Si jeunesse savait...

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Emportés par le tourbillon du quotidien, des plaisirs immédiats et de la surconsommation, les Québécois âgés de 25 à 44 ans ne songent guère à la retraite. À 65 ans, le réveil pourrait bien se révéler brutal.

Nombreux sont les travailleurs pour qui la perspective de leurs vieux jours demeure insaisissable. Avec ses REER, RCR et autres acronymes rébarbatifs, la planification financière de la retraite relève souvent du parcours du combattant. À preuve, 43 % des 1000 adultes américains interrogés par ING U.S. Financial Services considèrent que préparer sa retraite est plus difficile qu'élever un enfant. Pire encore, selon les données de la Régie des rentes du Québec (RRQ), 80 % des gens âgés de 25 à 44 ans n'ont pas de plan d'action en prévision de leur retraite.

Bien que la recette soit simple aux yeux des institutions financières — cotiser beaucoup, rapidement et fréquemment —, son application est néanmoins entravée par une foule de préoccupations inhérentes à la vie professionnelle et familiale. «Entre 25 et 30 ans, les jeunes commencent leur carrière, remboursent leurs dettes d'études, achètent une voiture, une maison et des meubles, explique la planificatrice financière au Groupe Investors, Liane Chacra. Cette tranche d'âge épargne à court terme pour des buts à long terme. C'est normal qu'il soit difficile de songer à la retraite alors qu'il y a tout juste assez d'argent pour les dépenses courantes.»

Instantanéité et virtualité

«La retraite apparaît comme une réalité abstraite et tellement éloignée», constate la première vice-présidente, Épargne et Fonds distincts, chez Desjardins Sécurité financière, Monique Tremblay. «C'est comme un voyage autour du monde, ajoute-t-elle. Pour ne pas avoir de mauvaises surprises, les gens se renseignent, consultent un agent de voyage, magasinent les billets d'avion. Mais un tel périple est plus concret que la retraite, qui devrait pourtant être exécutée avec le même souci.»

Monique Tremblay blâme aussi la culture virtuelle. «Désormais, beaucoup de personnes font toutes leurs transactions financières dans Internet. Cela leur offre une plus grande autonomie, mais les décisions qui en découlent ne sont pas toujours les bonnes. Malheureusement, peu de gens de ce groupe d'âge ont rencontré un professionnel financier.» Elle souligne les vertus d'un rapport humain dans la planification financière, que ce soit pour la retraite ou pour tout autre projet. «Un conseiller qui rencontre un couple pour l'achat d'une première maison fera sans doute des suggestions supplémentaires en constatant que ces derniers seront bientôt parents», remarque-t-elle.

Certains travailleurs s'accrochent cependant à de vieux mythes. La croyance qu'un bas de laine se constitue avec de l'argent en trop est ainsi répandue. D'autres pensent que les planificateurs financiers ne se préoccupent que des riches. «Il ne faut pas généraliser, mais quelques-uns utilisent des outils de planification conçus pour une clientèle aux avoirs plus complexes», avoue Monique Tremblay. Elle convient que ces conseillers devraient s'efforcer de rejoindre les gens au portefeuille plus mince. Elle ajoute du même souffle que la déficience des notions économiques au sein de la population est un obstacle majeur. Selon une étude de Desjardins Sécurité financière réalisée à l'automne 2005, près de la moitié des Canadiens disent en effet avoir des connaissances limitées de l'épargne et des placements.

La cigale et la fourmi

La directrice principale au développement des produits d'investissement de la Banque Laurentienne, Bianca Dupuis, nuance les résultats du sondage de la RRQ, utilisés lors de la dernière campagne de REER de son institution. «Ce n'est pas parce que les jeunes ne planifient pas leur retraite qu'ils n'ont pas d'épargnes. Ils sont de plus en plus sensibilisés au fait que beaucoup de nouveaux retraités retournent sur le marché du travail pour des raisons financières. Ils ne veulent pas vivre la même situation.»

C'est le cas de Jocelyn, neuropsychologue de 30 ans, qui économise depuis l'âge de 12 ans. Grâce à une impressionnante diversification de placements, il souhaite faire fructifier son pécule de plus de 25 000 $ pour atteindre le mythique million à sa retraite. Tous ne peuvent cependant investir autant que lui. Selon un sondage Ipsos Décarie effectué pour le compte de la Banque Laurentienne en 2006, la majorité des jeunes de 20 à 29 ans disposent de fonds n'excédant pas 5000 $.

D'autres défient toutes les statistiques, dépensant au gré de leurs revenus et ne se souciant guère du lendemain. Nathalie, 42 ans, avoue tout bonnement être plus cigale que fourmi. Elle est titulaire d'un REER depuis deux ans et n'y a accumulé que 2500 $. «Je cotise davantage pour éviter de payer de l'impôt qu'en prévision de ma retraite!», précise-t-elle. Nathalie profite toutefois d'un avantage qui fera l'envie de plusieurs travailleurs dans un avenir rapproché. Employée de l'Université du Québec à Montréal, elle a droit à un régime de retraite qui lui promet 20 500 $ par année si elle quitte ses fonctions à 65 ans. Près d'un tiers des contribuables âgés de 25 à 54 ans n'ont pas cette chance. Cette réalité, couplée à l'insuffisance des régimes de rentes publics, accroît l'importance de la planification financière de la retraite dès la fin des études.

Objectif retraite

Telle une vérité de La Palice, les planificateurs financiers affirment que le meilleur atout pour une retraite confortable est de commencer l'épargne systématique le plus tôt possible, afin de créer une habitude et, surtout, d'économiser sans douleur. Le fait de posséder un bon coussin d'argent est particulièrement recommandé en cette époque où les réorientations professionnelles et les retours aux études sont fréquents chez les 40 ans et moins. Malgré les baisses de revenus alors occasionnées, le capital accumulé pour la retraite poursuivra sa croissance. L'espérance de vie croissante oblige également à prévoir une épargne plus hâtive. «Beaucoup de gens passeront plus de temps à la retraite que sur le marché du travail», note Monique Tremblay.

Au-delà des économies, tout futur retraité devrait prendre un moment pour s'interroger sur l'emploi qu'il fera de son temps et, bien entendu, de son argent. «Il importe d'évaluer ce qu'on veut faire à cette période de notre vie, dit Jocelyne Houle-LeSarge, présidente de l'organisme Question Retraite, qui sillonnera le Québec au cours du mois d'octobre pour sensibiliser la population à la planification financière de la retraite. Le calcul des revenus nécessaires ne sera pas le même si l'on prévoit jardiner que si l'on désire voyager. À quel âge veut-on arrêter de travailler? La retraite se vivra-t-elle en couple ou seul? Y aura-t-il des ennuis de santé? Ce sont des questions primordiales.»

Collaboratrice du Devoir