«21»: jouer son avenir

Se déroulant sur un demi-terrain, généralement lorsque le nombre de joueurs n’est pas suffisant pour une partie traditionnelle, le 21 est à ce qu’on dit un puissant exutoire, mais il peut aisément prendre une tournure brutale, puisque les coups bas y sont permis. Difficile d’imaginer plus belle métaphore pour le face-à-face de cette pièce.
Photo: Philippe Latour Se déroulant sur un demi-terrain, généralement lorsque le nombre de joueurs n’est pas suffisant pour une partie traditionnelle, le 21 est à ce qu’on dit un puissant exutoire, mais il peut aisément prendre une tournure brutale, puisque les coups bas y sont permis. Difficile d’imaginer plus belle métaphore pour le face-à-face de cette pièce.

Une variation du basketball de rue, voilà à quoi le titre de la nouvelle pièce de Rachel Graton fait référence. Se déroulant sur un demi-terrain, généralement lorsque le nombre de joueurs n’est pas suffisant pour une partie traditionnelle, le 21 est à ce qu’on dit un puissant exutoire, mais il peut aisément prendre une tournure brutale, puisque les coups bas y sont permis. Difficile d’imaginer plus belle métaphore pour le face-à-face que la pièce présentée ces jours-ci à la salle Jean-Claude-Germain met en scène.

Muette, la tête sous le capuchon, en somme fermée comme une huître, Zoé vient d’être placée par son père dans un centre jeunesse, celui où Sara est intervenante. Dans le gymnase de l’endroit, l’adolescente fugueuse drible, marque des paniers, puis se révèle peu à peu, dévoile d’une séance à l’autre, en même temps que des blessures profondes et une colère toujours prête à sourdre, une personnalité forte, une répartie savoureuse et une sensibilité précieuse. Sara va elle aussi s’ouvrir graduellement sur sa vie privée, d’abord aux spectateurs, en aparté, puis à Zoé, qui finira par la bombarder de questions.

Mettant en scène un apprivoisement mutuel entre une jeune personne troublée et une adulte en position d’autorité, le texte est plutôt classique d’un point de vue formel, bien plus conventionnel que celui, d’une éblouissante choralité, avec lequel nous avions découvert l’auteure en 2017 : La nuit du 4 au 5. La dimension criminelle en moins, 21 évoque des pièces comme Equus de Peter Shaffer, Le faucon de Marie Laberge et La chanson de l’éléphant de Nicolas Billon, et plus encore 10 ½, le film de Podz avec Claude Legault et Robert Naylor. Là où la partition de Rachel Graton se distingue, c’est sur le fond, sur la manière de décrire une réalité, d’en traduire la complexité, de lui être le plus fidèle possible.

À vrai dire, partout dans ce spectacle la justesse est au rendez-vous. En ce qui concerne la situation, le vécu des personnages, leur façon de s’exprimer et les limites que leur impose leur rôle social, on sent que tout a été validé auprès des individus concernés, frotté au réel.

Du côté de l’interprétation, Marine Johnson et Isabelle Roy, que la metteuse en scène Alexia Bürger garde loin de tous débordements, forment un tandem redoutable. Entre la première, qui défend brillamment son premier rôle au théâtre, et la seconde, qui nous émeut depuis deux décennies, pas l’ombre d’un décalage.

Mais c’est la conclusion, aussi astucieuse en ce qui concerne la dramaturgie que déchirante d’un point de vue humain, qui donne à toute l’entreprise une saveur unique, une authenticité qui va droit au coeur.

21

Texte : Rachel Graton. Mise en scène : Alexia Bürger. Une production de Rachel Graton. À la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 4 mai.