«Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire»: regard bienveillant sur l’adolescence

Samuel Brassard (au centre), Chloé Barshee et Guillaume Rodrigue incarnent Oli, So et Ben avec un bel abandon dans la pièce «Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire».
Photo: Sylvie-Ann Paré Samuel Brassard (au centre), Chloé Barshee et Guillaume Rodrigue incarnent Oli, So et Ben avec un bel abandon dans la pièce «Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire».

Un gros ballon de fête sur la scène l’annonce déjà, le bruit de modem 56k qui ouvre le spectacle le confirme : nous sommes en 1999. À l’approche du tournant du millénaire, la crainte du bogue de l’an 2000 pèse lourd sur Oli, adolescent de 17 ans. Avec lui se trouvent So, sa blonde, et Ben, son nouveau « meilleur chum » rencontré au cégep. Entre les trois, un chassé-croisé de pulsions et de désirs se prépare.

La nouvelle pièce d’Olivier Sylvestre ne manque pas d’évoquer certaines comparaisons, à commencer par Le poids des fourmis, présenté à Fred-Barry l’automne dernier, qui mettait en jeu des adolescents inquiets de la fin du monde. Le texte rappelle aussi des films (plus ou moins) récents sur l’adolescence et la sexualité : mettant en scène un soupçon de sensualité et de triangle amoureux homme-femme-homme façon The Dreamers ou de désir profond d’adolescent de ne pas vivre la fin du monde avant d’avoir fait l’amour (façon Avant qu’on explose). Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire aborde ces enjeux avec une tendresse qui semble sincère.

Sans désillusion ni cynisme, la pièce pose un regard bienveillant sur l’époque adolescente, ses tourments, ses espoirs et ses peurs. Souvent drôle, la plume d’Olivier Sylvestre aborde sans gêne les questions d’orientation sexuelle, de désir et d’amour, mettant en avant la confusion qui peut s’installer entre les deux. On y normalise le goût pour l’expérience, comme pour rappeler au public adolescent que rien de ce qu’il pourrait vivre et ressentir n’est dangereux ou hors du commun.

Çà et là, des références nous ramènent en 1999 (Millennium des Backstreet Boys, le Pentium 166 MHz, Heroes of MightandMagic III), mais les enjeux restent particulièrement contemporains, notamment la liberté et la lucidité avec laquelle les trois adolescents abordent les problèmes qui se posent à eux. Guide d’éducation sexuelle... refuse, avec justesse, d’encadrer ses personnages dans des catégories précises, probablement pour insister sur la fluidité sexuelle des personnages qui sont mus par la personne rencontrée et les désirs qu’elle peut éveiller en eux, peu importe son identité sexuelle.

Olivier Sylvestre et la metteuse en scène, Gabrielle Lessard, parlent directement de sexualité aux adolescents et trouvent le moyen de ne pas montrer les actes charnels sans pour autant prendre de gants. En ce sens, la scène de la « première fois » jouée sous une tente décorée comme un sapin de Noël (il faut le voir pour le croire !) est particulièrement réussie, misant (presque) entièrement sur les dialogues et les bruitages pour faire vivre cet épisode aux saveurs aigres-douces.

Bien entourés par la conception sonore de Laurier Rajotte (qui ponctue le spectacle d’effets sonores comiques et recrée les rythmes musicaux de 1999) et par la scénographie d’Elen Ewing (une structure de ballons en forme de chaînes évoque le mélange de fête et d’angoisse qui plane sur le spectacle), Samuel Brassard, Chloé Barshee et Guillaume Rodrigue incarnent Oli, So et Ben avec un bel abandon. Avec eux, les débats et ébats amoureux des adolescents (ceux d’hier comme d’aujourd’hui) font mouche.

Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire

Texte : Olivier Sylvestre. Mise en scène : Gabrielle Lessard. À la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 7 mars.