«Au pic pis à pelle»: tout le monde connaît Sam Breton

Sam Breton est comme ce cousin, ce neveu, ce vieux chum, jamais aussi joyeux que lorsqu’il provoque l’hilarité chez ses proches à l’aide d’anecdotes à l’emporte-pièce. 
Photo: Bastien Carrière Sam Breton est comme ce cousin, ce neveu, ce vieux chum, jamais aussi joyeux que lorsqu’il provoque l’hilarité chez ses proches à l’aide d’anecdotes à l’emporte-pièce. 

« Je vais vous emmener dans le creux, dans le pas-creux, pis dans le creux encore », annonce Sam Breton au tout début de Au pic pis à pelle, son premier spectacle révélé mercredi soir au Gesù devant journalistes et collègues. Dans le creux et dans le pas-creux ? Il fallait comprendre que l’on entendrait, au cours des 90 minutes suivantes, des blagues plus cinglantes et d’autres plus tendres.

Là où un Yannick De Martino ou une Rosalie Vaillancourt proposent de l’étonnement, de l’étrangeté ou du surréalisme, le principal argument de vente de la découverte de l’année de la plus récente édition du gala Les Olivier repose sur le chaleureux sentiment de familiarité qu’il suscite d’emblée. Ce gars-là, même sans le connaître, on le connaît. C’est ce cousin, ce neveu, ce vieux chum, jamais aussi joyeux que lorsqu’il provoque l’hilarité chez ses proches à l’aide d’anecdotes à l’emporte-pièce, racontées avec un luxe de détails loufoques et une intensité ne connaissant aucune modération.

Le territoire qu’investit Sam Breton ne pourrait donc être davantage labouré : le Québec est après tout peuplé d’humoristes dont l’art s’inscrit d’abord et avant tout dans le conte. Il ne fait d’ailleurs aucun doute que le premier tour de piste du chroniqueur à Salut bonjour a été conçu afin de rejoindre le plus grand public possible, avec ce que cette ambition suppose souvent d’adhésion à certains stéréotypes.

Mis en scène par Joseph Saint-Gelais, un fidèle collaborateur de Louis-José Houde, Au pic pis à pelle est cela dit un de ces spectacles d’humour formellement époustouflants, conçus afin de ne laisser aucun répit aux spectateurs et dans lesquels chaque seconde est une occasion à saisir afin de générer un rire de plus.

Sam Breton additionne ainsi les procédés comiques et conjugue à la drôlerie (parfois relative) de ses observations une kyrielle de vigoureuses gesticulations, de jurons inventés de toutes pièces (« Saint-Siméon-de-Passe-Carreau ») et d’adresses directes au public, sortes de gloses lui permettant de commenter la construction d’un segment ou le déroulement de la soirée (ce réflexe s’est répandu comme un virus chez les humoristes au cours des dernières années, toutefois Breton s’en sert judicieusement, non pas pour réchapper un gag qui serait tombé à plat, mais pour baliser ses récits).

De la taquinerie à la méchanceté

Il y a cependant quelque chose qui jure entre la cordialité qu’inspire le trentenaire et son attirance pour les images sinistres, voire violentes, dans lesquelles culminent quelques-uns de ses numéros. Son segment d’ouverture sur les rapports tendus entre autos et vélos rappellera tristement à notre mémoire la campagne « Honk a cyclist » lancée en 2011 par un animateur de radio de Québec afin d’effrayer les cyclistes (malgré un contexte et des intentions évidemment différentes).

Même s’il invoque le deuxième degré et même si l’on sait pertinemment que sa mère ne sera pas offusquée par les termes durs qu’il choisit pour la décrire, le portrait pourtant attendrissant que l’humoriste en fait pourrait lui aussi faire l’économie de ces injures. Quelque part entre l’arrogance ironique d’un Martin Matte et l’euphorique logorrhée d’un Simon Leblanc, Sam Breton demeure le plus efficace lorsqu’il ne franchit pas la ligne séparant la taquinerie de la méchanceté.

Très consensuel dans son regard sur la société et dans son choix de sujets (la famille, les premières expériences de vie, l’adoption d’un animal de compagnie), Sam Breton risque quelques idées plus marginales en avouant ne pas souhaiter avoir d’enfant, son seul numéro suscitant des rires moins tonitruants, mais peut-être plus profonds.

Mercredi soir, Sam Breton promettait d’entrée de jeu de présenter « la meilleure version de lui-même ». Les quelques larmes qu’il essuiera en remerciant son équipe, à la fin de cette première, révélaient enfin, sans masque, l’homme d’une grande humanité que l’on devine aisément derrière le personnage de scène, malgré tous les efforts qu’il déploie pour le camoufler. Il ne devrait pas craindre de nous le montrer davantage.

Au pic pis à pelle

De Sam Breton. En tournée partout au Québec jusqu’en mai 2021.