Une saison théâtrale faite de paris fous et de virtuel

«L’amour est un dumpling» est une délicieuse petite comédie de Mathieu Quesnel et Nathalie Doummar.
Photo: PL2 Studio «L’amour est un dumpling» est une délicieuse petite comédie de Mathieu Quesnel et Nathalie Doummar.

On ne sait pas encore quand auront réellement lieu ces spectacles programmés avec espoir par les théâtres, à Montréal et à Québec. Mais on a envie de parier sur ces propositions. Rêvons. L’horizon se rapproche indéniablement.

Quand nous nous serons suffisamment torturés. Un duel entre les incandescents Céline Bonnier et Emmanuel Schwartz, rien que ça. Christian Lapointe y monte pour la troisième fois le brillant dramaturge Martin Crimp, qui explore, en s’inspirant d’un roman sulfureux du XVIIIe siècle, le désir et les enjeux de pouvoir dans les rapports hommes-femmes. Au théâtre Prospero.

Les dix commandements de Dorothy Dix. Stéphanie Jasmin, l’autrice du beau Les Marguerite(s), s’intéresse à nouveau à une voix féminine. Ici, il s’agit d’une femme apparemment sans histoire, qui a traversé le siècle. Avec la merveilleuse Christiane Pasquier. À Espace Go.

La métamorphose. Comment résonnera la fable angoissée et absurde de Kafka dans notre état actuel ? Signée par Claude Poissant, cette transposition adapterait ce récit d’un homme qui se réveille mué en insecte « sur une fin de grande noirceur et un début de tranquille révolution ». À la salle Denise-Pelletier.

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Intérieur. Après son impressionnant Lamelles, on ne peut qu’attendre ce nouveau spectacle mis en scène par le concepteur de lumière et scénographe Cédric Delorme-Bouchard. Il s’y inspire de la pièce symboliste du nobélisé Maurice Maeterlinck pour créer ce qu’on annonce comme un requiem contemplatif et une « installation chorale ». À l’Usine C.

Nassara. La nouvelle pièce de Carole Fréchette est née d’un séjour au Burkina Faso. Cette coproduction du Théâtre des Récréâtrales de Ouagadougou et du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTD’A) sera mise en scène par Sophie Cadieux.

Cyclorama. Intrigant projet que cette « comédie documentaire sur la dualité linguistique montréalaise », rare fruit d’une association entre théâtre franco (le CTD’A) et anglo (le Centaur). La création de Laurence Dauphinais offre un voyage le long de la Main.

i/O. ​Forte de son remarqué Post Humains (créé à Espace libre en 2017), Dominique Leclerc poursuit sa pertinente réflexion sur les biotechnologies. Dirigée par Olivier Kemeid, elle porte son documentaire autofictionnel sur la scène du CTD’A.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Forte de son remarqué «Post Humains» (créé à Espace libre en 2017), Dominique Leclerc poursuit sa pertinente réflexion sur les biotechnologies. Dirigée par Olivier Kemeid, elle porte son documentaire autofictionnel i/O sur la scène du CTD’A.

887. ​Pour ceux qui avaient manqué ce très beau solo de Robert Lepage, à la croisée du récit personnel et de l’Histoire québécoise, la production d’Ex Machina est de retour au Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

The Rise of the BlingBling. La description de cette création attise la curiosité autant que son titre : une relecture « pop, tragique et surréaliste » du Nouveau Testament, autour du personnage de Jésus-Christ. Une extravagance signée par les audacieux Philippe Boutin et Étienne Lepage. À l’Usine C.

L’enclos de Wabush. Le Nouveau Théâtre expérimental et la compagnie autochtone Ondinnok s’allient pour porter sur scène l’univers « loufoque et corrosif » d’une réserve imaginée par l’auteur Louis-Karl Picard-Sioui dans son recueil de nouvelles Chroniques de Kitchike : la grande débarque. À Espace libre.

