«Please Thrill Me»: mauvais rêve

Musicalement, les ballades rythmées de Sean Nicholas Savage évoquent celles de Bryan Adams ou bien de Corey Hart.
Photo: Ludovic Rolland­-Marcotte Musicalement, les ballades rythmées de Sean Nicholas Savage évoquent celles de Bryan Adams ou bien de Corey Hart.

Sean Nicholas Savage, un adepte de la « pop d’avant-garde » que l’on considère comme une « figure culte de la chanson underground canadienne », est de passage ces jours-ci à La Chapelle alors que la compagnie montréalaise Ballet-Opéra-Pantomime (BOP) produit Please Thrill Me, la première comédie musicale de l’auteur-compositeur-interprète albertin.

Depuis 2013, sans relâche, la compagnie BOP donne naissance à des spectacles pluridisciplinaires s’appuyant sur des oeuvres de musique classique et contemporaine. Sous la direction musicale d’Hubert Tanguay-Labrosse et Pascal Chénard, Please Thrill Me réunit pendant une heure cinq musiciens (Pascal Chénard, Alexandre Colas-Jeffery, Antoine Langis, Juliette Leclerc et Max-Élie Oboukangongo-Laroche) et cinq interprètes dans une ville portuaire aux allures postapocalyptiques.

Dès les premières minutes de cette histoire plutôt mince, narrée par The Speaker (Roland « Rollie » Pemberton alias Cadence Weapon), on assiste à la rencontre de Jazz (Sean Nicholas Savage) et de Pop (Adam Byczkowski alias Better Person), deux jeunes marginaux, des êtres désabusés en mal de sensations et en quête de sens. Puis, dans un restaurant de fruits de mer pas tout à fait comme les autres, on découvre The Artist (Jane Penny), une serveuse poète qui broie du noir, et Rocky (Lulu Hughes), une barmaid qui nous rappelle que bien souvent le plus beau « ne se montre qu’après le last call ».

Gestes ampoulés

Les textes et la musique, aussi bien que la mise en scène (Sophie Cadieux) et les chorégraphies (Catherine Dagenais-Savard), tout semble ici à prendre au second degré. D’abord, parce que c’est pétri de naïveté, enseveli sous les bons sentiments, constellé de formules toutes faites et de gestes ampoulés. Mais également parce que les interprètes chantent souvent tout bas, parfois à bout de souffle, ou alors aux confins de leur registre. Embrasser le kitsch, pourquoi pas, mais fuir ainsi la justesse s’explique moins bien. Est-ce pour nous consoler qu’on nous apprend, dans un revirement final, que toute cette histoire n’était qu’un rêve ?

L’intention générale semble être de rendre un hommage aux années 1980 et 1990. Musicalement, les ballades rythmées de Savage évoquent celles de Bryan Adams ou bien de Corey Hart. Esthétiquement, la représentation paraît citer Starmania, Les ailes du désir, ou encore My Own Private Idaho. Des comparaisons désavantageuses, vous l’aurez compris. Quel dommage que l’entreprise manque à ce point d’originalité alors qu’il est si crucial, à l’heure actuelle, de nourrir le répertoire de la comédie musicale québécoise et canadienne avec des oeuvres novatrices.

Please Thrill Me

Texte et musique : Sean Nicholas Savage. Mise en scène : Sophie Cadieux. Direction musicale : Hubert Tanguay-Labrosse et Pascal Chénard. Chorégraphies : Catherine Dagenais-Savard. Une production de Ballet-Opéra-Pantomime (BOP). À la Chapelle jusqu’au 1er mars. En anglais avec surtitres français.