«Le miel est plus doux que le sang»: un collage imparfait

«Le Miel est plus doux que le sang», en ouverture de saison au Théâtre Périscope
Photo: Nicola-Frank Vachon «Le Miel est plus doux que le sang», en ouverture de saison au Théâtre Périscope

Le miel est plus doux que le sang, en ouverture de saison au Périscope, marque les 30 ans du Théâtre Sortie de secours. Créée lors de la saison inaugurale de Premier Acte en 1994-1995, la pièce revit ici avec une nouvelle distribution.

Elle s’ouvre en 1919 à Madrid, dans une Espagne sujette à de nombreux changements sociaux et politiques. Débarqué dans la capitale pour ses études, Federico García Lorca, jeune poète andalou, y rencontre Luis Buñuel, fier-à-bras aragonais, adepte d’entomologie et de boxe — plus loin, ils feront la connaissance de Salvador Dalí, un Catalan étrange et maniéré.

Or, la rencontre apparaît d’emblée flottante, la suite des scènes se déroulant à bâtons rompus. Certes, une relation se bâtit, autour de l’art notamment, mais la construction dramatique fait parfois l’effet d’un collage. Comme si la matière de base de l’écriture avait été une somme d’idées fortes à réunir.

Ainsi les phrases explosives (comme « Parle des gens simples, Federico : ils ont besoin qu’on parle d’eux ! »), qui ont une portée indéniable lorsque ramenées à la vie de l’écrivain, mais qui dans le corps du récit apparaissent détachées. Plusieurs références aux oeuvres postérieures des trois artistes produiront un effet similaire : de tels clins d’oeil à la réalité auraient réjoui davantage s’ils s’étaient ajoutés à un fil fort.

Idem pour de nombreux moments de vérité entre les personnages : « Que penses-tu de la mort ? » Dans un désir d’embrasser chaque facette de la vie, la pièce ne manquera par ailleurs pas d’évoquer le contexte historique espagnol et mondial, la monarchie madrilène et la révolution bolchevique, l’anarchie naissante. Ces éléments demeurent cependant cosmétiques : des éléments qui, pour être nommés, ne semblent jamais incurver réellement la trajectoire des personnages — on en reste aux mots.

On ne boudera pas les effets comiques (seau d’eau sur la tête, portes qui claquent), le tout dans une ambiance musicale riche (Antoine Breton au piano et à la guitare). De même pour le jeu, qui finit par rassembler le trio dans un même esprit festif. Si la partition offerte à Élie St-Cyr conduit à un Buñuel plus unidimensionnel, celle offerte à Gabriel Cloutier Tremblay permet un García Lorca plus posé, avec de belles nuances. Vincent Legault propose quant à lui un Dalí amusant, avec son faciès irrésolu et ses grommellements canins, dans une pièce voulue « ludique, fantaisiste et anachronique ».

Reste qu’on aurait mieux goûté l’ensemble si le récit nous avait convaincu. Oui, les personnages connus aux destins hors norme ; oui, le contexte historique riche. Les enjeux, toutefois, restent minces ; la peinture des personnages également.

Il est à noter que, depuis 1989, c’est plus de 30 productions que Sortie de secours, sous la direction artistique de Philippe Soldevila, a inscrites à son répertoire — un rythme soutenu et une longévité remarquable. Il y avait quelque chose d’émouvant à voir dans le hall du Périscope quelques affiches de ces pièces qui, en un seul coup d’oeil, rassemblent 30 ans de théâtre.

Le miel est plus doux que le sang

Texte de Simone Chartrand et Philippe Soldevila, mise en scène de Philippe Soldevila. Avec Gabriel Cloutier Tremblay, Élie St-Cyr, Vincent Legault, Savina Figueras, Karine Parisé et Antoine Breton. Une production du Théâtre Sortie de secours, au théâtre Périscope, jusqu’au 5 octobre.