«Conversations avec mon pénis»: tête-à-tête loufoque

Le pari ne marcherait pas sans les interprètes adéquats. Face au «straight man» bien campé par Marc-André Thibault, Mary-Lee Picknell apporte une adorable candeur à son pénis puéril.
Photo: Cath Langlois Le pari ne marcherait pas sans les interprètes adéquats. Face au «straight man» bien campé par Marc-André Thibault, Mary-Lee Picknell apporte une adorable candeur à son pénis puéril.

Conversations avec mon pénis énonce clairement le programme. Dans cette prémisse farfelue, l’organe mâle est traité comme un protagoniste distinct de son « propriétaire », dont il affirme être le meilleur ami. Incarnée, cette entité est dotée de sa propre volonté et n’en fait parfois qu’à sa tête, indépendamment de toute raison. Hum, j’ai déjà entendu ça…

Créé au Zoofest en 2016, puis présenté au théâtre Premier Acte, où il retournera après sa p’tite vite montréalaise, ce spectacle poursuit la formule gagnante des 5 à 7 de La Licorne. Contrairement aux Monologues du vagin, la courte comédie du dramaturge néo-zélandais Dean Hewison n’a pas de prétention apparente de brosser un portrait de la masculinité et de ses problèmes. La relation entre l’homme et son membre est plus complexe que ce qu’on en montre, avertit d’emblée le rôle-titre de ce qui apparaît surtout comme un divertissement. Il ne pourrait en être autrement dès lors qu’on voit le déguisement qui affuble Mary-Lee Picknell (oui, c’est une femme qui donne chair à l’organe viril…). Un costume signé Leïlah Dufour Forget, d’une ressemblance hilarante.

Mais la pièce n’en dessine pas moins en filigrane les étapes de la vie d’un homme — qu’on semble avoir voulu le plus moyen, ordinaire possible — et des maux qui peuvent l’affecter. On ysurvole le rapport qu’entretient Tom avec son membre de l’âge de 15 à 55 ans, en sautant chaque fois une décennie. De la circoncision aux maladies, les diverses aventures qui peuvent ponctuer l’existence d’un pénis sont évoquées.

Et les conflits ne manquent pas, qui mettent en exergue l’importance certaine de l’organe en question. L’adolescence et sa suractivité masturbatoire viennent avec leur lot de doutes sur la taille du « meilleur ami ». Plus tard, les défaillances temporaires soulèvent des questionnements sur la sexualité. Et l’infidélité enivrée qui coûte à Tom son couple entraîne une question centrale : à qui la faute ? Qui a le contrôle ?

Mais le pénis, au fil du temps, n’évolue guère et reste fidèle à lui-même : immature. D’où certains épisodes à l’humour anodin ou ras de terre (l’autobranlette). Toutefois, sans être d’un grand raffinement, le texte ne s’appuie généralement pas sur des gags à se taper sur les cuisses. Plutôt sur les situations. Et l’adaptation de Marc-André Thibault donne des accents très familiers à cette histoire dans laquelle plus d’un homme reconnaîtra sans doute quelques passages obligés.

Le pari ne marcherait pas sans les interprètes adéquats. Face au straight man bien campé par Thibault, Mary-Lee Picknell apporte une adorable candeur à son pénis puéril. Cette comédienne de la Vieille Capitale est une révélation, par sa composition physique et faciale, et surtout sa faculté à embrasser totalement ce personnage farfelu. Et à nous y faire croire.

Conversations avec mon pénis

Texte de Dean Hewison. Traduction de Marc-André Thibault. Mise en scène de David Strasbourg. Une production du Théâtre Bistouri. Jusqu’au 26 octobre, dans la salle de répétition de La Licorne et à Québec, à Premier Acte, du 27 novembre au 6 décembre.