«Nos corps»: danser sera notre révolution

Tout en étant éminemment millénariales, les réalisations de Castel Blast réactivent les idéaux du «peace and love».
Photo: Karel Chladek Tout en étant éminemment millénariales, les réalisations de Castel Blast réactivent les idéaux du «peace and love».

Une « fête régénératrice », voilà bien ce que Castel Blast propose. Avec Nos corps, le collectif transforme la grande salle des Écuries en une boîte de nuit, musique techno et éclairages à l’avenant, pour ensuite inviter les spectateurs à entrer dans la danse, celle qui « permet d’affirmer ce qui est irrépressible et indomptable en chacun et qui ne se rapporte qu’à soi ». Quelque part entre la rave purificatrice et la communion hippie, la soirée est cathartique à souhait, à tout le moins pour ceux qui acceptent de gagner la piste.

Après Espace libre, où ils ont donné Ma(g)ma en 2016, puis Tangente, où ils sont apparus à quelques reprises depuis, les membres de Castel Blast présentent ces jours-ci une première création aux Écuries. Sur scène, douze interprètes mènent le bal, incitent les spectateurs à quitter leurs sièges pour les rejoindre, exécutent parfois des mouvements que ceux qui les entourent finissent par reproduire, se glissent sous une douche de lumière qui les individualise un moment avant de retrouver leur place dans l’ensemble. Le soir où nous y étions, plus ou moins le tiers du public a accepté de jouer le jeu. Pendant près de deux heures, la transe n’a cessé de gagner en intensité.

Jeter son corps dans la bataille

Au fil du rituel, qui peut s’avérer lassant pour ceux qui l’observent sans y prendre part, peu de mots sont prononcés. On fait notamment allusion à l’épidémie dansante qui a eu lieu à Strasbourg en 1518, celle-là même qui a inspiré un roman à Jean Teulé : Entrez dans la danse, aux Éditions Julliard. Alors que les écarts se creusent, que les injustices se multiplient et que les murs se dressent, les artistes lancent un « appel au mouvement », incitant en quelque sorte leurs semblables à jeter leurs corps dans la bataille. « Nos corps s’unissent, se rassemblent, s’enlacent, s’entraident, s’apprivoisent, s’acceptent, se réconcilient, se lèvent, se soulèvent, s’accumulent, se resserrent, se mélangent, se rallient, se recueillent. »

Tout en étant éminemment millénariales, les réalisations de Castel Blast réactivent les idéaux du peace and love. Dans les idées qui soutiennent le spectacle, puisées notamment chez Judith Butler et Roger Caillois, ces concepts qui ont nourri la création, mais qui sont somme toute assez peu présents dans la performance elle-même, on sent le besoin d’unité et de solidarité, la soif de collectivité et d’inclusion, la nécessité d’un sens, d’une spiritualité, mais aussi celle d’un renversement du pouvoir essentiel à la mise sur pied d’une société nouvelle. Au travers des rythmes endiablés, on discerne cette formule qui résume à elle seule toute la démarche : « Danser sera notre révolution ! »

Nos corps

Création collective. Une production de Castel Blast. Aux Écuries jusqu’au 13 avril.