«La pensée sauvage»: le loup et l’ethnologue

Antoine Laprise est l’homme derrière la marionnette du Loup bleu, qui s’intéresse à des personnages historiques dans ses spectacles.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Antoine Laprise est l’homme derrière la marionnette du Loup bleu, qui s’intéresse à des personnages historiques dans ses spectacles.

Depuis quelques années, le Loup bleu, cette marionnette créée par Antoine Laprise, s’est monté un carnet de bal bien garni. De spectacle en spectacle, l’animal a notamment causé avec Descartes, Montaigne, et Moïse. Après six ans d’absence, c’est à une rencontre avec l’ethnologue et anthropologue français Claude Lévi-Strauss que le loup philosophe marionnette, du Théâtre du Sous-marin jaune, nous convoque, dans le cadre du spectacle La pensée sauvage du festival Phénomena.

C’est par une citation, tirée lors d’un entretien réalisé en 1983 avec Fritz Raddatz, que Claude Lévi-Strauss a capté l’intérêt du Loup bleu. L’ethnologue disait alors : « J’aurais aimé, une fois dans ma vie, pleinement communiquer avec un animal ».

C’était ni plus ni moins qu’un appel du loup, qui demeure, bien sûr, animal jusqu’au bout des griffes.

Et cela a aussi permis à Antoine Laprise, qui a développé le spectacle avec Jonathan Cusson, d’élaborer sur le thème de l’animalité, qui lui est cher. « Je me suis intéressé au rapport de Lévi-Strauss avec les animaux, dit Laprise en entrevue. Il y avait des oiseaux qui se perchaient sur lui, il avait des chats, des chiens, des perroquets. »

Sur scène, des marionnettes en forme de chauve-souris viendront d’ailleurs tenir compagnie au Loup bleu.

C’est d’abord à travers la biographie de Lévi-Strauss, qu’il a lue en 2015, qu’Antoine Laprise a abordé le personnage. Où serait-ce Lévi-Strauss qui l’a abordé ? Il se pourrait bien d’ailleurs qu’au fil du spectacle, ce soit davantage l’ethnologue que le loup qui soit amené à poser les questions. Et le loup se retrouvera peut-être lui-même interrogé par le curieux chercheur.

Je me suis intéressé au rapport de [Claude] Lévi-Strauss avec les animaux. Il y avait des oiseaux qui se perchaient sur lui, il avait des chats, des chiens, des perroquets.

En entrevue, Antoine Laprise raconte que ça n’est pas tant la pensée structuraliste, une grille d’analyse de l’anthropologie inspirée de la linguistique qu’il a mise en place, qui le séduit chez Lévi-Strauss. « C’est un précurseur de l’écologisme », dit-il, en plus d’être un très grand humaniste…

Lévi-Strauss, qui est décédé centenaire en 2009, a non seulement parcouru l’Amérique du fond de l’Amazonie jusqu’aux Haïdas de l’Ouest canadien, il a également défendu sans relâche la diversité des cultures contre l’hégémonie des cultures dominantes. Déjà, alors qu’il visite l’Amazonie durant les années 1930, il constate que les sociétés autochtones « ont eu la sagesse de rester en équilibre avec leur milieu naturel ».

D’ailleurs, Antoine Laprise admet sa sympathie naturelle pour l’ethnologue, à qui il consacre un accueil peut-être un peu moins critique que celui qu’il a réservé à La Bible ou à Descartes.

C’est à la demande de D. Kimm, directrice artistique de Phénomena, qu’Antoine Laprise a créé ce « laboratoire sur Lévi-Strauss », d’une durée d’une demi-heure, avec le Loup bleu.

Après avoir croqué l’ethnologue, le carnivore érudit et iconoclaste n’a pas l’intention d’arrêter ses lectures et son chemin. Antoine Laprise a dans ses cartons d’autres oeuvres titanesques à explorer : Le manifeste du Parti communiste, Ulysse de Joyce ou Les mille et une nuits. Rien de moins.

La pensée sauvage

Production du Théâtre du Sous-marin jaune, à la Sala Rossa, le 22 octobre