Aucune issue en vue à deux jours de l’échéance

« Ensemble, nous nous battrons contre les fonds vautours », peut-on lire à l’entrée du ministre argentin de l’Économie.
Photo: Natacha Pisarenko Associated Press « Ensemble, nous nous battrons contre les fonds vautours », peut-on lire à l’entrée du ministre argentin de l’Économie.

La course contre la montre touche à son terme pour l’Argentine, qui se trouve au bord d’un nouveau défaut de paiement, après celui de 2001, si elle ne parvient à trouver un accord d’ici mercredi avec deux fonds spéculatifs américains détenteurs de dette.

 

Alors que des négociations marathon se poursuivent jours après jour à New York entre représentants du gouvernement argentin et des fonds «vautours» NML et Aurelius sous l’égide d’un médiateur judiciaire, aucune solution ne semble pour l’heure se profiler.

 

Après son gigantesque défaut de 2001, portant sur une centaine de milliards de dollars, l’Argentine a procédé en 2005 et 2010 à deux restructurations de dette, acceptées par 93 % de ses créanciers qui ont consenti une réduction de 70 % de la valeur de leurs bons du Trésor. Mais une minorité d’entre eux ont refusé ces restructurations, parmi lesquels NML Capital et Aurelius Management, qui ont exigé en justice et obtenu du juge new-yorkais Thomas Griesa la condamnation de l’Argentine à leur verser le total des sommes dues, soit 1,33 milliard de dollars.

 

La décision du juge s’accompagne en outre de l’obligation pour Buenos Aires de rembourser ces fonds avant les créanciers ayant accepté de restructurer leurs créances et auxquels l’Argentine doit verser quelque 500 millions de dollars avant le 30 juillet, au risque de se retrouver à nouveau en défaut de paiement. Or, cette somme, que le gouvernement argentin a déjà versé dans une banque américaine en vue d’honorer ses échéances envers ces créanciers restructurés, a été bloquée par le juge Griesa, afin de contraindre le pays sud-américain à rembourser les fonds NML et Aurelius.

 

L’argument de l’Argentine pour ne pas payer est que la clause RUFO (Rights Uppon Future offers) figurant dans les contrats sur la dette l’oblige à rembourser tous les créanciers aux mêmes conditions. Si un créancier bénéficie d’un meilleur traitement, les autres doivent aussi en bénéficier, ce qui pourrait déclencher selon l’Argentine une avalanche de revendications auxquelles elle ne pourrait faire face.

 

Médiation

 

Lundi, le chef du gouvernement argentin Jorge Capitanich a déclaré en conférence de presse qu’une nouvelle réunion de médiation était prévue le lendemain à New York. Mais à New York, le médiateur Dan Pollack a immédiatement indiqué dans un communiqué ne pas être informé d’une telle rencontre. Depuis vendredi soir «je n’ai aucune nouvelle d’eux», a-t-il affirmé.

 

De son côté, M. Capitanich a réaffirmé la volonté de son pays de parvenir à un compromis permettant d’honorer ses obligations vis-à-vis de ses créanciers restructurés et éviter une cessation de paiement. «Les Argentins doivent rester calmes, car la vie continue», a-t-il voulu rassurer, au nom de la présidente de centre-gauche Cristina Kirchner.

 

Pour l’analyste Carlos Caicedo, de l’institut de consulting américain IHS, «l’Argentine commence à voir le défaut comme la moins coûteuse des options. Si l’Argentine ne choisit pas le défaut et paie les fonds +holdouts+, le risque existe que tous les créanciers ayant accepté les restructurations de 2005 et 2010 demandent le même traitement», rappelle M. Caicedo, et dans ce cas, la facture pourrait «dépasser les réserves de changes des l’Argentine, qui sont d’environ 29 milliards de dollars».

 

Un nouveau défaut, même de moindre ampleur qu’en 2001, aurait toutefois des conséquences néfastes pour une économie argentine entrée en récession au premier trimestre 2014 et qui affiche une inflation de plus de 15 % au premier semestre. En cas de défaut, 2014 verrait «une chute du PIB de 3,5%, une inflation annuelle de 41 % et une contraction de la consommation de l’ordre de 3,8 %», affirme un rapport du consultant Abeceb.com diffusé en fin de semaine dernière.

 

Et tous les analystes sont d’avis qu’un défaut éloignerait durablement l’Argentine de l’accès aux marchés internationaux des capitaux, dont elle est exclue depuis sa faillite de 2001.

 

Pour parvenir à un accord, M. Capitanich a répété ses conditions : «L’Argentine a besoin de temps pour négocier et ce temps s’appelle +stay+», une clause suspendue par le juge Griesa, qui permettrait de reporter jusqu’en 2015 les remboursement aux fonds vautours, date à laquelle la clause RUFO deviendrait caduque.

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