«Salut 2019!»: l’autre revue humoristique

«Salut 2019!» mise sur une distribution polyvalente, généralement rompue à la danse et au chant aussi bien qu’à la comédie.
Photo: Salut 2019! «Salut 2019!» mise sur une distribution polyvalente, généralement rompue à la danse et au chant aussi bien qu’à la comédie.

Les rétrospectives humoristiques se suivent sur scène… et se ressemblent un peu. Comme le beaucoup plus connu Revue et corrigée du Théâtre du Rideau vert, Salut 2019 ! offre une succession rapide de parodies de figures de l’actualité et de numéros musicaux, visant, bien sûr, plusieurs des mêmes cibles (les chansons populaires qu’on y détourne, par exemple). Avec visiblement moins de moyens — malgré de colorés costumes —, mais sans déficit d’enthousiasme ou de dynamisme. Existant depuis bientôt 12 ans, la revue, qui tourne dans plusieurs villes québécoises, se pose au Studio du Monument-National.

Le spectacle, disons-le, tient un peu des montagnes russes, nous promenant entre de mauvaises blagues (plusieurs des « nouvelles brèves » livrées en stand up), des sketchs manquant souvent de fini dans l’écriture ou trop longs, et des numéros musicaux d’une surprenante qualité. Salut 2019 ! mise sur une distribution polyvalente, généralement rompue à la danse et au chant aussi bien qu’à la comédie. On avait ainsi déjà vu Tommy Joubert dans Footloose et l’acrobatique Dominic St-Laurent dans Grease. Ce dernier forme notamment un très bon duo chanté, dans la peau du couple Trudeau, avec la vocalement douée Pier-Anne Cloutier — qui ne donne pas non plus sa place en Céline.

On a aussi droit, dans ce show qui bénéficie d’une conception musicale signée Marc-André Perron, à un choeur de Noël harmonieux sur le scandale SNC-Lavalin. Et à pas moins de deux numéros de groupe, assez enlevés, inspirés par la politique de laïcité du gouvernement caquiste. Plutôt grinçant, le premier fait un usage ingénieux de draps pour sa chorégraphie, sur une ritournelle d’ABBA trafiquée (Mamma Ma loi). Dans le second, vu plutôt du point de vue des catholiques, Jésus crucifié lui-même fait une apparition, assez amusante, pour déplorer son retrait de l’Assemblée nationale.

Nous incluons parmi les ratages, entre autres, le numéro sur Sainte-Marthe-sur-le-Lac, qui exhume des boules à mites le personnage de Roland Hi ! Ha ! Tremblay ; un monologue d’Yves-François Blanchet qui tombe totalement à plat, comme la « chute » (littéralement, ici…) primaire de la saynète sur Michèle Richard.

Il faut toutefois reconnaître aux auteurs — le principal est Philippe Lemieux — l’étendue des sujets abordés, des problèmes de Capitales Médias (avec Martin Cauchon aux Dragons) à la déprime d’une prof devant les multiples restrictions de parents-rois (un tableau clos par une savoureuse relecture de la chanson Une souris verte). Leur intérêt pour l’actualité politique est manifeste.

Le spectacle ose aussi s’aventurer à l’international, avec des références au Brexit (par un Elton John bien campé), à Hong Kong, à Notre-Dame de Paris. Au final, il est rafraîchissant de voir une rétrospective humoristique, qu’elle soit sur scène ou au petit écran, qui ne mise pas majoritairement sur des allusions à la télévision québécoise…

Salut 2019 !

Texte : Philippe Lemieux, avec Pier-Anne Cloutier, Sébastien Haché, Dominic St-Laurent, Sylvain Fortin, François Lachapelle, Camille Dallaire. Mise en scène : Hugo Turgeon. Production : Les deux colons d’Amérique. Les 18, 19, 20, 28, 29 et 30 décembre, au Monument-National. Et les 26 et 27 décembre, au théâtre Petit Champlain.