«Le dire de Di»: fable environnementale

Le jeu de Marie-Ève Fontaine charrie le solo avec maestria.
Photo: Marc Lemyre Le jeu de Marie-Ève Fontaine charrie le solo avec maestria.

À l’heure où la question de la vitalité des communautés francophones du Canada nourrit les débats, cette coproduction entre deux compagnies ontaroises paraît tomber à point nommé. Un rappel tangible que la culture d’expression française, en tout cas, existe en dehors du Québec. La présentation du Dire de Di au Prospero amorce d’ailleurs un partenariat entre le Groupe de la Veillée et le Théâtre français de Toronto, afin de faire circuler davantage les pièces entre Montréal et la Ville Reine.

Il est justement question, entre multiples autres choses, de résistance et d’ancrage au sein d’un territoire dans la « pièce pour femme seule » écrite par le réputé écrivain franco-ontarien Michel Ouellette — dont Le testament du couturier avait été diffusé à Espace Libre en 2005, aussi dans une mise en scène de Joël Beddows. D’une parole qui fait émerger la mémoire. Celle de Di, sur les événements de ses 16 ans. Contrairement aux membres de sa fratrie éparpillés de par le monde, la jeune fille ne veut rien savoir de l’« ailleurs ». Son royaume naturel lui suffit. Mais son attachement à la terre, tout comme sa passion naissante pour une émissaire d’une compagnie minière, sont mises à rude épreuve lorsqu’elle découvre avec colère les ravages causés à la forêt par l’extraction des ressources. Di exhume peu à peu le « grand malheur » qui a disloqué sa famille et déterre en chemin quelques secrets entourant ce clan un peu particulier, lié moins par le sang que par choix.

L’ouverture de la fable est particulièrement attrayante, alors que la conteuse fait émerger tranquillement le récit, expliquant la nécessité de dire à un public dont elle est consciente.

Et en général, la manière dont cet univers singulier est mis au monde et sa langue poétique m’ont séduite davantage que le récit lui-même, aux développements plutôt décousus, entre secrets familiaux, brusque idylle et message écologique. Le texte varie les registres, intégrant des éléments plus mélodramatiques, puis empruntant des accents quasi fantastiques, mythologiques.

C’est toutefois un objet scénique finement ciselé qu’on découvre ici. À commencer par le jeu de Marie-Ève Fontaine, qui charrie le solo avec maestria. En plus de la délicatesse avec laquelle elle porte d’abord la partition, la comédienne franco-manitobaine commande une performance physique maîtrisée. D’abord assise, elle s’extrait avec précision d’un espace scénique dont elle va progressivement franchir les contours. Et avec ses quatre cadres de bois dessinant des effets de perspective, évoquant la maison « toute croche » de Di, la scénographie de Michael Spence est aussi belle qu’éloquente.

Le dire de Di

Texte de Michel Ouellette. Mise en scène de Joël Beddows. Production du Théâtre français de Toronto et du Théâtre la Catapulte d’Ottawa. Au théâtre Prospero, jusqu’au 3 novembre.