Long voyage vers la nuit. On n’a pas trop souvent l’occasion ici de voir la grande œuvre testamentaire d’Eugene O’Neill. Le metteur en scène Yves Desgagnés réunit notamment Maude Guérin et Raymond Bouchard. Au Rideau vert.

Ulster American. Le Théâtre de la Manufacture dans un territoire où il est à l’aise : la comédie noire britannique. Maxime Denommée dirige ce texte de David Ireland racontant les désaccords entre trois artistes impliqués dans une création théâtrale. À La Licorne.

Marie Stuart. Frédéric Dubois met en scène la pièce de l’Italienne Dacia Maraini, duel réputé autour du pouvoir et de la féminité entre deux figures fortes : Élisabeth Ire et la reine d’Écosse, sa captive. Ce spectacle des Écornifleuses met en vedette Marie-Hélène Lalande et Joanie Lehoux. Au Périscope (Québec).

Singulières. Cette nouvelle pièce documentaire montée par Alexandre Fecteau (après le louangé Hôtel-Dieu) promet de remettre en cause nos préjugés sur les « vieilles filles ». Écrit à partir d’entrevues, le texte de Maxime Beauregard-Martin donne la parole à cinq célibataires. À la Bordée (Québec) et en captation vidéo.

Photo: Érick Labbé Pour ceux qui avaient manqué «887», ce très beau solo de Robert Lepage, à la croisée du récit personnel et de l’Histoire québécoise, la production d’Ex Machina est de retour au Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

Bouées virtuelles

Réouverture des salles ou pas, on pourra au moins tromper l’attente en se rattrapant sur ces projets en ligne.

L’amour est un dumpling. Une délicieuse petite comédie, créée originellement aux 5 à 7 de La Licorne et reprise par la compagnie Jean-Duceppe, augmentée de « scènes inédites ». On verra possiblement sur scène la courte pièce de Mathieu Quesnel et Nathalie Doummar, mais assurément en vidéo sur demande dès le 15 mars.

La colère des doux. Pour ses 10 ans, le ludique Théâtre du Futur offre cette œuvre qui pourrait être d’abord créée sur la scène des Écuries. Mais plus sûrement à travers une expérience virtuelle interactive, qui s’annonce inclassable. Le texte d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay nous fait visiter un Québec post-révolution qui s’est morcelé en de multiples microsociétés… En mars.

Le roman de monsieur de Molière. En attendant la pièce, le TNM propose un laboratoire public de création autour de cette adaptation par Louis-Dominique Lavigne de l’œuvre de Mikhaïl Boulgakov, où Molière (Éric Robidoux) se débat contre la censure. En webdiffusion du 19 février au 7 mars.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Quand nous nous serons suffisamment torturés». Un duel entre les incandescents Céline Bonnier et Emmanuel Schwartz, rien que ça. Christian Lapointe (notre photo) y monte pour la troisième fois le brillant dramaturge Martin Crimp.

Abraham Lincoln va au théâtre. Catherine Vidal ouvre elle aussi une fenêtre sur sa future mise en scène au TNM : la virtuose pièce de Larry Tremblay. Si quelques représentations en salle sont prévues pour l’instant, ce « making of » porté par un alléchant quintette d’interprètes sera du moins diffusé en ligne, du 1er au 18 avril.

Eldorado. Le Théâtre du Trident propose diverses captations de ses productions automnales, brièvement présentées en salle. Mais aussi cette adaptation du roman de Laurent Gaudé sur le drame des migrants. Au lieu du spectacle prévu au printemps dernier, le montage de Marie-Josée Bastien prendra la forme d’un radio-théâtre en deux épisodes. En mars.

Les coups de cœur de Robert Lepage. La veille de la Saint-Valentin, le Diamant diffusera en direct une soirée-bénéfice virtuelle. C’est le grand créateur, et fondateur de la salle de Québec, lui-même qui animera la soirée, accompagné de plusieurs invités surprises.