Paulson, le banquier devenu chef d'orchestre de l'État interventionniste

Un bâtiment du Trésor américain à Washington.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un bâtiment du Trésor américain à Washington.

Washington — Ancien p.-d.g. de Goldman Sachs, le secrétaire au Trésor Henry Paulson a fait preuve d'un pragmatisme bien éloigné de l'idéologie républicaine pour piloter les efforts spectaculaires déployés par Washington pour sauver un système financier menacé d'implosion.

Aujourd'hui âgé de 62 ans, M. Paulson avait été débauché en 2006 de son poste de patron de la plus grosse banque d'affaires de Wall Street pour devenir le troisième secrétaire au Trésor de l'administration Bush.

Longtemps discret, il est depuis quelques semaines sur tous les fronts pour tenter de colmater les brèches du système financier mondial, en pilotant des interventions en cascade: injection de liquidités, apport de garanties, nouvelles règles boursières, et même nationalisation, en exerçant un droit apparemment souverain pour décider quelles institutions devaient être sauvées.

Dans la même semaine, le gouvernement américain a ainsi pris le contrôle de l'assureur AIG, moyennant l'octroi d'un prêt relais de 85 milliards de dollars, tandis que la banque d'affaires Lehman Brothers était abandonnée à son sort.

L'exercice de ce pouvoir de vie et de mort ne va pas sans créer le malaise, car M. Paulson a gardé de ses 32 ans chez Goldman Sachs un confortable paquet d'actions, encore estimé à 500 millions $US en dépit de la crise boursière.

Certains ne manquent pas de relever que la disparition de Lehman ne peut que profiter à la banque Goldman Sachs et à son ministre-actionnaire.

Dimanche, M. Paulson a justifié le démantèlement de Lehman Brothers en remarquant: «c'est triste, mais il n'y avait personne pour racheter».

La voix caverneuse et l'allure athlétique sous un crâne dégarni, ce passionné de randonnée et de culture chinoise n'a pas caché le paradoxe de sa situation, lui qui n'a jamais cru à l'État actionnaire.

«Je déteste avoir à faire cela», a-t-il reconnu. «Philosophiquement, je n'ai jamais pensé que l'intervention [du gouvernement] était une bonne chose. Tout ce que je peux dire, c'est qu'elle est nécessaire maintenant».

Et d'ajouter: nous sommes dans une «période qui appelle à beaucoup, beaucoup de modestie pour les États-Unis d'Amérique».

Le pragmatisme de cet ancien de l'administration Nixon l'a aidé à jeter aux orties son ancien credo libéral, tout comme l'a fait le président de la Réserve fédérale, le cérébral Ben Bernanke, avec qui il forme un indispensable tandem.

«Il n'y a pas d'idéologues dans les crises financières», avait expliqué M. Bernanke au New York Times la semaine dernière.

D'ailleurs M. Paulson, un ancien de l'administration de Richard Nixon, est habitué à ramer à contre-courant dans son camp républicain.

Il avait détonné en débarquant à Washington dans les cercles très conservateurs entourant le président Bush. Il avait notamment réclamé une nouvelle politique énergétique pour arrêter le réchauffement climatique, à rebours de l'action menée jusqu'alors par l'administration.

Cet ascète ne consommant pas d'alcool, chrétien pratiquant portant fines lunettes sans monture et grosse montre de sport à affichage numérique, est un adepte du kayak le week-end avec Wendy, sa femme depuis 39 ans.

Depuis près d'un mois cependant, il passe ses week-ends à préparer réformes et restructurations, dont beaucoup ont été annoncées le dimanche soir, et, désormais, à négocier avec le Congrès.

C'est un fonceur, plutôt «qu'un pote, un charmeur ou quelqu'un de particulièrement charismatique», a récemment résumé l'auteur d'un livre sur Goldman Sachs, Charles Ellis.

«Toute ma vie, j'ai été formé à foncer quand un problème survient, pour le régler», a lui-même expliqué cet ancien joueur de football américain à l'Université, diplômé de Dartmouth et de Harvard.