«J'sais pas comment, j'sais pas pourquoi»: Guylaine Tremblay, prête à se dépasser

«Monter sur scène pour chanter, sans appartenir à un groupe, sans être protégée par un personnage, ça me fait complètement sortir de ma zone de confort », confie Guylaine Tremblay.
Photo: «Monter sur scène pour chanter, sans appartenir à un groupe, sans être protégée par un personnage, ça me fait complètement sortir de ma zone de confort », confie Guylaine Tremblay.

La pandémie a créé dans l’agenda bien rempli de Guylaine Tremblay le vide nécessaire à la concrétisation d’un rêve qu’elle caressait depuis 10 ans, celui de consacrer un spectacle aux chansons d’Yvon Deschamps : « J’ai senti que la vie me le commandait, qu’elle me donnait le temps et l’espace pour le faire. »

En 38 ans de carrière, la comédienne s’est taillé une place de choix dans le cœur des Québécoises et des Québécois. C’est peu de le dire. Pendant la séance photo réalisée sur la rue Alexandre-DeSève, dans le quartier Centre-Sud, les passants ne pouvaient tout simplement pas s’empêcher de la saluer chaleureusement, ou alors d’afficher un grand sourire en la reconnaissant.

« J’aime les humains, explique la comédienne. Je suis toujours curieuse de l’autre. C’est pourquoi j’ai autant de plaisir à parler aux gens. Il n’y a pas de vie ordinaire, tout le monde a quelque chose d’extraordinaire. » En marchant vers la Livrerie, charmante librairie-café de la rue Ontario, on mesure pleinement la chance qu’on a de s’apprêter à passer une heure à discuter avec une véritable femme de cœur.

Une matière de choix

 

« Yvon a écrit plus de 50 chansons, rappelle la comédienne. Il y en a des plus populaires, comme Aimons-nous, Oublions, Dans ma cour et Les fesses, mais il y a plusieurs autres perles parmi celles qui nous sont moins familières. Quand je lui ai demandé la permission de faire ce spectacle, il a posé une unique condition : je veux que tu chantes Seul. Je ne la connaissais pas. Quand je l’ai écoutée, j’ai été bouleversée. » Poignante, surtout après ce qu’on a vécu au cours des deux dernières années, la chanson s’ouvre ainsi : « Qui me tiendra la main / au bout de mon chemin ? / Qui me tiendra la main / au jour sans lendemain ? »

Intitulé J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi, le tour de chant sera présenté à Québec les 11 et 12 mai, puis à Montréal le 27 mai, avant de parcourir la province au moins jusqu’en novembre. « Ces chansons, explique Guylaine Tremblay, elles constituent une matière qui est tellement riche pour une interprète. Je ne me prends pas pour une chanteuse à voix, je suis là pour faire entendre une douzaine de chansons magnifiques, pour les faire ressentir. »

Certainement l’un des pères fondateurs de l’humour au Québec, Yvon Deschamps est un monologuiste hors pair, mais aussi, et on a tendance à l’oublier, un parolier extrêmement doué. Pour la comédienne, c’est un privilège de mettre en lumière un pareil répertoire : « J’ai envie de faire connaître le parolier aux gens qui ne connaissent que l’humoriste, et même à celles et ceux qui ne connaissent pas du tout Deschamps, à commencer par mes propres enfants. On ne célèbre pas ou alors très peu nos géants et nos géantes. On est toujours dans la culture de l’immédiat et de la nouveauté. Il est essentiel de se souvenir qu’on vient tous et toutes de quelque part. »

C’est dans les chansons…

Pour la comédienne née en 1960 à Petite-Rivière-Saint-François, dans la région de Charlevoix, les pièces d’Yvon Deschamps ont été là dans des moments charnières : « Ce sont des chansons émouvantes, complètement intemporelles, qui font rire et réfléchir, mais surtout, qui font du bien. De manière simple et directe, il est question de la vie, de la mort, de l’amour, mais aussi de la société, de la guerre, de l’intolérance, des injustices et des inégalités. »

Guylaine Tremblay estime qu’il y a là des valeurs et des réflexions très importantes : « Je fais mon parcours dans tout ça. Je relate mon cheminement. Je raconte ce que les chansons me font, ce qu’elles déclenchent en moi, ce qu’elles me rappellent, ce qu’elles m’ont appris sur moi, puisqu’elles m’accompagnent depuis le début de mon adolescence. » Après tout, comme l’a si bien écrit Jean Lapointe, c’est dans les chansons qu’on apprend la vie.

Avec son metteur en scène, Michel Poirier, la comédienne a choisi et ordonné les morceaux, entre lesquels se glissent des confessions, des anecdotes pas du tout anecdotiques, des récits de vie. Pour rafraîchir les arrangements des compositions de François Cousineau, de Serge Fiori, de Jacques Perron, de Judi Richards et de Libert Subirana, Guylaine Tremblay a pu compter sur le pianiste Jean Fernand Girard, qui assure la direction musicale du spectacle et qui l’accompagne sur scène avec deux autres musiciens. « Quand je suis en coulisses, explique-t-elle, j’observe les instruments, ces musiciens formidables, et je me pince. J’ai encore de la difficulté à croire qu’ils sont là pour moi. »

L’amour du public

Ce spectacle permet à Guylaine Tremblay de procéder à un rendez-vous tout à fait inédit avec le public. « Je l’ai rencontré souvent dans ma vie, reconnaît-elle, mais toujours avec des personnages. Monter sur scène pour chanter, sans appartenir à un groupe, sans être protégée par un personnage, ça me fait complètement sortir de ma zone de confort. Je me sens toute nue, sans distance, sans armure. Je ne vous cacherai pas que ça vient avec une certaine angoisse — lors de la première, à Terrebonne, en février, je me suis tapé un trac pas ordinaire —, mais ça permet une rencontre privilégiée avec le public, une expérience que je vis pour la toute première fois et que je savoure. »

Dans la chanson qui donne son titre au spectacle, Yvon Deschamps écrit : « J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi / mais je suis très fier d’être là / de savoir que pour quelques heures / vous entendez battre mon cœur / J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi / mais seulement de vous savoir là / je sens revivre mes espoirs / Je n’ai qu’à chanter pour y croire / quand vous êtes assis devant moi / J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi / mais j’ai l’impression d’être aimé / Je peux tout dire ou tout chanter, je peux me dépasser / J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi / mais j’voudrais toujours être là / continuer pendant des années / vivre de votre amitié / vivre de votre amitié ». Pas étonnant que Guylaine Tremblay ait retenu ce titre, puisqu’il cristallise brillamment la relation incomparable qui s’établit entre l’artiste et le public.

Après une quinzaine de représentations, la comédienne affirme qu’elle ressent un bien fou à donner ce spectacle : « C’est comme s’abrier avec sa doudou préférée, et les commentaires que je reçois vont dans ce sens. Les gens m’écrivent que ça les a réjouis, et même, que ça les a un peu guéris, qu’ils ont été dans l’amour et la bienveillance, que ça leur a fait comprendre à quel point ils tenaient à leurs proches. Ça démontre à quel point c’est important de faire ce qu’on a envie de faire depuis longtemps. Si ça nous fait du bien, profondément, ça va aussi en faire aux autres. »

J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi

Mise en scène : Michel Poirier. Direction musicale : Jean Fernand Girard. Un spectacle des Productions Martin Leclerc. Au Capitole de Québec les 11 et 12 mai. Au théâtre Maisonneuve de la PdA le 27 mai. En tournée à travers le Québec au moins jusqu’en novembre.

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