Jane Birkin, journal d’une ingénue

Avec ses «Journaux intimes», Jane Birkin se dévoile davantage, sans tricher, avec audace et sincérité.
Photo: Loic Venance Agence France-Presse Avec ses «Journaux intimes», Jane Birkin se dévoile davantage, sans tricher, avec audace et sincérité.

Le 11 décembre 2013, jour du décès de sa fille Kate, Jane Birkin a fermé pour toujours les pages d’un journal qu’elle avait entamé à l’âge de 11 ans.

Dans ces carnets, qu’elle dédiait d’abord à son singe en peluche Munkey, elle avait consigné, durant 46 ans, ses joies et ses peines de star, ses frasques avec Serge Gainsbourg, son premier mariage avec le compositeur John Barry, ses unions avec le cinéaste Jacques Doillon et l’écrivain Olivier Rollin, et surtout la naissance et le quotidien de ses trois filles : Kate Barry, Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon.

Le 1er mars, la célèbre Jane B. sera à Montréal pour lire des extraits des deux volumes de ce journal, Munkey’s Diaries et Post Scriptum, qui ont été traduits de l’anglais, commentés et annotés par Jane Birkin elle-même. Le résultat, publié en français chez Fayard, est captivant, d’autant plus que ce journal est authentique et qu’il n’a pas été écrit initialement pour être publié.

Au bout du fil, en entrevue, on retrouve cette ingénuité qui caractérisait la Birkin des années 1960, alors qu’elle faisait pâlir le pape et rougir le reste de la planète en chantant Je t’aime, moi non plus, en duo avec Gainsbourg. Même ingénuité, même accent anglais prononcé, même fraîcheur. « Au début, j’avais peur de montrer qui j’étais vraiment avec ce journal. Je me disais “les gens vont être déçus” », dit-elle.

Il faut préciser que le journal de Jane Birkin est tout à fait authentique. C’est un journal intime qu’elle a commencé à tenir, enfant, pour mieux s’endormir le soir et parce qu’elle s’ennuyait de ses parents à l’internat. « Les journaux intimes ne sont pas faits pour être lus », dit-elle. Aussi a-t-elle complètement cessé d’en tenir un. « Maintenant, ça ne serait plus honnête, parce que je saurais que j’écris pour être publiée. Alors que ça n’était pas ça du tout au moment où j’écrivais. Maintenant, c’est faussé. »

De l’humour anglais

D’année en année, elle y a consigné ses pensées, ses doutes, mais aussi ses aventures rocambolesques, notamment avec Gainsbourg dans les années 1960. La femme délaissée par John Barry peut désormais laisser libre cours à sa fantaisie, sème le scandale avec ses minijupes, voyage autour du globe à toute allure, boit trop, de temps à autre, aux côtés d’un Gainsbourg tout aussi provocateur, mais attentif et sensible, le tout donnant lieu à certains passages hauts en couleur et drôles à pleurer.

Il y a cette scène par exemple où elle est déçue qu’un commerçant accepte finalement de vendre un objet de valeur sentimentale devant la surenchère de Gainsbourg. « Si je perds mon sens de l’humour, je n’ai plus rien », écrit-elle.

En entrevue, elle ajoute qu’elle se sent plus drôle lorsqu’elle écrit en anglais, elle qui écrit dans les deux langues selon l’endroit et les personnes avec qui elle se trouve.

Elle n’en pourra plus, un jour, d’être « la poupée », de chercher son identité, son autonomie. Elle quitte finalement ce Pygmalion pour le cinéaste Jacques Doillon. « J’étais attirée par les génies, raconte-t-elle en entrevue. Mais il y avait une sorte de révolte de trouver que je ne correspondais pas à la poupée de Serge. »

C’est comme une sorte de leitmotiv, de panique de douter toujours de ses propres intentions. Quand les gens me disaient que j’étais gentille, je me disais que peut-être je ne l’étais pas. Est-ce que je faisais ça seulement pour que les gens m’aiment ? Je me mettais en doute tout le temps. Je mettais à l’air mes propres doutes.

Le deuxième tome débute pour sa part lorsqu’elle est enceinte de sa troisième fille, Lou. Ses trois filles sont d’ailleurs au cœur de la narration de ce journal, source inépuisable de joie et, forcément, de soucis pour Jane Birkin, qui y voit, d’ailleurs encore aujourd’hui, sa meilleure raison d’être.

« Kate et Charlotte regardent un film à la télé, vraiment crétin. Vraiment, quand je pense à tous les mauvais films qui sont faits, et même aux bons, je me dis que tout ce qui compte dans le fond, c’est de vivre avec ceux qu’on aime et de les garder tout le temps près de soi. »

À travers ces années, elle demeure une femme qui doute, qui envie les autres femmes, voire ses propres filles. Une femme profondément amoureuse qui se sent souvent seule auprès de ses hommes qu’elle admire. « C’est comme une sorte de leitmotiv, de panique de douter toujours de ses propres intentions, dit-elle encore. Quand les gens me disaient que j’étais gentille, je me disais que peut-être, je ne l’étais pas. Est-ce que je faisais ça seulement pour que les gens m’aiment ? Je me mettais en doute tout le temps. Je mettais à l’air mes propres doutes. »

Le spectacle qu’elle donnera à Montréal est bien sûr constitué d’extraits choisis. Un premier spectacle d’une heure avait été monté à partir du premier tome. Birkin y ajoutera cette fois des extraits du second.

« Il s’agit de mon choix à moi », dit-elle. On pourra sans doute y entendre quelques épisodes de son enfance, le moment où Serge Gainsbourg visite la maison où il s’est caché durant la guerre. « Les tourments et complications de ses diverses relations. »

Cette fois, ce sera nous, le public, qui recevrons ses confidences. Car son singe Munkey, à qui ce journal était initialement destiné, est désormais enterré avec Serge Gainsbourg, au cimetière, à Paris.

Journaux intimes

De et avec Jane Birkin. Une lecture-spectacle dans le cadre du Festival international de littérature. Au théâtre Outremont, le dimanche 1er mars, 16 h.