«Temps zéro»: sur la route

Daniel (Joakim Robillard) «emprunte» la voiture maternelle et recueille une auto-stoppeuse marginale et très dégourdie dénommée Annie (Ariane Castellanos).
Photo: François Godard Daniel (Joakim Robillard) «emprunte» la voiture maternelle et recueille une auto-stoppeuse marginale et très dégourdie dénommée Annie (Ariane Castellanos).

A-t-on jamais autant parlé de fugue ? Ce problème de l’adolescence qui a nourri les manchettes de l’actualité ces dernières années marque aussi sa présence dans le monde de la fiction. La prémisse de Temps zéro rappelle d’ailleurs celle du récent Invisibles, créé à La Petite Licorne : un « road movie théâtral » qui suit la fuite en avant d’un(e) ado sans histoire de la classe moyenne. Mais la production qu’on peut voir à Fred-Barry privilégie un registre passablement moins sombre.

Sur un coup de tête, parce que la fille à qui il venait d’avouer son amour a rompu avec lui, Daniel « emprunte » la voiture maternelle sans prévenir ses proches. Après avoir recueilli une auto-stoppeuse, la marginale et très dégourdie Annie (Ariane Castellanos), le jeune de 17 ans s’embarque dans une traversée impromptue du Canada. Une odyssée hivernale, partagée tant bien que mal par deux jeunes vivant des réalités fort différentes.

Rien de vraiment original, au départ, dans cette pièce bien intentionnée de Marc-André Brunet, qui souhaite « mettre en lumière toute la vulnérabilité et la détresse que vivent et taisent trop souvent les adolescents », et qui paraît vouloir coller au plus près à son public.

Quête identitaire

Malgré quelques éléments un peu clichés, l’aventure se révèle pourtant sympathique. Notamment grâce à la composition sensible et naturelle de Joakim Robillard, attachant en ado sage qui essaie de s’affranchir de son image encombrante de « bon gars ». Les dialogues sonnent aussi assez justes.

Et le metteur en scène Charles Dauphinais fait le maximum afin que son public cible ne s’ennuie pas. À l’image de son récit en forme de voyage, le spectacle déménage, à coup de courtes scènes, de rapides changements d’ambiances. La mise en scène parvient à générer du mouvement avec seulement cinq acteurs — même quand la scène en demanderait plus, telle la manif.

Des cintres à vêtements disposés sur les côtés du plateau favorisent de rapides changements de personnages par la distribution (Marie-Ève Laverdure, Véronic Rodrigue et Marc-André Brunet lui-même, qui s’amuse à camper quelques figures secondaires très typées). La pièce ne manque pas d’humour. Toutefois, les quelques séquences fantaisistes, qui décollent du réel, détonnent un peu dans l’ensemble, semblant surgies de nulle part.

Cet éclatement se reflète également dans la scénographie imaginée par Clélia Brissaud. Accueillant les projections d’images ou de textos, ces grands blocs mobiles qui font office de sièges ou de banquette d’automobile servent le rythme alerte du spectacle. Ils comportent aussi une dimension ludique, formant ultimement un véritable casse-tête à assembler. Comme pour la quête identitaire de Daniel, il s’agit de recoller les morceaux…

Temps zéro

Texte de Marc-André Brunet. Mise en scène de Charles Dauphinais. Une production du Théâtre Tombé du ciel. À la salle Fred-Barry, jusqu’au 1er décembre.