Le CQT récompense des travailleurs passionnés, persévérants et essentiels

Caroline Rodgers
Collaboration spéciale
Les lauréats Jean-Guy Côté et Manon Claveau 
Photo: Luc Lavergne/Elizabeth Gartside Les lauréats Jean-Guy Côté et Manon Claveau 

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Les prix Sentinelle du Conseil québécois du théâtre (CQT) récompensent chaque année des personnes qui travaillent plutôt dans l’ombre. Qu’elles soient à des postes administratifs, techniques, en production, en diffusion ou en médiation, leur contribution au milieu théâtral est remarquable. Pour l’édition 2022, Jean-Guy Côté reçoit le prix Sentinelle – Carrière et Manon Claveau est lauréate du prix Sentinelle – Engagement durable. Survol de leur parcours.

Jean-Guy Côté (Prix Sentinelle – Carrière)

Aujourd’hui retraité, Jean-Guy Côté a œuvré dans le milieu théâtral pendant plus de cinquante ans. Véritable pionnier, il a joué un rôle central dans le développement du théâtre en Abitibi-Témiscamingue.

Dès sa plus tendre enfance, il est attiré par le théâtre et participe aux spectacles scolaires, rêvant de devenir un jour metteur en scène. Mais à l’époque, il n’existe pas encore de formation dans le domaine au Québec. Il se tourne donc vers des études littéraires à l’Université Laval, où il se joint à la troupe Les Treize.

Il part ensuite, contrat en poche, pour le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, où il enseignera le théâtre pendant 32 ans. Au cours de ces trois décennies, il forme non seulement de futurs professionnels de la discipline, mais aussi de futurs spectateurs.

En parallèle à son travail d’enseignant, il développe des projets structurants pour le milieu. À l’époque, les compagnies amateurs de la région souhaitent se regrouper. Il participe à cette initiative, aboutissant à la création du Centre dramatique de Rouyn, qui donnera une impulsion au théâtre dans la région. Par la suite, il fera partie des fondateurs du Théâtre de par chez-nous, puis du Théâtre du tandem.

En 2004, après des années de travail acharné, il fonde, avec un groupe de citoyens, l’Agora des arts, lieu de création, de production et de diffusion situé dans une ancienne église de Rouyn-Noranda, et dont il sera le directeur artistique pendant sept ans.

Aujourd’hui, Jean-Guy Côté a laissé la place à une relève dynamique, mais n’a pas pour autant délaissé sa passion. Il assure maintenant la direction littéraire de la collection théâtre aux Éditions du Quartz. Avec des collègues, il a aussi formé un groupe de recherche sur l’histoire du théâtre de la région, et publié sur le sujet.

« Il faut ancrer la valorisation du théâtre auprès de nos propres citoyens, par des articles, des livres, si on veut ancrer cette discipline dans notre région », dit-il.

Manon Claveau (Prix Sentinelle – Engagement durable)

Engagée depuis 20 ans dans la médiation culturelle, Manon Claveau démystifie l’univers du théâtre, principalement auprès des jeunes. Dès son baccalauréat en art dramatique – concentration critique/dramaturgie, à l’UQAM, elle est initiée à la médiation théâtrale par une pionnière, Monique Rioux, cofondatrice du théâtre Les 2 Mondes, où elle réalise un stage.

Elle retourne ensuite étudier, cette fois en production à l’École nationale de théâtre du Canada, puis travaille avec diverses compagnies théâtrales. Réalisant qu’elle apprécie les laboratoires et les moments de discussion avec le public, elle commence à donner des ateliers dans les écoles.

La médiation culturelle va bien au-delà de la simple découverte du théâtre. Avec les jeunes, Manon Claveau travaille la créativité, l’ouverture à l’autre et la valorisation du travail de création, notamment au cours de ses neuf années comme coordonnatrice des activités de médiation avec le Théâtre de la Pire Espèce.

En 2017, elle devient coordonnatrice du développement scolaire et de la médiation à la Maison Théâtre, qui s’adresse aux enfants et aux adolescents. Parmi ses mandats : le développement d’une application utilisée en classe, une chaîne YouTube avec des capsules pour les enseignants, et le développement d’une nouvelle approche de la médiation.

Pour répondre aux besoins des jeunes, elle participe au développement de la philo-théâtre.

 

« On utilise les outils de la pratique du dialogue philosophique dans la façon d’aborder les œuvres et l’expérience esthétique, explique-t-elle. À la base, notre pratique en médiation était plutôt instinctive, mais elle prend encore plus de sens quand elle s’arrime avec les programmes éducatifs de l’école québécoise. »

Cette nouvelle approche génère des échos positifs dans le milieu scolaire, et les enseignants sont très intéressés.

 

« À l’UQAM, je participe à des cours donnés aux futurs enseignants, dont l’une des compétences est d’être médiateur d’éléments de culture, ce qui représente un enjeu assez complexe, précise-t-elle. On leur donne des moyens de mettre cela en action de façon simple et ludique, même s’ils ne connaissent pas bien le théâtre. Tout cela permet de développer chez les jeunes l’esprit critique, la créativité, la quête de sens, comment s’ancrer dans le monde et mieux vivre ensemble. »

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