«2018 Revue et corrigée»: une tradition rassurante

La victoire de la CAQ n’a pas échappé à cette revue de l’année 2018.
Photo: François Laplante Delagrave La victoire de la CAQ n’a pas échappé à cette revue de l’année 2018.

La légalisation du cannabis, la fluidité du genre sexuel, l’appropriation culturelle en art, l’appel à une transition écologique : les transformations sociales mises en avant en 2018 auront eu de quoi bousculer, voire embrouiller le citoyen moyen. Des thèmes évidemment abordés par les scripteurs de la rétrospective comique 2018 Revue et corrigée. Souvent sous l’angle du : les choses n’étaient pas aussi compliquées avant.

Autour du populaire refrain « on-peut-pu-rien-dire », le numéro sur les effets de la rectitude en humour se révèle bien tourné. Mais le sketch, plutôt insignifiant, portant sur les scandales de SL?V et Kanata paraît faire tout un détour pour éviter prudemment le coeur du sujet. Et pour satiriser l’appropriation culturelle, on adopte un biais, disons… différent. Dans un spectacle entièrement joué par des comédiens issus de la majorité, il faut se garder une petite gêne…

Il y en a un peu pour tout le monde dans ce show qui se veut rassembleur. Les yuppies qui ont signé le Pacte en prennent pour leur rhume dans un sketch qui accuse leurs contradictions. En contrepartie, l’excellente vidéo sur « Québec sanguinaire », une vision du parti de gauche selon la perspective alarmiste des chroniqueurs de droite, fait penser au classique « Hérouxtyville » de RBO.

Peut-être parce qu’ils sont condensés, les segments vidéo touchent d’ailleurs souvent la cible : le magasinage de Gertrude Bourdon, la fausse campagne caritative pour les écoles québécoises, la publicité sur les trolls. À l’opposé, plus d’un numéro semble s’étirer, tel ce test pour nouveaux arrivants que détourne une militante de la CAQ. Et il aurait mieux fallu oublier les Trump cette année. Malgré un clin d’oeil inspiré au Dictateur de Chaplin, le flirt du président américain avec Kim Jong-un aurait pu être réduit à un flash. Quant à l’entrevue d’une Melania Trump ricaneuse par Denis Lévesque, cette séquence maigre en rires laisse perplexe tant elle passe à côté de sa personnalité.

Autrement, ce spectacle rythmé, qui reprend le format resserré de l’an dernier, multiplie bien sûr les cibles. Je retiens notamment la parodie irrésistible de l’émission de Christian Bégin, le bon flash touchant Mario Pelchat… Si l’« hommage » de Pauline Marois à Jean-François Lisée manque de punch, le numéro devient ensuite une sorte de memoriam, touchant, aux grands artisans disparus du Parti québécois. (Pour ne pas dire au feu PQ lui-même…)

Et dans une ouverture entièrement consacrée au cannabis, le « pot-pourri » se révèle un tour de force. Avec ses imitations sans maquillage ni costume, cette enfilade de grands hits québécois revisités sous l’angle de l’usage du cannabis confirme le talent des polyvalents interprètes. Outre la nouvelle venue Joëlle Lanctôt, qui se débrouille bien, que des vétérans : Martin Héroux, Benoit Paquette, Suzanne Champagne et Marc St-Martin. Une valeur sûre dans un monde en bouleversement…

2018 Revue et corrigée

Script-édition de Daniel Leblanc. Textes de Cassandre Charbonneau-Jobin, Luc Michaud, Justine Phillie, Dominic Quarré. Mise en scène de Natalie Lecompte. Jusqu’au 5 janvier, au Théâtre du Rideau vert.