La Réserve fédérale devrait faire une pause

Les économistes sont unanimes: la Réserve fédérale retiendra le statu quo aujourd'hui, au terme de la réunion de deux jours du comité monétaire. Il est attendu que la Fed laissera le repli de 325 points de base de son taux directeur depuis près d'un an faire son oeuvre pour se concentrer sur les menaces inflationnistes nourries par le pétrole cher.

En mai dernier, la Réserve fédérale avait ramené son taux directeur de 2,25 à 2 %, gonflant à 325 points de base le recul depuis l'été dernier. La crise immobilière, le resserrement du marché du crédit et le ralentissement de l'activité économique aux États-Unis dominaient alors l'agenda de la banque centrale. Si cette conjoncture demeure, les analystes retiennent cependant que la Fed misera sur l'effet retardataire de cet assouplissement monétaire pour plutôt prendre une pause. Car l'inflation menace également, avec des pressions haussières venant des coûts énergétiques et des prix de l'alimentation.

Autre indice d'une économie atone, le Conference Board dévoilait hier que le moral des consommateurs américains est à son plus bas des 16 dernières années. L'indice de confiance mesuré par l'organisme s'est établi à 50,4 points en juin, contre 58,1 en mai, la chute ayant surpris les analystes, qui tablaient sur un indice à 57. La semaine dernière, l'indice de confiance des consommateurs mesuré par l'Université du Michigan s'affichait en baisse à 56,7 points, revenant à son plus bas depuis mai 1980. Cet indice est en chute libre depuis septembre 2007.

Du même souffle, les prix des logements ont enregistré leur seizième mois consécutif de baisse en avril, accusant un recul de 15,3 % sur un an, selon l'indice S&P/Case-Shiller mesurant les prix dans les 20 plus grandes agglomérations américaines.

Le pétrole

Or la Fed semble avoir choisi son camp en faisant du redressement du marché immobilier un préalable à un redressement de l'économie américaine. Pendant ce temps, côté inflation, les prix à la consommation ont inscrit, en mai, leur plus forte hausse en six mois. Propulsé par la flambée des cours pétroliers et des produits alimentaires, l'indice a bondi de 4,2 % sur une base annuelle le mois dernier. L'indice de base, hors alimentation et énergie, affichait, une progression sur un an de 2,3 %.

Question d'ajouter aux pressions, l'or noir poursuivait sa hausse hier, le prix de référence à New York avançant de 26 ¢US à 137 $US. Le grand rendez-vous de Djeddah, réunissant dimanche pays producteurs et consommateurs de pétrole, n'aura finalement eu aucun impact. «La tension monte entre l'Iran et l'Occident, et nous avons des tensions persistantes au Nigeria, avec la possibilité de nouvelles perturbations de la production, ce qui pousse le pétrole à de hauts niveaux», estimait hier Bart Melek, de BMO Capital Markets.

L'Union européenne a adopté lundi des mesures contre la plus grande banque d'Iran, Melli, gelant ses avoirs et interdisant ses opérations en Europe, afin de contraindre le pays à suspendre ses activités d'enrichissement d'uranium. Cette décision a été saluée par les États-Unis mais dénoncée par l'Iran, quatrième producteur mondial de pétrole.

Au Nigeria, l'un des principaux producteurs de brut africains, le géant pétrolier Chevron, faisait face à une grève lancée par le principal syndicat des employés du pétrole du pays.

Dans ce contexte d'inquiétudes sur l'offre, le président de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, Chakib Khelil, a réaffirmé que son organisation a déjà fait ce qu'elle peut et que les prix ne baisseraient pas. «Nous ne voulons pas accroître la production», a pour sa part confirmé le secrétaire général de l'organisation, le Libyen Abdallah el-Badri. «Il n'y a pas de pénurie», a-t-il jugé.

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Avec l'Agence France-Presse