Les coopératives ont mieux fait que les banques

« Les coopératives sont aux mains de leurs sociétaires […] Tous les bénéfices réalisés sont mis en réserve et finalement reversés aux membres sous forme de dividendes annuels ou de baisse des produits financiers », écrit Johnston Birchall, l'auteur du rapport de l'OIT.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir « Les coopératives sont aux mains de leurs sociétaires […] Tous les bénéfices réalisés sont mis en réserve et finalement reversés aux membres sous forme de dividendes annuels ou de baisse des produits financiers », écrit Johnston Birchall, l'auteur du rapport de l'OIT.

Les « banques » détenues par leurs clients ont mieux fait que les banques détenues par leurs actionnaires durant la crise financière de 2008. Les coopératives financières ont enregistré de meilleures performances. Elles ont été plus stables et plus efficaces que les grandes banques traditionnelles, conclut l’Organisation internationale du travail (OIT).

Dans son étude mondiale rendue publique en avril, l’OIT constate que, contrairement aux banques privées, les coopératives financières « maintiennent de très bons taux d’intérêt, augmentent leurs fonds propres et leur clientèle, et la minorité d’entre elles qui ont subi des pertes ont rapidement rebondi et connaissent à nouveau la croissance ». L’auteur du rapport, Johnston Birchall, attribue cette résilience au fait que les coopératives financières et les banques privées suivent deux modèles commerciaux distincts. « Les coopératives sont aux mains de leurs sociétaires […] Tous les bénéfices réalisés sont mis en réserve et finalement reversés aux membres sous forme de dividendes annuels ou de baisse des produits financiers ». Pour leur part, « les banques privées sont mues par la nécessité de maximiser les profits pour leurs actionnaires, ce qui conduit certaines d’entre elles à prendre de plus grands risques dans leurs investissements - le scénario qui a déclenché la crise bancaire mondiale de 2007-2008. »

Avant la crise

Cette différence étant, avant la crise, l’OIT constate que les coopératives financières se voyaient déjà attribuer une notation de stabilité plus élevée, en moyenne, que les banques privées. Leur ratio de fonds propres de catégorie 1 moyen était de 9,2 %, contre 8,4 % pour les banques à capital-actions. Après la crise, la plupart des coopératives affichaient un ratio dépassant le seuil de 8 %. En guise d’illustration, « en avril 2009, alors que beaucoup de banques traditionnelles étaient en difficulté, la notation des banques coopératives était toujours A », illustre le rapport de l’OIT.

Ainsi, les « banques » mutualistes ont plongé dans la crise « en position de force, avec 177 millions de membres répartis dans 96 pays - toutes ayant connu une hausse de l’épargne, des prêts et des réserves dans les années précédant 2007 ». Durant la crise financière, « elles ont fait meilleur usage de leurs fonds propres limités et ont continué d’enregistrer des profits parce qu’elles se consacraient au recyclage de l’épargne dans des prêts plutôt que de dépendre des marchés monétaires. Pourtant, elles ont été au moins aussi profitables et dans plusieurs pays plus profitables que les banques privées », a renchéri M. Birchall.

Autrement dit, « comme les banques coopératives sont entrées dans la crise avec des marges plus conséquentes, leur stabilité financière était nettement plus forte que celle des banques privées en 2007 ». Et depuis, « à l’échelle mondiale, les caisses mutualistes ont connu de fortes hausses de l’épargne, des réserves et des prêts entre 2007 et 2010, même s’il y eut d’abord un ralentissement dans l’immédiat après la crise financière. Les chiffres montrent que, dans plusieurs pays, les clients ont opté pour placer leur épargne dans un lieu plus sûr que les banques privées. »

« La crise bancaire a confirmé que les coopératives financières se caractérisent par la stabilité et l’aversion pour le risque », a mis en exergue Johnston Birchall.