France pour prendre part à une « importante mission économique, politique et institutionnelle ».


 
14 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 3 mars 2015 03 h 34

    Une autre réduction de services à la population ?

    'Laisser la force des marchés s'exprimer', ce n'est certainement pas publiquement demander miséricorde pour une très grosse entreprise commerciale accusée de corruptions criminelles et mise au ban par la Banque Mondiale: pourquoi sa grosseur (too big to fail) lui ferait-elle éviter de subir le contrecoup d'accusations criminelles ? Et les subventions aux plus grosses entreprises aérospatiales comme Bombardier, ce pourquoi notre ministre voyage présentement à l'étranger ? Laisse-t-il alors les forces du marché librement s'exprimer ? D'ailleurs, y-a-t-il là libre marché ? Et le combat contre la collusion et la concurrence très réduite, surtout celle laissant son empreinte sur l'ensemble du Québec. Récemment, la Banque du Canada a baissé son taux directeur de .5 . Le lendemain, l'ensemble des institutions bancaires a baissé son taux privilégié de .4 seulement. Pourquoi .4 au lieu de .5 ? Habituellement, c'était 100% de la baisse ou de la hausse du taux directeur. Se sont-elles concertées ? Y-a-t-il eu collusion? Le Québec a-t-il protesté ? Et le marché de l'essence au détail ? Plus simplement, se pourrait-il que notre Ministre de l'économie, de l'innovation et des exportations s'en demande tout simplement le moins possible ? Une autre réduction de services ?

  • Louis Lamothe - Abonné 3 mars 2015 05 h 05

    Rois de villages vs barons de la finance

    Pour ma part, je trouverais moins dangereux de venir en aide à un "roi de village" que de confier mes biens à des "barons de la finance" qui se versent des salaires et des bonis astronomiques dans des paradis fiscaux au dētriment des travailleurs et des payeurs des taxes.

    À ce que je sache, la concentration accélérée de la richesse au niveau planétaire n'est pas le fait des "Rois de villages", mais plutôt du libéralisme économique à outrance qui place le profit et la soit disant efficacité economique au dessus de toute autre valeur.

    Louis Lamothe, abonné

    • Francois Cossette - Inscrit 3 mars 2015 11 h 11

      Vous avez tout a fait raison, le premier génère de la richesse ce que ne fait pas le second. Le second ne fait que déplacer des chiffres. Rois de village peut-être mais le ministre lui.... l'idiot du village. Quand on regarde le comportement des députés du plq, a québec, on comprends qu'il n'est pas le seul idiot dans le village.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 3 mars 2015 06 h 40

    Daoust et ses semblables

    lui et ses acolytes sont entrain de travestir le Québec sans la volonté du peuple.
    Si ce monsieur veut vivre dans un état de droite, individualiste et centraliser sur son nombril il n'a qu'à déménager dans une autre province canadienne.

    Actuellement, le Québec est pris dans dans une impasse avec ce gouvernement que personne n'a voulu. Et ce gouvernement s'est donner l'objectif de changer le peuple par la force. Nous ne reviendrons pas les negres blanc d'Amérique!

  • François Dugal - Inscrit 3 mars 2015 07 h 36

    Enrichissons notre vocabulaire

    Suffisant :
    Se dit du sot présomptueux.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 3 mars 2015 09 h 07

    Nul doute que monsieur Daoust est...

    ...conscient (convaincu aussi je l'espère) qu'il est un des gestionnaires publics des argents déboursés par celles et ceux qui paient taxes et impôts ? Sont exclus de facto les «autres»: celles et ceux choisissant la voie (voix) des paradis fiscaux pour se soustraire à leurs responsabilités citoyennes. Ses déplacés propos sur la royauté mis à part, sa déclaration mérite au moins une réflexion. De me demander...vers qui seront dirigés ces argents «sauvés» en région ?
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    http://unpublic.gastonbourdages.com